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Dictionnaire de la presse française sous la Révolution, tome 2, 2012


Gilles FEYEL (dir.), Dictionnaire de la presse française sous la Révolution, 1789-1799, la presse départementale, Tome II, Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Champagne-Ardenne, Auvergne. Centre International d’Études du XVIII°siècle, Ferney-Voltaire, 2012, 388 p., 180 Euros.

Dictionnaire de la presse française pendant la révolution

Pendant la décennie révolutionnaire (1789-1799), le nombre de journaux explosa à Paris, mais aussi dans les départements. En cours de publication, le Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution vise à en mesurer l’ampleur dans l’espace et le temps, d’apprécier les disparités géographiques et les pulsions du développement d’une presse départementale, à laquelle cinq tomes régionaux seront consacrés, sous la direction du professeur Gilles FEYEL. Sept ans après la parution du tome I (2005), couvrant la Normandie, l’Alsace, la Lorraine, le Limousin et une partie de la région Rhône-Alpes, paraît le tome II, avec l’Auvergne, le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie et la Champagne-Ardenne. Pour ces deux dernières régions, j’ai apporté mon concours à leur présentation et à la rédaction de notices de journaux, avec Georges CLAUSE pour la Marne.

Province dépourvue de grande ville hors de sa capitale, la Picardie ne comptait que trois périodiques réguliers sous le titre d’ Affiches avant 1789 : à Amiens dès 1771, Senlis depuis 1785, et Compiègne en 1786-1788. La presse libérée en 1789 connut un certain essor sous la Révolution dans la Somme et l’Oise, mais l’Aisne peu urbanisée resta un désert éditorial jusqu’au début du XIX° siècle, malgré des essais, avorté à Saint-Quentin en octobre 1792, où les Instructions et nouvelles pour les campagnes, feuille hebdomadaire des Amis de la Liberté, le club local de Jacobins, restèrent au stade du prospectus, plus effectif à Laon en 1797-1798, avec le Républicain de l’Aisne, dont on n’a toutefois conservé aucun exemplaire.

Dans la Somme, en dehors d’une éphémère tentative d’Annales picardes et belgiques à Abbeville en 1790, c’est à Amiens, capitale provinciale de quelque 40 000 habitants, que s’épanouit une presse d’information générale plus que d’opinion. Hebdomadaire rayonnant largement sur la province depuis 1771, les Affiches de Picardie devinrent en 1790 Affiches du département de la Somme, puis Journal du département de la Somme en 1801. Plus engagés politiquement, le Courrier du département de la Somme (1790-1791) et le Journal général de la République française (1793) lancés par l’imprimeur amiénois jacobin François Caron-Berquier ne réussirent guère à percer. La Décade du département de la Somme, fut de 1798 à 1811, le premier journal d’information commerciale et littéraire amiénois.

Dans l’Oise, les Affiches de Compiègne et du Beauvaisis de l’imprimeur Bertrand disparurent dès 1789 et les Affiches pour la ville de Senlis de son confrère Desroques ne se maintinrent qu’avec peine jusqu’en 1793. Beauvais, devenue ville chef-lieu du département, prit le relais avec le Journal du département de l’Oise, fondé et animé en 1790-1792 par l’avocat et futur Conventionnel Louis Porthiez, repris en 1793-1794 par l’ancien chanoine Jean-Jérôme Clement, fervent Jacobin, ensuite recréé en 1797-1798 sous le titre de Pacifique ou Journal de l’Oise. À Noyon enfin, Devin imprima en 1790 l’éphémère Correspondant picard de Gracchus Babeuf, organe de propagande du tribun royen et instrument de ses luttes en la province dans les premières années de la Révolution.

L’Oise et la Somme ont donc modérément mis à profit la liberté de la presse conquise en 1789. La faiblesse de l’armature urbaine en dehors d’Amiens et la proximité de la capitale, surtout pour l’Oise prioritairement touchée par la presse révolutionnaire parisienne, ont fortement limité ces premières entreprises de presse locale, de surcroît difficiles à maintenir économiquement au cours de la décennie révolutionnaire.



par Jacques Bernet, le 03/12/2012 à 15h28


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