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Voyage dans le temps au cimetière abandonné de Thieux Campremy


Tombes à l'abandon

C'est lors de la visite du blog "voyageautretombe" que j'ai découvert l'existence du cimetière abandonné de Thieux, dans l'Oise.

Celui-ci est situé à une dizaine de kilomètres au nord de Saint-Just-en-Chaussée, sur la départementale 539, entre la ferme du Grand Mesnil et le village de Thieux, près de Wavignies. C'est un lieu chargé dans lequel le passé s'efface inexorablement sous les assauts répétés de la végétation.

Lors de ma première visite sur ce site, j'ai été frappé par les ornements et certains motifs funéraires disparus de nos cimetières d'aujourd'hui. Lorsque l'on pénètre l'enceinte, on effectue un bond en arrière d'un siècle pour contempler une vue qui n'existe plus guère que sur de très anciennes images d'archives : des tombes, des croix hautes montées sur un socle de pierre, telles des rappels à la loi divine ; des pierres tombales sur lesquelles on lit encore nettement les noms des occupants, des emplacements encore délimités par des chaînes décoratives, un christ autrefois garant du respect des lieux aujourd'hui tombé sous le poids de la solitude et de la végétation livrée à elle-même. Certains caveaux familiaux sont surmontés d'édifices à la facture très soignée et témoignent du niveau social et de l'influence de grandes familles sur les communes alentour. La surface même du site ainsi que la densité des tombes nous rappellent une vie intense dans ce secteur de l'Oise.

Des sépultures vandalisées

Cependant, je ne peux m'empêcher de regretter l'abandon pur et simple non seulement des tombeaux mais aussi de ses occupants. C'est avec étonnement tout d'abord puis indignation que j'ai constaté l'effarante concentration d'ossements humains qui jonchent le sol. La plupart des caveaux sont éventrés et les cercueils, encore présents, sont pillés. J'ai donc pris conscience que beaucoup de sépultures sont restées sur place malgré la création en 1925 sur la commune de Thieux d'un nouveau cimetière pour remplacer celui-ci autrefois partagé entre Thieux et Campremy, un village voisin. Visiblement, le pouvoir communal de l'époque n'a pas, pour des raisons inconnues, rassemblé les corps dans une fosse commune comme il est d'usage lors de l'abandon d'un site pour un autre, généralement pour des raisons de surface disponible ou d'accessibilité.

Des caveaux profanés

La plupart des sépultures dont l'identification est encore possible révèle des tombes datant de la fin du XIXe siècle jusqu'au début du XXe. Les plus anciennes sont situées sur la partie haute du cimetière, noyée sous la végétation qui efface avec soin ce lieu d'histoire et de douleur. La déclivité du terrain met en évidence une zone à "l'exploitation" plus récente, au bas de la colline et qui comporte des ornements plus contemporains de notre siècle. L'entrée même du cimetière, bien que d'accès reculé par rapport à la route, comporte deux piliers de briques dont un a été récemment refait pour maintenir la grille d'entrée en place. L'abandon de la partie basse semble récent mais a scellé le sort de ce site dont l'accès est total à tous ceux qui le désirent et signe sa fin dans le déshonneur et le mépris de nos anciens. Des visiteurs de passage aux brigands de tous poils, de ceux qui viennent s'imprégner de l'atmosphère lugubre d'un cimetière abandonné à ceux qui profanent les sépultures encore en place ; ou encore des personnes peu scrupuleuses qui se servent des caveaux vides comme décharge sauvage au risque de polluer durablement le sol.

C'est dans un état d'esprit mêlant à la fois étonnement et tristesse que je suis reparti, non sans au préalable avoir pris une série de clichés pour immortaliser les tombes mais aussi pour témoigner du peu de respect dont sont victimes nos disparus encore présents sous mes pieds.

J'encourage vivement le plus grand nombre à visiter ce site dans le respect de ceux qui y sont encore présents.

David Bruyer

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Blog au contenu très riche et qui présente le cimetière:



par David Bruyer, le 19/02/2013 à 23h16


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