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Excursion à Eméville dans la « Vallée de la Pierre » et à Bonneuil-en-Valois.


Le Samedi 20 novembre 2010, Le rendez-vous avait été donné aux participants sur la place de l’église du charmant village d’Eméville, situé aux confins de l’Oise et de l’Aisne en bordure de la forêt de Retz. Notre groupe composé de quelque vingt-cinq participants a été alors pris en charge par M. Guy Launay, président de « Roches et Carrières », association créée il y a environ dix ans, qui assure la sauvegarde et la mise en valeur historique des vestiges de l’exploitation des roches calcaires de l’étage du Lutétien en la « Vallée de la Pierre du Rû de Bonneuil-en-Valois ». De Pondron aux abords d’Eméville à l’ancien lieu-dit « Val Prêtre », sur 5 km de long, s’égrènent en effet vingt-quatre carrières, allant de celle du Chemin de Vez jusqu’à la carrière Degraine, mais dont seule reste en activité de nos jours la carrière du Clocher, exploitée par la société Mascitti à Bonneuil-en-Valois pour l’extraction des pierres tendres et de roches douces.

Dans la carrière

La visite nous a permis de découvrir, à proximité d’Eméville, en surface et dans ses profondeurs, l’ancienne carrière du Chemin de Vez dite « Puits à Daubin », où l’extraction du calcaire du Lutétien fut réalisée manuellement par la seule technique de la lance pendant un demi-siècle, du début des années 1900 jusqu’en mars 1959. Cette belle carrière, actuellement propriété de la Société Rocamat, avait été ouverte par Fréjus Daubin, descendant d’une éminente lignée de carriers de Carrières-sur-Seine, venu exploiter à Eméville les puissants bancs de pierre de taille qui commençaient à faire défaut en région parisienne. La production de blocs pouvant dépasser 8 m3 et peser jusqu’à quinze tonnes, se faisait uniquement par la technique ancestrale de la lance, ici à très grand module, outil à percussion constitué par une longue barre de fer avec partie active en acier, suspendu par une chaîne à une structure amovible en bois dite « échafaud » (un modèle de ce système reconstitué dans le site, est présenté avec les autres outils des carriers).

Parmi les nombreuses particularités remarquables de cette carrière d’une grande et belle homogénéité extractive, on note surtout les vestiges d’un treuil à manège surpuissant mû par trois chevaux, unique en son genre en Picardie, qui fonctionna de 1900 à 1913 ; il était capable de remonter en trois-quarts d’heure, d’une profondeur de 12,40 mètres, des blocs de pierre de 15 tonnes. Son carré d’ouverture et l’écurie des chevaux ont été reconstitués par l’Association, qui rêve de pouvoir restituer un jour dans le paysage bucolique d’Eméville ce puissant et séculaire treuil à manège, en le faisant actionner par 3 chevaux tournant lentement en rond, comme à la Belle Époque… De 1913 à 1953, cet antique système fut remplacé par une descenderie pour voie ferrée étroite de 245 m. de long, dont 140 m. en souterrain, les wagonnets faisant ensuite place à de petits camions dans les dernières années de l’exploitation. Mais le creusement de cette tranchée latérale a aussi facilité l’inondation périodique de la carrière. On observe encore un puits de service qui était autrefois utilisé les carriers, avec son échelle archaïque à montant central unique dite de rancher ou « à perroquets ».

Vue aérienne du village de Bonneuil-en-Valois

Pour la seconde partie de l’excursion, le groupe s’est rendu à Bonneuil-en-Valois où, sous la conduite de M. Philippe Drillet, ancien maire de cette belle commune de quelque 1000 habitants, nous avons pu découvrir l’église paroissiale Saint-Martin, située au cœur historique du bourg entourée de son ancien cimetière. Ce vaste édifice religieux, classé monument historique en 1913, situé à flanc de coteau, a connu plusieurs périodes de construction, reconstruction et embellissements, du XIIe au XVIIe siècle, d’où son hétérogénéité architecturale : la nef comporte d’un côté une partie romane du début du XIIe, à laquelle fait face une partie reconstruite à la fin du XVIe avec des piliers et fenêtres Renaissance ; le haut clocher carré surmontant un chœur ogival fortement restauré au XIXe siècle, appartient plutôt à la transition du roman au gothique comme à Morienval, tandis que les bas-côtés ont été reconstruits au XVIe siècle, ornés de portes et niches de style Renaissance. À l’intérieur, on remarque les charpentes des bas-côtés et la voûte en berceau de la nef, toute en bardeaux de bois récemment restaurés, des fonts baptismaux du XVIe, d’intéressantes boiseries de réemploi des XVIe-XVIIe et surtout de très belles grilles de séparation entre le chœur et la nef du XVIIe siècle, ainsi qu’une chaire en bois avec escalier de pierre de même époque. L’église dépendit de l’abbaye Saint-Arnoul de Crépy au XIe siècle, mais on ignore presque tout de son histoire jusqu’au début du XXe. Saluons l’effort de la municipalité qui, stimulée et aidée par l’Association de sauvegarde de l’église, a entrepris d’importantes campagnes de restauration extérieure de cet intéressant monument depuis les années 2000.



par Jacques BERNET, le 20/11/2010 à 15h00


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