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Journée d’études du 16 mars 2013, Beauvais, Archives départementales de l’Oise : Hommage à Jean-Pierre Besse (1949-2012), Histoire urbaine et industrielle, Seconde guerre mondiale


Journée d'étudeJacques Bernet, Alain Blanchard, Jean-Claude Vuillemin

Un peu plus de neuf mois après sa brutale disparition, le 10 juillet 2012, ses collègues et amis ont souhaité organiser en concertation avec ses proches, une journée d’études en hommage à Jean-Pierre Besse, rappelant à la fois son parcours et son œuvre, puis présentant des communications originales de chercheurs qui l’ont bien connu, se situant dans le prolongement de ses travaux. Cette journée s’est tenue dans le cadre prestigieux des Archives départementales de l’Oise, que Jean-Pierre avait longuement et assidûment fréquentées, sous l’égide du Conseil général du département qui a apporté tout son concours à cette belle manifestation ayant rassemblé plus de 120 participants.

La matinée, ouverte par M. Alain Blanchard, vice-président de Conseil général chargé de l’éducation et de la jeunesse et M. Jean-Claude Vuillemin, maire de Creil, a donné l’occasion de rappeler la biographie de Jean-Pierre, sa formation sa carrière et son œuvre d’historien (Jacques Bernet), comme son engagement politique et syndical (René Giraudeau). Une table ronde animée par M. Bruno Ricard, directeur des Archives départementales et M. Philippe Dumont, directeur du service départemental de l’ONACVG a ensuite permis d’entendre les témoignages de quelques uns de ceux avec qui Jean-Pierre avait beaucoup travaillé : Thierry Dublange, représentant l’association pour la mémoire ouvrière du bassin creillois, Claude Pennetier, directeur du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier « Maitron », Thomas Pouty, chargé de mission à l’ONACVG à Caen, préparant avec lui le Dictionnaire des fusillés, Raymond Zerline, président de l’association nationale des ancien combattants et amis de la Résistance-Oise et président d’honneur du comité d’entente des associations de la Résistance et de la déportation de l’Oise. Cette riche séance chargée d’émotion, a été complétée par la projection d’une séquence d’interview de Jean-Pierre réalisée par le CDDP Oise en 2005.

Journée d'étudeCohésion autour de Jean-Pierre

Après le repas pris en commun dans le grand hall des Archives départementales, à l’invitation du conseil général, l’après midi fut consacrée à la partie scientifique de cette journée, divisée en deux grandes thématiques historiques illustrant bien la diversité des recherches et travaux de Jean-Pierre.

Portant sur l’histoire urbaine et industrielle, la première partie a été présidée par Claudine Cartier, conservateur général honoraire du patrimoine.

Jean-Marie Wiscart, maître de conférences honoraire à l’Université de Picardie, a brossé à grands traits l’innovation industrielle en Picardie au cœur du XIXe siècle (1830-1870), avant tout dans les domaines du textile et de la mécanique, à Amiens et Saint-Quentin, mais aussi Guise ou dans le Vimeu, le traité de commerce franco-anglais négocié par Napoléon III apportant aux entrepreneurs à la fois une redoutable concurrence et une saine émulation.

Bertrand Fournier, chercheur chargé du patrimoine industriel à la direction de l’inventaire et du patrimoine culturel de Picardie, a évoqué la figure trop méconnue de Louis-François Xavier Crespel-Delisse (1789-1865), pionnier de l’industrie sucrière en Picardie et dans le Nord-Pas de Calais, avant même Benjamin Delessert à Paris, du Premier au Second Empire, qui fut notamment présent quelques années à la sucrerie de Francières dans l’Oise.

Jean-Claude Cavard, ancien enseignant de géographie à l’Université d’Amiens s’est efforcé de replacer les questions d’aménagement du territoire dans le bassin creillois des années 1960 à nos jours, dans le cadre des rapports complexes entre l’agglomération parisienne et le pôle de Roissy en expansion d’une part et le sud picard de plus en plus situé dans leur orbite d’autre part.

Journée d'étudeFrédéric Gondron, Françoise Rosenzweig, Denis Peschanski, Eric Dancoisne, Marc Pilot

Placée sous la vigoureuse autorité de Denis Peschanski, directeur de recherches au CNRS, éminent spécialiste de la Seconde guerre mondiale, la seconde partie nous révéla des travaux novateurs sur cette période dans l’Oise.

Frédéric Gondron, président de l’association Picardie 1939-1945, nous fit découvrir la bien méconnue ligne Chauvineau, arc de fortifications de campagne édifiées en la drôle de guerre, allant de la Seine-et-Oise à la Seine-et-Marne par le sud de l’Oise : censée protéger Paris, elle servit de point d’appui aux combats de juin 1940 précédant l’entrée des Allemands dans la capitale.

Jean-Yves Bonnard, directeur du CDDP Oise et président de la Société Historique et Archéologique de Noyon a ouvert le dossier révélateur, encore largement inexploité dans l’Oise, de la destruction de statues et de monuments pendant la Seconde Guerre, à l’initiative de l’occupant ou du régime de Vichy, pour des raisons économiques, militaires ou idéologiques, puis de leur reconstitution très partielle après la Libération.

Françoise Rosenzweig, agrégée et docteur en histoire, a évoqué le sort des juifs de l’Oise, représentant en 1940 moins de 0,1 % de la population du département, qui subirent comme ailleurs la persécution du régime de Vichy et des Allemands, amenant la tragique disparition dans les camps nazis d’au moins 107 personnes sont 21 enfants, malgré les protections dont bénéficièrent de jeunes réfugiés, notamment de la part des protestants tenant la colonie de Cappy près de Verberie puis à Gouvieux.

Journée d'étudeJean-Yves Bonnard au premier plan

Éric Dancoisne, président de la Société d’histoire et d’archéologie du Valois et professeur au lycée J. Monnet de Crépy a commenté l’appel du préfet Paul Vacquier aux maires de l’Oise du 4 juin 1941, les incitant à devenir des relais efficaces du régime de Vichy, au moment où sa dérive collaborationniste avec l’occupant ébranlait la confiance dans le maréchal Pétain.

Marc Pilot, secrétaire de notre société, professeur au lycée J. Racine de Montdidier a enfin développé le véritable cas d’école que représentent les mémoires et commémorations de la Seconde Guerre à Compiègne de 1945 à nos jours, où s’entrechoquent celles des armistices de 1918-1940, de la Relève vichyste et du Fronstalag 122 de Royallieu, camp d’internement allemand devenu plaque tournante de la déportation en 1942-1944, objets de querelles de captation et de conflits d’interprétation, suivant les enjeux et les forces politiques en œuvre depuis la Libération.

Cette passionnante séquence a été suivie de fructueux débats avec le public, témoignant de tout l’intérêt pour les travaux menés dans la lignée de notre ami Jean-Pierre Besse, qui reste ainsi bien présent parmi nous.



par Jacques Bernet, le 18/03/2013 à 22h20


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