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Conférence de Vincent REIG : Les levées militaires et la crise finale du Premier Empire dans l’Oise en 1813-1814


Notre conférencier Vincent REIG

Samedi 14 décembre 2013, à 14 H. 30 au lycée Pierre d’Ailly de Compiègne, la dernière conférence de la Société d’Histoire moderne et contemporaine pour cette année civile a été l’occasion d’anticiper quelque peu sur la commémoration du bicentenaire de 1814, « année terrible » marquée par l’invasion de la France, la chute de l’Empire napoléonien et la profonde mutation de l’Europe après 25 ans de bouleversements dus aux révolutions et aux guerres de ce quart de siècle. À ces événements majeurs, sera consacrée, le 15 mars prochain, une seconde conférence, qui retracera l’histoire singulière du monument au major Otenin, héros militaire de la défense de Compiègne en mars 1814. Cette séance prévue à l’hôtel de Ville et que nous avons souhaitée commune aux deux sociétés historiques de notre cité, devrait coïncider avec la sortie d’un numéro spécial des Annales Historiques Compiégnoises entièrement consacré à cet anniversaire, qui risque fort d’être occulté en 2014 par le centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale ou par les 70 ans de la Libération de 1944.

Spécialiste des levées militaires et de la conscription sous la Révolution et l’Empire, auxquelles il a consacré son mémoire de maîtrise dans le cadre de notre département, Vincent Reig était bien placé pour nous présenter la situation de l’Oise, sa position stratégique entre Paris et les frontières du Nord ou de l’Est, d’où se profilait au seuil de l’année 1814, la formidable invasion conduite par les Alliés de la 6° coalition anglaise, autrichienne, prussienne, russe et suédoise forte de plus de 250 000 hommes, auxquels Napoléon 1er ne pouvait opposer que les débris de la Grande Armée défaite en Russie puis en Allemagne, moins de 60 000 soldats. À défaut de pouvoir organiser une défense frontale face à l’invasion, l’Empereur s’efforça de profiter de la division des Alliés en trois grands corps d’armée concurrents, pour les attaquer séparément sur leurs arrières et couper leurs lignes d’approvisionnement, remportant des succès en Champagne qui retardèrent l’échéance, jusqu’au pacte de Chaumont du 1er mars 1814, par lequel les coalisés s’engagèrent à rassembler leurs forces pour foncer sur Paris qui capitula sans combattre le 30 mars, et obtenir l’abdication de Napoléon à Fontainebleau, le 6 avril.

Une assemblée toujours fidèle

La chute de l’Empire marquait aussi l’incapacité du régime aux abois de mobiliser les forces vives et combattantes de la France en 1813-1814, comme l’avait réussi la Révolution face à la première coalition en 1792-1795. Cet échec militaire et politique s’exprima ainsi par les difficultés croissantes rencontrées par les levées d’hommes qui se sont multipliées en 1813 et 1814, en dépit ou à cause de l’emballement d’une « machine conscriptionnelle » jusque-là bien acceptée, en tout cas dans notre département. Mais les cinq appels rétroactifs de conscrits en 1813, les levées exceptionnelles de gardes nationaux ou d’honneur, puis les ultimes mobilisations des « Marie-Louise » fin 1813 - début 1814, se heurtèrent à l’épuisement rapide des contingents et à une mauvaise volonté sans doute accrue par la déliquescence du régime : L’Empire affaibli et menacé ne sut ainsi renouer avec l’élan de 1793, notamment dans ses appels trop tardifs et ambigus à une « levée en masse » des Français pour la défense nationale. L’orateur nous a bien retracé les circonstances et les péripéties de ces efforts de mobilisation des hommes et des citoyens dans l’Oise, qui n’ont pas tous été des échecs, mais se heurtèrent de plus en plus à la désorganisation générale et au scepticisme ambiant.

Dans ce contexte difficile, la défense héroïque de Compiègne en mars 1814 par le major Otenin à la tête d’une poignée de militaires et de civils face aux forces prussiennes et russes, épisode le plus marquant de la Campagne de France dans l’Oise, apparaît comme un fait d’arme quelque peu atypique, un baroud d’honneur sans conséquence militaire d’ailleurs, puisque Paris s’était déjà rendu, mais aussi la source d’un fort mythe patriotique renouvelé surtout après la guerre de 1870 et sous la III° République.


NB. Nos fidèles lecteurs trouveront, entre autres, dans la prochaine livraison n° 133-134 des Annales Historiques Compiégnoises à paraître à la mi-mars 2014, l’étude complète de Vincent Reig sur les levées militaires de 1813-1814 dans l’Oise, ainsi que ses deux articles sur l’invasion de 1814 et les occupations de 1814 puis 1815 dans notre département.



par le président, Jacques BERNET, le 21/12/2013 à 12h04


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