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Francs maçons et Révolution à Compiègne, 1766 - 1811


[Cet article avait été publié en sa version initiale dans le numéro 1 des Annales Historiques Compiégnoises, paru en janvier 1978, dont le thème s'intitulait "Aspects de la pré-révolution à Compiègne". Outre cette étude, il comportait un article original de Philippe BLONDEAU, étudiant en lettres modernes, "Un journal local à la veille de la Révolution : Les Affiches de Compiègne et du Beauvaisis (1786-1788)", ainsi qu'une "étude linguistique des cahiers de doléances du Tiers Etat de Compiègne en mars 1789", par notre regretté collègue et ami Jacques LECURU, professeur de lettres au lycée Pierre d'Ailly, co-fondateur de la Société et son premier trésorier]

Cachet de la loge de Saint-Jean-Saint-GermainCachet de la loge de Saint-Jean-Saint-Germain de Compiègne, planche de 1775. Source: BNF, Richelieu, Fonds Chapelle.

Association secrète aux origines lointaines et contestées, la franc-maçonnerie moderne est née en Angleterre au début du XVIIIe siècle ; rapidement diffusée en France et en Europe, elle y connut un essor parallèle à celui du mouvement philosophique à partir des années 1720-1730. Malgré une première mise en garde du Pape Clément VII en 1738 puis sa condamnation par Benoit XV en 1751, le mouvement maçonnique ne cessa d'accroître son recrutement jusques et y compris dans le milieu ecclésiastique, comme l'atteste bien l'exemple de Compiègne. Il existait en France quelque 650 loges et ateliers en 1774, peu après la constitution du Grand Orient de France, dont le grand maître n'était autre que Philippe d'Orléans, propre cousin du Roi, ambitieux personnage qui devait prendre le nom de Philippe Égalité sous la Révolution. En 1789 on estimait le nombre de loges en France à plus de 1000, chiffre attestant les progrès de l'ordre dans les deux dernières décennies de l'Ancien Régime.

Les membres des loges venaient pour l'essentiel des milieux bourgeois et petits bourgeois d'alors, appartenant surtout à l'administration ou à la catégorie des maîtres artisans, négociants et commerçants, mais aussi à la noblesse réputée libérale ainsi qu'à des fractions du clergé régulier et séculier. A Paris, la célèbre Loge des Neuf Sœurs regroupait même l'élite intellectuelle du temps.

L'idéologie maçonnique au Siècle des Lumières ne pouvait s'assimiler, en dépit de ses références déistes explicites, ni à une nouvelle religion ni à une doctrine philosophique constituée ; il s'agissait plutôt d'un courant de pensée et d'un mouvement diffus, aux contours assez vagues, tolérant en matière religieuse et rationaliste, sans exclure un goût des mystères sinon du mysticisme. C'était en quelque sorte une manière d'être d'une partie des élites socio-culturelles du temps, qui se voulait sensible aux idées nouvelles de liberté, de philanthropie, sinon de bonheur commun. A la base les loges apparaissaient plutôt comme des groupes de solidarité et d'entraide, des lieux de sociabilité des élites urbaines, participant à la vie mondaine des villes d'alors.

La franc-maçonnerie ne constituait donc en rien un courant ou un "parti" politique, même si en certaines circonstances on peut légitimement subodorer le rôle joué par les solidarités maçonniques locales, comme au cours de la campagne de préparation des Etats Généraux du printemps 1789 ou lors des premières élections de 1789-1790. Cependant les mystères d'un ordre réputé occulte, son vocabulaire ésotérique et ses rites spéciaux ont toujours excité la curiosité : il était ainsi commode pour des historiens ou politiciens conservateurs d'attribuer aux maçons un rôle secret et organisé dans le déclenchement de la Révolution de 1789, en réduisant un événement aussi considérable au plan politique et social à l'effet d'un pur et simple "complot". Ce thème simpliste, amplement développé dès 1797 par l'ancien Jésuite BARRUEL, eut une large et longue postérité, visant à escamoter les responsabilités de l'Ancien Régime dans les causes de la Révolution. Cette thèse culmina sous le Régime de Vichy, où la franc-maçonnerie accusée de tous les maux fut persécutée, ses archives saisies et déposées à la Bibliothèque nationale(1), sous la houlette du monarchiste Bernard FAY, professeur au Collège de France, nommé administrateur de l'établissement. Grâce à cette source fondamentale, les historiens ont d'ailleurs pu dissiper définitivement le mythe du prétendu "complot maçonnique", comme l'ont fait André LATREILLE spécialiste de l'Eglise sous la Révolution(2)et plus récemment Pierre CHEVALIER dans sa monumentale Histoire de la maçonnerie française(3): grâce à son étude minutieuse des fonds de la Bibliothèque Nationale, ce dernier a pu attester le rôle mineur, diffus et non coordonné des maçons dans les années pré-révolutionnaires ou en 1789 ; il montre aussi que l'ordre a été vite dépassé par les événements et dut cesser toute activité nationale ou locale, de 1792 à 1799. Des études locales ont aussi largement corroboré cette appréciation, comme celle de Régime ROBIN sur Semur-en-Auxois en 1789(4), où l'auteur étudie la composition et l'activité de la loge locale, peuplée certes de quelques futurs révolutionnaires mais aussi d'indifférents ou de farouches adversaires des changements.

Notre recherche qui est fondée sur les papiers de la loge Saint-Jean-Saint-Germain de Compiègne avant et après la Révolution, confrontés à nos connaissances sur les faits et personnages de la décennie 1789-1799 dans la cité ira-t-elle dans le même sens ?

[sous-titre]1°) La loge Saint-Jean-Saint-Germain de Compiègne, 1766 - 1789[/sous-tire]

a) La fondation de la loge de Compiègne

La plus ancienne mention d'une loge maçonnique compiégnoise remonte à septembre 1766, date d'une planche(5)du fonds Chapelle relatant le procès-verbal d'installation de ladite loge dans la ville par un dénommé DAMBRY, receveur des gabelles à Crépy-en-Valois et son premier vénérable. Ses sept membres fondateurs étaient : Louis-Marie BARBE, curé de la paroisse de Saint-Germain-les-Compiègne ; son parent Martin BARBE, notaire ; Jean Joseph ALIX, président du Grenier à sel ; Louis VAUDOIP, procureur ; René DENIS, entrepreneur en bâtiment ; Louis LE CARON, noble, maître particuliers des Eaux et Forêts, et secrétaire de la loge ; Jean FRANÇOIS, marchand orfèvre. Il s'agissait bien d'un échantillon assez représentatif des élites locales : petite noblesse, clergé séculier, professions libérales et administratives, maîtres artisans.

La loge de Compiègne était placée sous le vocable de Saint-Jean auquel les maçons portaient un attachement particulier et dont on célébrait la fête chaque année par un grand banquet. On lui donnait cependant le plus souvent le titre de loge Saint-Jean-Saint-Germain, ou Saint-Germain tout court, du fait que son siège se trouvait au domicile du curé Louis-Marie BARBE, le presbytère de la paroisse Saint-Germain, alors faubourg rural de Compiègne. Jusqu'à sa mort en 1787, ce prêtre fut en effet le véritable animateur de l'ordre à Compiègne ; le courrier de la loge lui parvenait à une adresse tout juste codée : "M. de Rigamest, chez M. Barbe curé de Saint-Germain". Ce prêtre considéré par les autres maçons de la ville comme le véritable fondateur de la loge en fut longtemps le vénérable, au moins jusqu'en 1775, soit jusques et après l'adhésion compiégnoise au Grande Orient de France créé en 1773, avant de laisser place à des plus jeunes, sans doute pour des raisons de santé ou d'âge (il était lui-même né en 1716).

On peut être surpris a priori des références religieuses de la loge compiégnoise, tant pour son nom que pour son sceau, qui présente à côté de symboles maçonniques classiques, le grand livre et les 7 sceaux de l'Apocalypse. Il n'était cependant pas exceptionnel de voir un prêtre fonder une loge au XVIIIe siècle, même si le cas de Compiègne paraît spécifique(6). De nombreux ecclésiastiques, séculiers ou réguliers, étaient présents dans les loges : André LATREILLE cite le cas de la loge de Sens ; en 1767 l'évêque de Quimper eut maille à partir avec le présidial pour avoir attaqué l'ordre dans un sermon ; on cite aussi l'exemple d'une loge de Toulouse fixant ses heures de réunion en sorte que ses membres puissent suivre sans entraves les services divins ; l'abbaye de Clairvaux eut même sa propre loge, tolérée pourvu qu'elle restât discrète(7). En dépit des condamnations répétées de la maçonnerie par la Papauté, celle-ci ne se voulait ni anti-religieuse ni anti-catholique, sinon parfois anti-cléricale. A l'instar d'une des deux loges de Soissons, celle de Compiègne devait compter jusqu'à 17 ecclésiastiques sur 52 membres en 1779, un taux sans doute supérieur à la moyenne. Peut-on y voir un prolongement du jansénisme, dont les diocèses de Beauvais et Soissons avaient été d'actifs foyers jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, avant la vigoureuse reprise en main par des prélats plus conformistes ? Ou s'agit-il d'un signe de gallicanisme de la part d'une fraction importante du (bas) clergé, peu enclin à une stricte discipline à l'égard de sa hiérarchie ? Cela peut éventuellement permettre de mieux comprendre l'attitude de la grande majorité des prêtres compiégnois en 1789 puis à l'occasion du fameux serment à la Constitution civile du Clergé, qu'ils devaient prêter presque unanimement en janvier 1791 ? Si l'on en reste au stade des hypothèses, on observe toutefois que les prêtres identifiés comme membres de la Loge de Compiègne devaient être plutôt des modérés, dont aucun ne joua un rôle politique quelconque sous la Révolution, tandis que les curés et religieux locaux les plus engagés en la période, ne semblent pas avoir été maçons.

La loge de Compiègne s'inscrivait par ailleurs dans un paysage maçonnique régional qui s'était enrichi au cours des trois décennies précédant la Révolution. La loge Saint-Jean-Saint-Louis de Crépy-en-Valois qui présida à l'établissement de celle de Compiègne, mentionnée dès 1760, paraît la plus ancienne, précédant la loge Saint-Jean créée à Beauvais en 1763 - le Valois appartenait il est vrai à l'apanage du Duc d'Orléans, futur grand maître du Grand Orient de France en 1773. Les autres loges voisines de création souvent plus tardive, portaient des noms laïques : "L'heureuse rencontre de l'Union désirée" à Noyon (1774) ; "Les frères amis" à Soissons attestés de 1766 à 1792, à côté de la loge "Saint-Julien de l'Aurore" ; "Le temple du silence" (1775) puis "l'Heureuse rencontre" (1776) à Roye; "La Parfaite Egalité" à Montdidier (1783-84) ; la loge "Concorde" à Clermont-en-Beauvaisis (1785). On trouvait aussi à La Fère, berceau de l'artillerie, "Les Basiléophiles", loge militaire. Celles de Senlis et de Chauny ne sont signalées qu'après la Révolution(8).

Pour Compiègne, en dehors de l'acte de fondation de 1766, les papiers de la loge ne donnent des informations qu'à partir de 1773, tant pour son recrutement que ses activités, car c'est seulement après cette année que l'"orient" compiégnois entretint une correspondance suivie avec l'organisme national unifié qu'était devenu le Grand Orient de France, successeur de la Grande Loge et ayant aussi son siège à Paris.

b) L'évolution du recrutement de la loge de Compiègne (1773-1788)

De 7 membres fondateurs en 1766, l'effectif passa à 25 en 1775, puis 60 en 1779, chiffre à peu près maintenu bon an mal an jusqu'en 1788, dernière année de fonctionnement régulier attesté de la loge compiégnoise, avec l'élection de ses "lumières" ou "officiers". Une série discontinue de planches adressées au Grand Orient fournit en effet la liste des membres avec leurs nom, prénoms, profession, parfois leurs âge et domicile, tandis que nous disposons d'états annuels pour les dignitaires ou lumières de l'institution.

En 1775, les 25 membres se répartissaient en :

- 7 représentants des professions "intellectuelles", libérales et/ou administratives

- 9 maîtres artisans, marchands et "négociants"

- 8 ecclésiastiques, dont 2 curés

- 1 laboureur

Outre les fondateurs déjà cités, à la notable exception de Louis LE CARON(9), seul noble de la ville ayant jamais appartenu à la loge locale au XVIIIe siècle, on trouvait parmi les nouveaux membres les marchands et juges consuls(10)Jean-François LANGLOIS, Antoine LEMAIRE, Simon-Louis Mathias MATHIEU(11), les négociants Gabriel Victor SCELLIER père (1718-1790) et surtout son fils Alexandre Pierre Gabriel (1751-1821), futur maire de Compiègne en l'an II ; Simon MARECHAL, marchand et Antoine Robert POULAIN de LA FONTAINE (1741 - ?), procureur au bailliage de Compiègne. Le clergé était représenté par 2 séculiers (outre J.M. BARBE, BOURGEOIS, curé de Condé-sur-Noireau) et 6 religieux, capucins, dominicains, cordelier et bénédictin-cluniste(12). Louis-Etienne MEREINE, laboureur à Attichy, était le seul représentant du monde rural.

Dans sa première mouture, la loge de Compiègne était dominée par la catégorie des marchands, négociants et maîtres artisans, suivis des professions libérales et administratives à parité avec le clergé, non sans interpénétration entre les groupes par les liens familiaux, les doubles fonctions officielles d'échevins, juges consuls, d'officiers dans la milice bourgeoise.

La planche imprimée datée de "l'année 5579 des lumières"(13), soit 1779, atteste la nette progression des effectifs de la loge, de 25 à 60, tout en affirmant la poussée des professions libérales et du clergé :

- 25 représentants des professions "intellectuelles", libérales et/ou administratives.

- 15 marchands et négociants

- 2 maîtres artisans, entrepreneurs des bâtiments du Roi

- 17 ecclésiastiques (3 curés et 14 religieux)

- 1 laboureur.

Parmi les nouveaux venus : le curé de Pontpoint Jean-François DUMONT, des Bénédictins de l'abbaye Saint-Corneille(14)ou des professeurs au collège(15); le marchand cloutier J.P. DEBILLY, l'orfèvre Jacques François SOMMEVERT, le notaire Louis PENON, futur administrateur du district, l'entrepreneur Michel-Joseph COURTOIS, qui devait être un gros acquéreur de biens nationaux sous la Révolution.

Après 1779, de nouvelles admissions devaient combler les vides creusés par les décès de fondateurs et de premiers membres, ce qui rajeunit la loge par l'entrée de leurs fils, âgés de 40-50 ans au début de la Révolution. On note dans cette nouvelle génération, l'entrepreneur Pierre-Louis TONDU (1755-1791), le maçon L.M. MOUTON (né en 1750), le receveur des aides Joseph ROGER, l'horloger Jean-Nicolas LERADDE ou le maître de pension au collège Claude-Jean MOSNIER (1740-1813), entré dans la loge en 1781, élu "vénérable" en 1788, futur procureur de la Commune sous la Révolution.

Le dernier tableau de la loge avant la Révolution, est celui de ses "lumières" en 1788 :

NOM-Fonction civile-Titre maçonnique-Année de naissance-Année d'admission Loge

MOSNIER Jean-Claude; Maître de pension; Vénérable; 1740; 1781

TONDU Pierre-Louis; Entrepreneur des bâtiments du roi; 1er surveillant; 1755;1784

DEBILLY J.P.; Marchand cloutier; 2d surveillant; ?; 1777

SCELLIER fils; Alexandre Pierre Gabriel; négociant; Orateur; 1751; 1772

ROGER Joseph; Receveur des aydes; Secrétaire; ?;?

BARBE M.A.; Procureur au bailliage; Garde des sceaux; archiviste; 1711;1766

LEMER Antoine; Négociant; juge consul; 1er expert; aumônier des cérémonies; 1730; 1766

LERADDE Jean-Nicolas; horloger-orfèvre; 2d expert; ?; 1786

POULAIN DE LA FONTAINE Antoine-Robert; Procureur au bailliage; trésorier; 1741;1768

POSSOZ Nicolas; négociant; terrible(16); ?; ?

MOUTON Louis-Nicolas; Maçon; entrepreneur des bâtiments du roi; Démonstrateur et ambassadeur 1750; ?

Ce tableau des dignitaires de la loge peu avant sa mise en sommeil, tandis que l'adresse en avait été récemment transférée chez Jean-Claude MOSNIER au collège, atteste la domination conjointe des "gens à talents" et des élites artisanales ou marchandes de la cité.

L'"orient" compiégnois eut donc un recrutement essentiellement (moyen) bourgeois et ecclésiastique, les nobles l'ayant déserté après 1773. En fait les nobles de Compiègne préférèrent appartenir aux loges parisiennes plus huppées, tels les LE FERON, famille d'origine bretonne installée dans la région depuis le XVIe siècle, dont deux représentants sont signalés parmi les maçons de la capitale : Louis LE FERON DE VILLE, né en 1733, ancien brigadier des mousquetaires noirs, admis à la loge Saint-Juvénal en 1776 et Louis Stanislas Joseph LE FERON (1757-1791), lieutenant-colonel de cavalerie, premier commandant de la Garde Nationale de Compiègne en 1789-91, reçu aux Neuf Sœurs en 1781(17).

c) Les activités de la loge compiégnoise

Le fonctionnement et les activités de la loge nous sont moins bien connus que son recrutement, en l'absence d'archives propres, détruites sous la Révolution, selon le témoignage ultérieur de Claude-Jean MOSNIER, son dernier vénérable(18). Ce que reflète la correspondance de la loge reçue par le Grand Orient donne l'impression d'une vie mondaine et de rites bien plus qu'une activité proprement politique et encore moins subversive. Un article du règlement de 1773, remplaçant les anciens statuts, indique d'ailleurs clairement : "Il se sera jamais permis de s'occuper en Loge d'objets étrangers à la maçonnerie". Il était seulement autorisé, dans la suspension des séances, d'avoir une conversation "libre mais décente … sans néanmoins qu'il soit question de matière de religion et d'affaires".

Le même règlement précise le fonctionnement habituel de l'institution : une assemblée générale tous les 15 du mois, sans compter les réunions extraordinaires, les banquets offerts à l'occasion de la Saint-Jean et de "toutes les fêtes nationales". Plusieurs articles de ce texte suggèrent par ailleurs les grandes lignes de l'idéal maçonnique : "union, égalité et bon ordre" ; des "mœurs irréprochables" ; "la modestie [qui est] une des principales vertus et pratiques dans l'ordre de la maçonnerie…" ; "la bienfaisance, première vertu des maçons…", au nom de laquelle il est fait à chaque séance une collecte pour les pauvres. Toutes ces qualités, d'ailleurs pleinement compatibles avec la catholicisme, représentaient l'horizon moral et social d'une élite urbaine policée, attachée à la liberté individuelle et à une égalité sans doute plus civile que réelle. Dans les réunions, on ne donnait jamais d'"ordres", mais seulement des "invitations", "toute puissance coercitive étant méconnue dans l'ordre …".

Pour le fonctionnement de la loge, ses membres s'engageaient à verser une cotisation mensuelle non négligeable de 3 £, adressant par ailleurs chaque année au Grand Orient un "don gratuit", fixé modestement à 24 £ en 1781. A plusieurs reprises, la loge compiégnoise justifia la faiblesse de cette contribution nationale par la "pauvreté de ses membres".

Une correspondance régulière était entretenue avec le Grand Orient de France, auquel la loge avait adhéré en 1774 et auprès duquel elle avait un représentant permanent, sans doute membre d'une loge parisienne(19). En 1779 les Compiégnois demandèrent ainsi des éclaircissement à propos de la scission de la loge du Contrat Social à Paris.

Outre diverses activités de bienfaisance, les occupations de la loge consistaient avant tout en cérémonies internes ou en manifestations publiques. L'installation de la nouvelle loge en 1775 fut ainsi l'occasion de discours et d'hymnes au contenu philanthropique. Le "22° jour du 9° mois de l'an 5576" (22 septembre 1776), la loge compiégnoise se mobilisa pour l'accueil du "Duc de Chartres [Philippe d'Orléans] Grand Maître de toutes les loges régulières" … "devant arriver dans cette ville". Une députation de 3 membres ayant à sa tête le vénérable ALIX lui fut dépêchée : "Le Vénérable, après avoir fait tirer la santé du Roi, de la famille royale et de la prospérité de l'Etat, a proposé la triple santé de T.S.G..M. qui a été tiré avec le zèle le plus profond".

En 1781, les maçons compiégnois célébrèrent avec pompe "l'heureux événement" qu'était la naissance tant attendue du dauphin(20), par une grande cérémonie maçonnique en loge, avec poèmes, hymnes et discours dithyrambiques, un banquet accompagné d'actions de charité, le tout suivi d'une "messe solennelle en l'église Saint-Germain" avec Te Deum et Exaudit. Cet exemple témoigne bien du zèle monarchique des maçons comme de la compatibilité entre déisme maçonnique et pratique chrétienne. De fait, si le vocabulaire des Lumières imprégnait les discours, hymnes ou poèmes, la pratique des maçons ne remettait aucunement en cause l'ordre établi monarchique et catholique. A l'instar de ses consœurs dans les villes de France, la loge de Compiègne apparaît plutôt comme un groupe de solidarité d'une certaine élite socio-culturelle de la ville, une sorte de salon où les mondanités imitaient celles de la noblesse. Comme l'atteste son attitude dans les premières années de la Révolution, cette élite "bourgeoise" aspirait davantage à fusionner avec l'ancienne "aristocratie" qu'à la détruire, était sans doute alors plus réformatrice que révolutionnaire.

Notre connaissance des activités de la loge Saint-Germain reste malheureusement trop limitée dans la décennie 1780, en particulier dans les années de la pré-Révolution, où nous ne trouvons pas plus d'écho de ses réactions aux événements nationaux que dans les Affiches de Compiègne et du Beauvaisis feuille hebdomadaire publiée de 1786 à 1788 par l'imprimeur BERTRAND , qui devait jouer un rôle de premier plan à Compiègne sous la Révolution, sans avoir jamais appartenu, quant à lui, à la loge maçonnique de la ville.

[sous-titre]2°) Les francs maçons compiégnois sous la Révolution (1789-1795)[/sous-tire]

a) Le mythe du complot maçonnique :

Si certaines loges ont poursuivi leurs activités jusqu'en 1792, parfois même 1793, date de la dissolution du Grand Orient par son grand maître devenu Philippe Egalité, la loge de Compiègne semble être entrée en sommeil dès les premières salves de la Révolution. La correspondance avec le Grand Orient s'interrompt en effet totalement de la fin de l'année 1788 jusqu'au printemps 1802. Les archives et papiers de la loge auraient même été dispersés en 1794, selon le témoignage de Claude-Jean MOSNIER, lors de sa reprise de contact avec le Grand Orient reconstitué sous le Consulat(22). La maçonnerie aurait donc aussi été la victime de la déchristianisation de l'an II, particulièrement précoce et vigoureuse à Compiègne, sous l'impulsion de représentants en mission anti-cléricaux tel l'Amiénois André DUMONT, relayé avec zèle par la Société populaire de la ville, dont le même MOSNIER était l'un des fondateurs et parmi ses principaux animateurs en 1793-1794 ! On notera que cet iconoclasme anti-maçonnique n'a toutefois jamais été prôné officiellement à Compiègne, même en l'an II.

Au début de la Révolution, on était sans doute loin de l'idée de persécuter la maçonnerie. On peut même supputer une influence occulte de la loge, toutefois impossible à démontrer à Compiègne, lors des élections pour les Etats Généraux au printemps 1789, comme on en fit le grief aux agents du Duc d'Orléans dans le proche bailliage de Crépy-en-Valois(23). Il est aussi possible voire probable que des solidarités maçonniques aient joué un rôle lors des premières élections locales de la monarchie censitaire en 1790-1791, tant pour la municipalité que le district, les grands électeurs destinés aux assemblées départementales, les juges et les tribunaux, voire les curés devenus "fonctionnaires publics". Mais ne s'agit-il pas d'abord et avant tout d'une solidarité plus large des élites autochtones prenant pied dans les pouvoirs locaux, en collaboration d'ailleurs plus qu'en concurrence avec l'ancienne noblesse ? D'autant que parmi les élus, on trouve certes quelques fortes personnalités maçonniques, tels Alix ou Mosnier, mais encore plus d'hommes nouveaux n'ayant jamais été admis dans la loge.

Si à Beauvais les Amis de la Constitution, lors de leur création début juillet 1790, louèrent le local des francs maçons pour tenir leurs réunions, ce qui peut suggérer en ce cas d'espèce une certaine continuité initiale entre sociabilité maçonnique et jacobine, on n'observe rien de tel à Compiègne, où la création du premier club de Jacobins fut de surcroît plus tardive, en février 1791, et quoiqu'en dise l'historien local conservateur Alexandre SOREL, qui le présente sans aucune preuve comme une version publique de l'ancienne loge(24). S'il est vrai que 12 au moins des 45 fondateurs des Amis de la Constitution de Compiègne ont pu être identifiés comme d'anciens maçons locaux ou extérieur(25), cela n'indique en rien que cette minorité ait pris l'initiative de fonder une société politique qui était dans l'air du temps et paraît bien davantage avoir été impulsée par l'imprimeur BERTRAND-QUINQUET, alors secrétaire du district, surnommé le Mirabeau de Compiègne et n'ayant jamais appartenu à la loge de Compiègne. On pouvait bien trouver quelques analogies formelles de vocabulaire et de fonctionnement entre la loge et le club, où l'on élisait des "officiers" et où l'on se qualifiait de "frères" (mais aussi de "sœurs" à Compiègne, où les citoyennes furent admises dans la société jusqu'en 1793, alors que les loges étaient exclusivement masculines). Les finalités éducatrices initiales proposées par les Amis de la Constitution à la municipalité de Compiègne n'auraient certes pas été désavouées par les maçons d'avant 1789 : "…association dont le but est de former des administrateurs ; d'éclairer le peuple en lui expliquant les décrets, de fournir des commissaires aux communes des campagnes qui manqueraient de lumières ou de rédacteurs des rôles de la nouvelle contribution, etc., etc, etc."(26) Mais le club, établi au moment même où la Constitution civile du Clergé provoquait de profondes divisions, destiné à conforter leur prise du pouvoir par les "patriotes" locaux, bientôt affilié à la société mère parisienne des Jacobins et intégré à son réseau national, devait se distinguer d'emblée de la traditionnelle sociabilité maçonnique tant par sa publicité que sa politisation.

b) Le rôle politique joué par les maçons compiégnois sous la Révolution

Faute de preuves et même d'indices quant au rôle joué par l'organisation maçonnique en tant que telle dans le déclenchement et les premières années de la Révolution, il nous est néanmoins possible de suivre individuellement le parcours et les engagements des ci-devant maçons compiégnois.

On se rend compte que seules quelques personnalités singulières et sans doute éminentes ont pu jouer un rôle politique notable en se distinguant par leur adhésion spectaculaire à la Révolution et leurs fonctions publiques. A l'inverse, la grande majorité des maçons, toutes générations confondues, ne se sont fait connaître d'aucune manière. Ce fut notamment le cas de tous les ecclésiastiques identifiés dans la loge avant 1789, dont aucun ne fit plus parler de lui dans un sens ou un autre par la suite, alors que les prêtres les plus engagés à partir de 1791, tels le Bénédiction Jean-Joseph RENARD, professeur au collège, l'ex-Clunisien d'origine compiégnoise Antoine-Gille Claude De PRONNAY ou encore les deux frères QUINQUET, beaux-frères de l'imprimeur BERTRAND, n'avaient apparemment pas été maçons.

Nous retiendrons plusieurs types d'engagement des maçons compiégnois, d'abord au niveau de leur participation à des fonctions électives et administratives, d'ailleurs surtout dans la période censitaire et aussi pour certains après le 9 thermidor. Leur admission déjà évoquée dans les clubs politiques successifs, des Amis de la Constitution de 1791-1792 à la Société populaire de 1793-1795, constitue un autre critère fort d'adhésion, même si l'on ne peut exclure une part d'opportunité sinon d'opportunisme dans la démarche. A partir de là, nous verrons que les maçons restés en vue tout au long de la période, notamment et surtout au moment de la Terreur de l'an II, constituent une exception statistique, quelques arbres cachant la forêt, mais dont la particulière notoriété a pu rejaillir sur le groupe tout entier.

L'option politique des maçons évoqués n'a pas non plus été formément ou continument "révolutionnaire" : certains d'entre eux, tel le notaire Louis PENON, premier procureur-syndic du district en 1790, devaient être arrêtés comme suspects en septembre 1793, sans retrouver de fonctions après thermidor. Ceux qui se distinguèrent en 1793-1794 ne furent pas pour autant tous qualifiés de "terroristes", à part Cl. J. MOSNIER en avril 1795 ; même s'ils subirent l'épuration thermidorienne du Conventionnel DRULHE en janvier 1795, s'agissant plutôt d'administrateurs pragmatiques qui, tels le maire de l'an II Alexandre SCELLIER ou son prédécesseur J.J. ALIX, et même Jean-Claude MOSNIER refirent surface dans les administrations ou les tribunaux sous le Consulat ou l'Empire. Les anciens (et futurs) maçons compiégnois ont donc été plutôt dans l'ensemble des modérés, et pour certains des profiteurs de la Révolution, par le biais de l'acquisition de biens nationaux ou les bénéfices des fournitures de guerre(27).

Le tableau suivant présente de manière synthétique les résultats de nos calculs quant au parcours des francs maçons compiégnois sous la Révolution :

Maçons sans rôle politique connu sous la Révolution

Décédés avant 1789: 4

Extérieurs au district: 5

Sans rôle connu: 30

TOTAL: 39

Maçons engagés dans les administrations ou les sociétés politiques

Continu en 1789-1795:5

En 1789-1792:15

En 1793-1794: 8

En 1794-1795: 9

TOTAL RÉEL = 22 personnes

Les données de ce tableau indiquent que la majorité des anciens "frères" de Compiègne n'ont pas eu de fonction publique ni d'engagement politique affirmé de 1789 à 1795. Pour la majorité de ceux qui se sont fait connaître dans la période, il s'est de plus limité en général aux premières années de la Révolution et/ou à la période thermidorienne. Ainsi le marchand cloutier DEBILLY élu notable puis officier municipal en février et novembre 1790, non renouvelé, s'effaça complètement par la suite ; l'entrepreneur M. J. COURTOIS, qui appartint à la municipalité de Compiègne pendant toute la période 1789-1795, fit apparemment plus de bonnes affaires que de politique(28). Le marchand linger et juge consul Antoine LEMER, notable municipal en février 1790, fut élu et réélu juge de paix en 1790 et 1792, fonction qu'il exerça paisiblement et sans option politique affirmée jusques et après thermidor ; le marchand Jean MARECHAL, élu notable municipal en novembre 1792 fut épuré par le représentant "terroriste" DUMONT en novembre 1793 et rétabli par le Thermidorien DRULHE en janvier 1795 ; Simon-Louis-Mathias MATHIEU, père du futur Conventionnel quitta la municipalité dès 1790 et ne s'engagea pas au delà des Amis de la Constitution en février 1791 . L'entrepreneur L.M. MOUTON, notable puis officier municipal en 1790-1791 fut surtout un expert de l'administration et un gros acquéreur de biens nationaux ; le négociant Nicolas POSSOZ, l'un des fondateurs des Amis de la Constitution en février 1791(29), n'occupa de fonction politique qu'après l'épuration de DRULHE en janvier 1795(30). L'orfèvre J.F. SOMMEVERT, conseiller de la municipalité en septembre 1789 et aussi fondateur des Amis de la Constitution, élu notable municipal en novembre 1792 fut épuré par DUMONT un an plus tard, mais resta commandant dans la Garde Nationale. L'horloger LERADDE(31) et l'entrepreneur Pierre-Louis TONDU(32) se contentèrent de participer à la fondation des Amis de la Constitution en février 1791. Louis PENON, né en 1754, notaire royal et procureur du roi en l'élection en 1789, délégué du corps des notaires en mars 1789, devint vice-président du Directoire du district de Compiègne en 1790-1791 ; aussi fondateur des Amis de la Constitution, il quitta l'administration du district en novembre 1792 et ne fut pas admis chez les Amis de la République ; élu dans le comité de surveillance (modéré) de la section du midy en mai 1793, il devait être arrêté comme suspect en septembre par le nouveau comité de salut public établi par COLLOT D'HERBOIS et ISORÉ, sous l'accusation de feuillantisme et de modérantisme, incarcéré à Chantilly pendant tout l'an II, n'étant libéré qu'après thermidor et ne reprenant pas de fonction publique par la suite.

A côté de ce groupe d'hommes à la carrière réduite ou effacée, globalement modérés, seuls quelques individualités d'anciens "frères" tranchèrent par leur engagement nettement plus continu et prononcé, leurs fonctions éminentes et souvent exposées en la période.

La belle carrière de Stanislas LE FERON (1757-1791), noble compiégnois mais maçon parisien, lieutenant-colonel de cavalerie et aide-maréchal des logis général, premier Commandant de la Garde Nationale et Président des Amis de la Constitution de Compiègne fut abrégée par une mort naturelle précoce en août 1791, qui lui valut un solennel hommage des Jacobins compiégnois et de la Constituante, une épitaphe municipale, et l'attribution du premier nom d'une rue de la ville en la période révolutionnaire(33).

Robert André POULAIN DE LA FONTAINE (1741-1801), beau-frère du notaire Louis PENON(34), procureur du Roi au bailliage en 1789, délégué de sa communauté en mars 1789, fut élu officier municipal en février 1790 puis procureur syndic du district de, poste qu'il céda en novembre 1792 à l'imprimeur BERTRAND, pour devenir juge au Tribunal du jusqu'en 1794. Fondateur des Amis de la Constitution fin février 1791, le "citoyen Robert POULLAIN", ayant abandonné prudemment la deuxième partie de son patronyme, fut admis dans la Société populaire le 14 nivôse an II (3 janvier 1794), où son rôle resta effacé jusqu'au 9 thermidor, date après laquelle il soutint l'offensive des modérés contre les anciens "terroristes" dans le club et les administrations. Son rôle administratif et politique le plus important coïncida toutefois avec la monarchie constitutionnelle.

Jean-Joseph ALIX (1736-1812), conseiller du Roi et Président du grenier à sel en 1789, délégué de son corps en mars 1789, devint le premier maire de Compiègne de la période révolutionnaire, de février à novembre 1790 ; devenu juge au Tribunal de novembre 1790 à novembre 1792, il fut coopté comme administrateur du district en janvier 1794, dont il démissionna en septembre "pour sa faible vue" ; membre fondateurs des Amis de la Constitution, candidat et admis à la Société populaire le 23 novembre 1793, il paraît y avoir siégé assidument en l'an II. Signataire de l'adresse anti-modérantiste des "fondateurs de la Société" début septembre 1794, il se rétracta en déclarant que presque aveugle, il n'avait pu lire le texte. Sa carrière politique et administrative semble s'arrêter là, tandis que son fils Thomas était coopté par DRULHE au district en janvier 1795.

Avec les deux frères SCELLIER, fils du négociant Gabriel-Victor SCELLIER (1718-1790), lui-même entré dans la loge de Compiègne en 1768 et devenu son orateur en 1773, nous avons affaire à deux personnages essentiels de la période révolutionnaire au niveau local et même national. L'aîné, Gabriel-Toussaint (? - 1795), élu juge au Tribunal en novembre 1790, Ami de la Constitution en 1791, devait surtout être connu comme l'adjoint de FOUQUIER-TINVILLE, l'accusateur public du Tribunal révolutionnaire de Paris en 1793-1794. A ce titre il mena les débats lors de la séance du 29 messidor an II (17 juillet 1794), où furent condamnées à mort les 16 carmélites de Compiègne. Arrêté après le 9 thermidor, il devait être poursuivi comme "terroriste" avec FOUQUIER-TINVILLE et 14 jurés du Tribunal révolutionnaire, qui furent tous guillotinés le 18 floréal an III (7 mai 1795). Le cadet, Alexandre-Pierre Gabriel (1751-1821), marchand drapier et juge consul en 1789, représentant de son corps en l'assemblée du tiers-état de la ville en mars 1789, entra dans la municipalité comme conseiller-assesseur en septembre et commanda la Cie des grenadiers de la Garde Nationale. Membre fondateur des Amis de la Constitution, il devint juge au nouveau Tribunal de commerce en 1791. Après un court passage au district en 1791-1792, il fut élu maire de Compiègne en décembre 1792, fonction où le confirma A. DUMONT en décembre 1793 et qu'il conserva jusqu'à l' épuration thermidorienne de Ph. DRUHLE en janvier 1795. Maire sous la Terreur, il fut admis dans la Société populaire le 12 brumaire (2 novembre 1793) et y resta jusqu'en septembre 1794, date où il participa à la tentative de scission des des "fondateurs" du club, puis se rétractant mais démissionnant du club, le 29 septembre. Mis à l'écart, il ne fut pas pour autant désarmé comme "terroriste" au printemps 1795(35), et put même retrouver sous le Consulat, au printemps 1800, son poste de maire de Compiègne, qu'il conserva près de deux ans, jusqu'à sa nomination comme juge au tribunal civil en septembre 1801(36). Nommé à nouveau maire de la ville au moment des Cent-jours, il fut destitué à l'arrivée des alliés en 1815, mais devait décéder en décembre 1821, encore cité comme juge (honoraire ?) du tribunal de 1° instance de la cité.

Claude-Jean MOSNIER (1740-1812) fut avec Alexandre SCELLIER l'autre grande figure locale de franc-maçon fortement engagé sous la Révolution, puisque dernier vénérable de la loge de Compiègne en 1788, il devint procureur de la commune en 1791-1792, fut un leader jacobin de 1791 à 1794, membre du comité de surveillance en l'an II, considéré à ce titre comme un "terroriste" à désarmer en l'an III(37). Ancien professeur de latin, lecteur de Rousseau et des philosophes, il les citait volontiers dans ses interventions à la Société populaire. En mars 1789 il s'était associé avec BERTRAND pour constituer le corps des "maîtres de pension et imprimeur", qu'ils représentèrent à l'assemblée du tiers état de la ville ; auteurs d'un cahier de doléances avancé, ils furent les principaux rédacteurs du cahier général du tiers état compiègnois. Elu officier municipal en février 1790, réélu en novembre, MOSNIER devint procureur de la commune de juillet 1791 à décembre 1792, laissant ensuite la place au curé BEAUGRAND.

Fondateur des Amis de la Constitution, il en devint d'emblée un des principaux leaders avec son complice de 1789 l'imprimeur BERTRAND et l'abbé Jacques-Joseph RENARD, professeur au collège. Bien que pris par ses fonctions municipales jusqu'en décembre 1792, il ne manqua de participer, le 22 septembre 1792, à la refondation de la Société des Amis de la République rebaptisée Société populaire au printemps 1793(38), où il fit d'ailleurs entrer son jeune fils de 21 ans en février 1793 . Le club devait décerner, lors du scrutin épuratoire de frimaire an II, ce vibrant éloge à "MOSNIER père" : "La Société n'a pas oublié ses services dans la garde nationale dans les moments où le patriote surtout n'a pas hésité à se montrer, et où le modéré pouvait soigner impunément au coin du feu sa coupable indifférence, ou plutôt son aristocratie timide…"(39) . De fait bien que sa carrière se soit poursuivie en 1793 comme administrateur du district puis comme juge au tribunal, J. Cl. MOSNIER fut avant tout un intellectuel révolutionnaire et un ténor jacobin local, qui se compromit dans le Comité de surveillance révolutionnaire de l'an II(40) et s'investit en même temps pleinement dans la Société populaire en 1793-94, où il exerça une sorte de magistère, usant et abusant de la phraséologie révolutionnaire en vigueur. Il prononça ainsi le 9 germinal an II (29 mars 1794) "un discours sur les avantages du régime républicain. Il s'élève avec force contre le charlatanisme des prêtres de tous tems et de tous les pays. Le premier gouvernement, dit-il, fut une république et ce ne fut que lorsqu'il y eut des dupes et des fripons que les nations furent mises sous le joug. Il fait une peinture attrayante des fêtes de la vertu, du génie, du travail, de l'opinion, des récompenses "(41). Membre quasi permanent du comité de correspondance et de surveillance du club, élu et réélu tour à tour président ou secrétaire, MOSNIER père fut avec BERTRAND et RENARD, un des principaux rédacteurs d'adresses et de discours, théoricien et acteur de la déchristianisation et des cultes républicains dans la cité que les Jacobins tentèrent de faire rebaptiser "Marat-sur-Oise" en l'an II. Le maître de pension se montra de surcroît un actif promoteur de la réforme de l'enseignement : prônant dés son cahier de doléances de mars 1789 "un nouveau plan d'éducation nationale", il joua un rôle de premier plan dans le maintien du collège et sa transformation en "école nationale" (en fait municipale) où il avait fait entrer son fils comme "instituteur". Sous son influence l'établissement fut doté en octobre 1793 d'un nouveau règlement modernisant l'enseignement, avec la suppression du thème latin au profit de l'histoire et des sciences, substituant les droits de l'homme à l'histoire sainte. Il contribua aussi en avril 1794 à l'éphémère plan de réorganisation des écoles primaires, selon le décret BOUQUIER de décembre 1793(42): le projet compiégnois très élaboré prévoyait l'enseignement rénové de la lecture et l'écriture, du calcul, en se fondant sur les droits de l'homme et le "catéchisme républicain", complété par de l'histoire antique et moderne, de la morale civique ; les châtiments corporels devaient être remplacés par des sanctions morales, avec un système gradué de récompenses, comme une carte d'entrée et une place d'honneur dans la Société populaire. Une place séparée mais égale était accordée à l'enseignement des filles et des garçons, l'obligation scolaire étant fixée pour l'un et l'autre sexe de 6 à 9 ans(43). Tandis que son plus jeune frère écolier récita des extraits des droits de l'homme et de la Constitution de 1793 à la tribune de la Société populaire, MOSNIER fils vint y faire le récit des progrès de ses élèves du collège, grâce à l'enseignement républicanisé par les efforts du père.

C'est sans doute le zèle déchristianisateur de Cl. J. MOSNIER autant que sa participation pourtant tardive au Comité de surveillance de Compiègne, au printemps 1794(44), qui explique l'ostracisme où le tinrent les Thermidoriens en l'an III. On lui reprocha aussi d'avoir été signataire de l'adresse scissionniste des "fondateurs de la Société populaire" du 16 septembre 1794, dont il fut cependant un des premiers à se rétracter, prônant aussitôt le rapprochement(45); lors de la séance du club du 28 septembre "…plusieurs membres parlent en sa faveur et disent qu'il a rendu aux dépens de sa santé de grands services à la commune et qu'il est le premier à s'être rapproché de la Société" ; mais sa réadmission mise aux voix et adoptée provoqua "le tumulte des tribunes", et se plaignant des "dures conditions conditions que lui imposent le comité", il s'abstint et finit par démissionner du club, avec la majorité des anciens leaders de l'an II, qui restèrent néanmoins dans les administrations et les tribunaux, en butte à la vindicte populaire, jusqu'à leur complète réorganisation par Philippe DRULHE en janvier 1795, au lendemain des graves émeutes frumentaires de nivôse an III. Considéré comme "terroriste à désarmer", par le vote municipal du 17 avril 1795, Cl. J. MOSNIER fut tenu un temps à l'écart des fonctions publiques, mais resta maître de pension à Compiègne. Comme son dernier vénérable, il devait toutefois prendre l'initiative de réactiver la Loge Saint-Germain sous le Consulat ; cause ou conséquence, MOSNIER devait retrouver, avec Alexandre SCELLIER une position administrative sous l'Empire, puisqu'à son décès, le 9 janvier 1792 à l'âge de 71 ans, il est déclaré "juge suppléant au Tribunal de 1° instance".

Si la grande majorité de maçons compiégnois d'avant 1789 se tinrent à l'écart des événements ou n'y eurent qu'un engagement marginal et le plus souvent modéré, les premières années de la Révolution ou après thermidor, il est vrai que le poids de quelques individualités fortement impliquées dans les pouvoirs locaux de 1790 à l'an II a pu sembler compenser qualitativement la faible implication quantitative de la maçonnerie locale en la décennie. Mais On retiendra pourtant surtout que deux maires et un procureur de Compiègne ainsi qu'un commandant de la garde nationale avaient été maçons et devaient s'impliquer fortement dans la fondation et l'animation du Jacobinisme compiégnois, point de ralliement des patriotes et instrument de leur prise du pouvoir local. Mais ils n'ont pas été les seuls dans ce cas à Compiègne, et paraissent s'être bien mieux sortis de la période que leurs collègues non maçons, les BERTRAND, CHAMBON, BOULLEE, SIVÉ, DE PRONNAY, CARBON, qui furent durablement mis à l'écart, et durent même pour certains s'exiler, sans jamais pouvoir revenir pour l'imprimeur BERTRAND, réfugié en janvier 1795 à Paris, où il recréa une imprimerie et termina sa carrière comme chef de bureau dans la police de FOUCHÉ. On peut donc supposer qu'à responsabilité égale, lees ALIX, SCELLIER, MOSNIER ont pu bénéficier des solidarités maçonniques, surtout pour ces deux derniers qui incarnèrent et assurèrent la transition entre la sociabilité maçonnique d'Ancien Régime et celle du XIXe siècle.

[sous-titre]3°) Epilogue : la reconstruction de la loge de Compiègne (1802-1811)[/sous-tire]

Le dossier de la loge Saint-Jean-Saint-Germain dans le fonds Chapelle de la B.N.F. ne s'arrête pas à la veille de la Révolution mais comprend aussi quelques pièces permettant d'esquisser les contours de sa renaissance, sous le même nom, avec le Consulat et l'Empire. Après plus de 12 ans d'interruption l'"orient" compiégnois mis en sommeil de facto s'est réveillé à l'initiative de son dernier vénérable, le frère Claude-Jean MOSNIER qui prit l'initiative de convoquer extraordinairement les rescapés de la loge compiégnoise et de renouer contact avec le Grand Orient alors en pleine reconstitution, selon une planche datée du "21° jour de la Vraie Lumière 5101 (1er floréal an 10)", soit le 21 avril 1802, où est notamment évoqué le sort des archives et biens de la loge sous la Révolution(46).

Une première planche fournissant la liste des membres de la loge reconstituée en 1802 montre le profond renouvellement de ses effectifs, puisque qu'à l'exception de Claude-Jean MOSNIER et d'Alexandre SCELLIER, tous étaient des nouveaux, s'agissant pour une bonne part des fonctionnaires ou des militaires fraîchement installés dans la cité. Mais si la vieille garde d'avant 1789 avait presque totalement disparu, en particulier les anciens ecclésiastiques, émergeait un groupe non négligeable de personnages ayant joué un rôle appréciable sous la Révolution, mais avec des orientations très diverse. Se côtoyèrent en effet dans la loge consulaire, le notaire VALENSART, né en 1768, qui avait été le redoutable substitut de l'agent national du district BERTRAND, actif militant de la Société populaire en l'an II, désarmé comme "terroriste" et interné à son domicile par la municipalité en germinal an III (avril 1795)(47), mais aussi le fils du maire de Compiègne de l'époque thermidorienne, P.C.M. DEVISMES né en 1774, "propriétaire", qui avait quant à lui été arrêté comme suspect et envoyé à Chantilly en septembre 1793(48). On note aussi la présence d'anciens leaders de la Société populaire en l'an II et l'an III : Etienne POULAIN, né en 1767, fils de l'ancien maçon Robert-André récemment décédé(49), qui avait été greffier municipal à Compiègne de 1786 à 1789, volontaire national en 1791 et quartier-maître du 3ème bataillon de l'Oise, réformé en messidor an II (juillet 1794) ; rentré à Compiègne et devenu entreposeur de tabac(50), il avait mené l'offensive modérée contre les anciens "terroristes" dans la Société populaire. Louis-Antoine SOUVAL, né en 1764 à Rethel, fils d'un négociant installé à Compiègne membre de l'ancienne loge en 1788, ex-receveur de la régie générale et chef du bureau municipal des subsistances au printemps 1794, avait été aussi admis dans la Société populaire an l'an II, ainsi que l'étapier militaire Pierre-François Nicolas DUFLOS, né à Doullens en 1760, ancien militaire, président du club en août 1794(51), devenu en 1802 "propriétaire à la Taule".

Dans une planche de 1806 donnant une nouvelle liste de membres de la loge Saint-Germain, outre les noms déjà cités, notons le maître de poste Pierre-Antoine De BEAUVAIS (1756-1827)(52), considéré comme suspect par le comité de surveillance de la section du midy en août 1793, mais que sa fonction avait apparemment protégé(53); le cultivateur CHEVALIER(54), le drapier compiégnois LERÉ, Marie-Charles ESTAVE, fils de l'ancien garde-marteau, requis militaire en 1794 et maintenant lui aussi "propriétaire" ; le négociant LASNE, le maître charpentier Sylvain LOY(55) et son fils - membre de la municipalité et du club de Jacobins sous la Révolution, le premier y avait aussi fait de bonnes affaires, à l'instar des "frères" MOUTON et COURTOIS, entrepreneurs.

On observe donc dans la loge compiégnoise rajeunie du Consulat et l'Empire une réunion de personnages au passé politique contrasté, puisque des tièdes et des modérés avérés siégeaient à côté d'anciens "terroristes" compromis en l'an II, apparemment sans états d'âme, ce qui paraît témoigner du dépassement des anciennes divisions politiques, parce que l'on se trouvait réconciliés sur d'autres bases, économiques et socio-culturelles, correspondant à l'état commun de "propriétaire", le plus couramment mentionné dans les listes de 1802, 1806 et 1811. Si on y ajoute la présence marquée des cadres locaux de la fonction publique et militaire, il s'agissait bien là d'une fusion des nouvelles élites "bourgeoises", issues pour une grande part de la "révolution bourgeoise" de 1789-1799, qui les avait portées au pouvoir ou les y avait consolidées, tout en amenant de profondes transformations de la société et de ses cadres dirigeants. Désormais, comme en témoigne l'exemple compiégnois, pointait l'aube d'une nouvelle franc-maçonnerie contemporaine, qui devait encore évoluer au XIXe siècle, après la Restauration, vers un rassemblement d'une large fraction des élites plus laïcisée, avant d'être anti-cléricale et nostalgique de la République sinon de l'Empire.

Notes

1.Dans le fonds CHAPELLE appartenant au département au département des Manuscrits conservé sur le site Richelieu de la BNF, ce qui permet l' accès aux chercheurs des fonds centraux du Grand Orient de France aux XVIII° et XIX°siècles.

2.André LATREILLE, L'Eglise catholique et la Révolution française, 2 vol., rééd., Cerf, 1970., T. 1, p. 62 à 69.

3.3 Tomes, Fayard, 1974, T. 1 "La maçonnerie : École de l'Égalité, 1725-1799", Ch. V et VI.

4.Régine ROBIN, La société française en 1789 : Semur-en-Auxois, Paris, 1970.

5.Une lettre dans le langage maçonnique.

6.Il est notamment cité par Albert MATHIEZ.

7. Pierre CHEVALIER, op. cit., T. 1.

8.B.N.F., Richelieu, Fonds Chapelle, FM 1, FM 2, FM 3, mentionnant "Le phare hospitalier" à Senlis à partir de 1810, "Les chevaliers du Roi de Rome" à Beauvais en 1811 , "Les vrais enfants de la Lumière" à Chauny en 1815. Une loge fonctionna bien à Beauvais avant la Révolution, dont le local devait être loué par le premier club de Jacobins de la ville, à sa création en juillet1790. Les plus grandes villes de Picardie, Saint-Quentin, Abbeville et Amiens se dotèrent d'1 ou 2 loges, respectivement en 1744, 1763 et 1776 .

9.Il convient toutefois de distinguer Louis LE CARON (1747-1820) de son frère aîné Jean LE CARON (1734-1808), seigneur de MAZENCOURT, Chelles et Roilaye, maire de Compiègne en 1789, député de l'Oise à la Législative en 1791-92, qui n'appartint pas à la loge de Compiègne.

10.Membres de la Juridiction consulaire de la ville, ancêtre du Tribunal de commerce.

11.Né en 1722, père de l'avocat Jean Baptiste Charles MATHIEU (1763-1833), futur Conventionnel de l'Oise.

12.Comme le Capucin Joseph DARRAS, membre de la loge depuis 1773.

13.Le calendrier maçonnique commençait en - 4000 av. J.-C., date supposée de la création du monde.

14.Tel Charles Louis Alexandre DRUON, né en 1744 à Busigny (Nord).

15.Où les Bénédictins de saint-Maur avaient remplacé les Jésuites après leur suppression.

16.Cette fonction honorifique mineure consistait à se tenir à l'entrée de la salle de cérémonies avec un sabre pour en interdire l'accès aux non initiés.

17.LE BIHAN (Daniel), Dictionnaire des francs-maçons de Paris à la fin du XVIII° siècle, Paris, 1968.

18.Planche du 1er floréal an 10 (21 avril 1802), où MOSNIER renoue la correspondance avec le Grand Orient. Il indique que le livre d'architecture de la loge avait été retrouvé déchiré en 1798, victime selon d'autres témoignages du zèle iconoclaste des déchristianisateurs qui dépouillèrent la paroisse Saint-Germain en l'an II.

19.Une correspondance mentionne en 1776 "le frère ROETTIEN" comme devant être remplacé car trop âgé.

20.Il s'agissait du premier dauphin, décédé le 4 juin 1789, frère aîné du futur Louis XVII (1785-1795).

21.Voir Philippe BLONDEAU, "Un journal local à la veille de la Révolution : les Affiches de Compiègne et du Beauvaisis, 1786-1788, Annales Historiques Compiégnoises, n° 1, 1978, p. 13 - 33.

22."Tous les papiers empreints de caractères mystérieux (notamment le registre d'architecture) auraient été brûlés dans le temps de la Terreur et les autres objets détenus dans les archives auraient été pris par des femmes du voisinage", planche du 1er floréal an 10 (21 avril 1802).

23.Outre l'élection contestée de Philippe d'Orléans comme représentant de la noblesse, l'influence de son contrôleur général des finances De LINON devait être dénoncée par le curé d'Ormoy-le-Davien dans l'assemblée du Clergé et par des représentants du Tiers Etat lors de la rédaction des cahiers de doléances.

24.Alexandre SOREL, Bertrand-Quinquet, imprimeur-libraire à Compiègne (1755-1808), Compiègne, 1899. L'auteur possédait alors le premier registre de délibérations du club maintenant restitué aux archives publiques.

25.Il s'agit de Stanislas LE FERON, Claude-Jean MOSNIER, Jean-Joseph ALLIX, Nicolas POSSOZ, Jacques François SOMMEVERT, Robert-André POULLAIN DE LA FONTAINE, Simon-Louis MATHIEU, Pierre-Louis TONDU, Jean-Nicolas LERADDE, Alexandre-Pierre SCELLIER, Louis-Nicolas MOUTON, Joseph ROGER.

26.A.C. COMPIEGNE, Délibérations municipales de Compiègne, 1 D 3, 28 février 1791. Repris dans le 1er registre du club, A.D. Oise, 4L272.

27.Ainsi l'étapier militaire Pierre-François-Nicolas DUFLOS, président de la Société populaire après thermidor an II, entré dans la Loge après sa reconstitution en 1802, alors cité comme "propriétaire à la Taule". Voir infra.

28.Il ne demanda son admission à la Société populaire qu'en août 1794, après le 9 thermidor an II. Marchand de bois, il racheta des dépouilles des églises supprimées, comme les boiseries de l'abbaye Saint Corneille.

29.Né en 1722, entré dans la loge en 1772, il en avait été trésorier puis vénérable en 1783 ; négociant, il avait été chargé avec Carbon des achats de blé pour la commune en mai 1789, puis nommé conseiller dans la municipalité en septembre 1789, non réélu en 1790.

30.Comme nouveau membre du comité de surveillance de Compiègne, épuré des "terroristes" de l'an II.

31.Moins que son fils Jean-Eloi, né en 1771, admis dans la Société populaire en août 1794 et nommé juré du Tribunal révolutionnaire de Paris le 16 nivôse an III (5 janvier 1795).

32.Né à Chany en 1755, il devait décéder à Compiègne le 18 août 1791, à 36 ans.

33.La rue d'Enfer où se trouvait sa demeure fut rebaptisée rue Le Féron, c'est le seul changement de nom de rue révolutionnaire à la connotation anticléricale fortuite, ayant survécu à l'événement à Compiègne.

34.Il avait épousé le 31 août 1761 à Compiègne Marie-Anne PENON, fille de Guillaume PENON, notaire royal dans la ville et père du franc maçon Louis PENON.

35.Il n'avait pas appartenu en effet au Comité de Surveillance de l'an II.

36.A ce titre, il rédigea, le 6 vendémiaire an X (septembre 1801), avec le Président du Tribunal civil Cl. F. POULLETIER, un Mémoire historique, politique, économique sur la ville de Compiègne.

37.Selon un vote du Conseil général de la commune du 28 germinal an III (17 avril 1795), par 14 voix contre 8.

38.Jean-Baptiste Louis MOSNIER fils, né en 1772, étudiant au début de la Révolution, devint "instituteur" au collège, "école nationale" à partir d'octobre 1792 ; ce jeune républicain fut un actif militant de la Société populaire, présent dans toutes les cérémonies civiques de l'an II. Elu secrétaire puis archiviste du club en 1793-94, il préféra démissionner de ce poste le 25 septembre 1794, "motivé sur l'abus ordinaire d'un pouvoir trop longtemps prolongé et qui es défendu par une constitution républicaine". En fait il payait son association avec son père et les anciens "terroristes" de l'an II, lors de la tentative de scission de vendémiaire an III, mais moins compromis et en considération de sa jeunesse, fut réadmis dans la société ; il demanda et obtint en janvier 1795 une augmentation de son traitement d'instituteur à 1200 £, puis y renonça en mars, "rougissant d'avoir une augmentation qu'il ne partagerait pas avec ses honorables collègues", ce qui lui valut la mention honorable du district pour son "désintéressement."

39.A.D. Oise, 4L270, 2d registre des procès-verbaux de la Société populaire de Compiègne.

40.Etabli à la fin août 1793 par les représentants en mission COLLOT d'HERBOIS et ISORÉ de passage à Compiègne, le comité de salut public puis comité de surveillance révolutionnaire fut la principale instance de la Terreur à Compiègne en l'an II, procédant aux arrestations de "suspects" à l'automne 1793, étant de ce fait la seule instance locale appréciée des officiers Hebertistes de l'Armée révolutionnaire parisienne stationnés à Compiègne.

41.A.D. Oise, 4L270, 2d registre cité. Le nom biffé de MOSNIER figure en marge du discours.

42.Adopté par la Convention le 29 frimaire an II (19 décembre 1793), il prévoyait la gratuité et l'obligation scolaires de 6 à 12 ans, mais n'eut qu'une ébauche d'application selon l'initiative des communes au printemps 1794.

43.Registre de délibérations municipales de Compiègne, 1 D 5, 25 germinal an II (13 avril avril 1794).

44.Président du premier comité de surveillance de la section du Midy en juin 1793, MOSNIER avait été confirmé au tribunal du district en novembre 1793 par A. DUMONT, qui le coopta au comité de surveillance en avril 1794 et refusa en mars sa démission pour "raisons de santé" et double fonction administrative.

45."Le citoyen Mosnier a pris la parole et a dit que des vapeurs épaisses s'étaient élevées sur l'horizon de la liberté et qu'il était nécessaire de tout dissiper en opérant une réunion entre tous les patriotes que des erreurs seules ont pu diviser", A.D. Oise, 4 L271, registre du Comité de correspondance de la SP de Compiègne, 19 septembre 1794.

46."La loge extraordinairement convoquée le V[énérable] a interpellé chacun des membres de l'ancienne loge de déclarer lequel formerait (?) relativement aux constitutions du G. O. Le frère Mosnier dernier V[énérable] élu en 1788 a déclaré que dans l'année 1798, le propriétaire de l'ancien local lui a renvoyé le registre d'architecture lequel était déchiré dans toute la partie écrite et qu'à cet envoi était joint quelques petits meubles de peu de conséquence, que s'étant transporté chez le dit propriétaire il fut décrit que les tentures avaient été envahies par des femmes du voisinage qui les avaient lessivées et employées dans leurs ménages, que tous …"

47.Il fut alors de surcroît accusé d'avoir fait arrêter comme suspect, en septembre 1793, le notaire PENON, ancien maçon, pour s'emparer de son étude !

48.Le 14 septembre 1793, avec cette mention du Comité de surveillance de Compiègne : "suspect et désorganisateur entré dans le bataillon de la dernière levée. Il s'y est montré en vrai muscadin, et a porté un trouble affreux dans sa Compagnie cherchant à faire délibérer sous les armes".

49.Le 23 ventôse an IX (13 mars 1801).

50.Marié avec Louis Justine lANGLOIS, fille de l'ancien greffier du Grenier à sel, il devait s'installer en 1811 à Laval, où il poursuivit son activité, devint recevent des contributions et conseiller municipal de la ville.

51.A ce titre il conduisit avec E. POULLAIN l'offensive "anti-terroriste" dans le club au lendemain de thermidor.

52.Déclaré en 1794 propriétaire de 40 chevaux, dont 5 à Noyon et 5 à Verberie et détenteur de fermes.

53.En juin 1794, il devait néanmoins être placé aux arrêts par la municipalité, à la suite des récriminations des Conventionnel Saint-Just et Lebas en route vers l'armée du Nord, se plaignant que l'on eût pas changé assez vite leurs chevaux à Compiègne.

54.Apparemment CHEVALIER de la ferme de Fresnel, commune d'Hémévillers, qui avait été membre du Comité de surveillance de Compiègne réorganisé par DRULHE en janvier 1795.

55.Né à Compiègne en 1743, entrepreneur des bâtiments du Roi en 1789, notable et officier municipal en 1790-1794, maintenu par Ph. DRULHE en janvier 1793, admis dans la Société populaire en août 1793, il aménagea à ses frais la salle de séances du club dans l'ancienne salle des gardes du château.

Sources et bibliographie :

Le fonds CHAPELLE appartenant au département des Manuscrits conservé sur le site Richelieu de la BNF, permet l'accès aux chercheurs des fonds centraux du Grand Orient de France aux XVIII°-XIX°siècles. B.N.F., Richelieu, Fonds Chapelle, FM 1, FM 2, FM 3.

Pierre CHEVALIER, Histoire de la maçonnerie française , 3 Tomes, Fayard, 1974, T. 1 "La maçonnerie : École de l'Égalité, 1725-1799", Ch. V et VI.

André LATREILLE, L'Eglise catholique et la Révolution française, 2 vol., rééd., Cerf, 1970., T. 1, p. 62 à 69.

LE BIHAN (Daniel), Dictionnaire des francs-maçons de Paris à la fin du XVIII° siècle, Paris, 1968.

Régime ROBIN, La société française en 1789 : Semur-en-Auxois, Paris, 1970.

Complément bibliographique local :

Jacques BERNET, Recherches sur la déchristianisation dans le district de Compiègne, 1789-1795, Thèse de III° cycle, Paris I, 1981, 2 vol.

Philippe BLONDEAU, "Un journal local à la veille de la Révolution : les Affiches de Compiègne et du Beauvaisis, 1786-1788, Annales Historiques Compiègnoises, n° 1, 1978, p. 13 - 33.

Nicolas DOOM, "La franc-maçonnerie dans l'Oise et la Révolution", in Actes du colloque de Clermont, 1989, Bulletin du GEMOB, Beauvais, 1990, p. 101-107.

Christophe MAURY, "Les loges maçonniques à Soissons au XVIII° siècle", Bulletin de la Société Historique de Soissons, T. 19, 1983-93, p. 341-353.

Alexandre SOREL, Bertrand-Quinquet, imprimeur-libraire à Compiègne (1755-1808), Compiègne, 1899.



par Jacques BERNET, le 04/01/2010 à 19h51


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