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A mon père


Frédéric DandevillePhoto de Frédéric Dandeville

Des bibliothèques pleines à craquer. Des dossiers, des archives, des cartes, des cassettes-vidéos enregistrées il y a plus ou moins longtemps, des crayons de couleurs, des manuels, des revues, des journaux, des transparents et des cours indénombrables. Le bureau est baigné de lumière ; quand on y pénètre une bonne odeur de livres et d’encre monte à nous.

« Bienvenue dans le monde de l’histoire-géographie ! » semble nous intimer chacun des objets posés là.

Les heures passées à remonter le temps, à extraire de documents la signification profonde des événements de notre Histoire, à agencer les informations et réexpliquer les phénomènes de jadis, parfois étranges et terribles, les connaissances amassées au fil des années, tout est là, vivant. Car ce qui résulte du travail intellectuel, sans doute difficile, mais toujours gratifiant, perdure une fois l’homme disparu.

Ceux qui enseignent l’histoire, la philosophie, la littérature, et toutes ces belles matières trop souvent montrées du doigt comme des disciplines désuètes, non productives et « inutiles » à notre société, peuvent éprouver en leur for intérieur l’importance de leur travail. Ils le doivent en tout cas pour faire face aux détracteurs et réussir la transmission de leur savoir.

Mon père était un utopiste, un idéaliste. Il croyait à la force de l’éducation, il croyait en l’Ecole comme moyen d’élever l’individu et de parvenir à plus d’égalité. Pour lui, partager ses connaissances était un devoir et surtout un plaisir. La rédaction d’un article sur les bacs pour cette revue, l’instant où il captait l’intérêt d’un élève, la correction d’une copie réussie, riche et structurée, la progression de ses classes, chacune de ces choses le rendait profondément heureux.

Curieux de comprendre le monde, il se passionnait pour les changements autour de nous, et s’insurgeait face aux inégalités grandissantes, face à la folie productiviste d’une majorité au détriment des exceptionnelles richesses que recèle notre environnement.

On ne fait que passer sur cette terre, c’est ce qu’on dit souvent. Il a justement voulu être un bon « passeur », et transmettre toujours mieux.

Je souhaite aujourd’hui m’adresser à tous ceux qui enseignent, écrivent, lisent et qui ont compris l’importance de la transmission de la mémoire, des mémoires : gardons contre vents et marées la conviction que ce travail est essentiel. Notre intelligence, une compréhension réfléchie et raisonnée du monde est la marque de notre humanité. Restons donc humanistes, dans tous les sens du terme, et surtout plein d’espérance : nous avons beaucoup de choses à dire et à raconter.



par Audrey Dandeville, le 20/06/2011 à 18h43


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