Accueil -> Actualité -> Détail d'une nouvelle

Pierre Goubert, militant socialiste isarien.


Hommage rendu à Pierre Goubert, Archives départementales de l'Oise,5 mars 2012.

Intervention de Jean-Pierre Besse

"Il s’agit ici de présenter un court moment dans la vie de Pierre Goubert, la période entre la Libération du département en septembre 1944 et son départ pour le collège Turgot à Paris à la rentrée 1945 ; période au cours de laquelle il milite à la section SFIO de Beauvais et surtout collabore à l’organe de presse départemental du parti, L’Oise socialiste. Collaboration qui est tout sauf occasionnelle. En effet si les Archives départementales de l’Oise ne conservent pas les numéros de la fin de 1944, ni ceux de janvier 1945, le premier numéro est celui du 17 février 1945, la signature de P.G. apparaît dans tous les numéros conservés en 1945 jusqu’à son départ à l’automne. Un seul article, celui du 11 août 1945 (N°41), est signé P.G., Pierre Goubert de la section de Beauvais ; article plus personnel où il répond aux critiques qui lui ont été adressées suite à la publication d’un autre article qui malheureusement n’a pas été conservé.

Le corpus à notre disposition nous permet cependant d’approcher ses points d’intérêt et ses positions.

Avant de les étudier, je voudrais rappeler que la guerre n’est pas finie, que la France est dans une situation institutionnelle provisoire et que la fédération socialiste isarienne offre des places aux jeunes militants. Jean Biondi, Marcel Mérigonde et Georges Blin sont déportés ; Jean Vassal et Charles Loire (secrétaire fédéral avant 1939) sont exclus en raison de leurs positions entre 1940 et 1944 ; Etienne Weill-Raynal et Berthe Fouchère ne sont pas encore rentrés dans le département dont ils ont été éloignés pour des raisons diverses enfin le secrétaire fédéral est exclu en février 1945. D’autre part, la section de Beauvais vient de remporter un succès considérable : la conquête de la municipalité de Beauvais, vieux fief radical socialiste : Amédée Bourdon a été nommé maire provisoire en septembre 1944 et Henri De Ridder est élu maire en mai 1945.

Deux remarques enfin. Les articlas rédigés par P.G. sont très structurés, très pédagogiques dans leur présentation comme dans leur contenu. P.G. manifeste une vision noire de la société française au sortir de cette guerre et de l’avenir de la France ainsi dans l’article « Prélude à quelque chose » (26 mai 1945, n° 30) où il aborde la crise morale il écrit « Une masse de prolétaires sans viande, sans chaussure, sans chemise » et le 9 juin 1945 (N°32), il s’interroge « que peux faire la France du marché noir, de la tuberculose infantile, des querelles intérieures, des révoltes coloniales, des mobilisés sans vêtements, sans fusillés ? » avant de conclure « l’avenir nous le dira mais l’avenir n’est pas rose ».

Quels sont les thèmes abordés par Pierre Goubert dans ses articles. Ils sont au nombre de trois : la politique internationale, la politique intérieure et la laïcité.

La politique internationale

Cette question est principalement abordée dans un long article le 9 juin 1945 (N°32) intitulé « La vraie question : Moscou ». Il y reconnaît le droit à l’URSS de se constituer un glacis défensif et condamne l’antisoviétisme « quand Hitler reculait à Stalingrad, personne ne parlait des barbares ou des sauvages, sauf quelques sinistres individus, ministres, miliciens ou évêque de Beauvais ».

La politique intérieure.

Pierre Goubert se méfie des ralliements et de l’afflux de nouveaux militants dans les organisations : « Socialistes méfiez vous des nouveaux socialistes. Soyez gentils avec eux mais le les prenez pas trop au sérieux. Attendez qu’ils aient fait leurs preuves. En attendant demandez-leur donc qu’ils n’ont pas entendu parler d’un certain Marx et d’un certain Jaurès » (17 février 1945, n°15).

Le Front national de lutte pour l’indépendance nationale est particulièrement visé. Il dénonce la présence d’anciens militants du PSF d’avant guerre, comme Jacques Debu-Bridel et surtout Pimienta « l’inénarrable ex bouffon du lycée de Beauvais devenu le bouffon de l’assemblée consultative ». Il demande au Front national de se « séparer des éléments réactionnaires ».(N°16, 24 février 1945).

En ce qui concerne le PC, il est favorable à l’unité à la différence de la fédération et du parti (congrès d’août 1945). Son article sur l’unité lui a valu des critiques de tous : droite, SFIO, PC. Il y répond le 11 août 1945 (N°41) dans l’article « Réponses à plusieurs »

« Je maintiens intégralement la phrase que l’on m’a reprochée sur les anticommunistes qui se pourvoient (se fourvoient naturellement. JPB) au sein du parti socialiste. La place d’un anti communiste, elle est aujourd’hui au PSF qui se reconstitue. Un socialiste est d’abord anticapitaliste (en gras dans le texte. JPB)…s’ils s’occupaient vraiment du socialisme, du vrai naturellement, le socialisme de Marx, virilisé par Guesde et Vaillant, humanisé par Jaurès »

La laïcité

La position de P.G. est très nuancée et complexe. Il est favorable au retour à la situation d’avant 1939 et déclare que l’enseignement laïque n’est pas antireligieux. Il craint surtout que l’anticléricalisme ne cache les vrais problèmes. Dans le N° 22 du 7 avril 1945, il note « Il y a d’autres sujets de lutte de France que nos histoires de clochers et de laïcité : la paix à construire, la France à reconstruire, les trusts à trier, nos gosses à soigner. Qu’athées, indifférents et chrétiens s’unissent pour lutter contre la tuberculose de nos gamins ».

Pour conclure je signale deux articles sur la bombe atomique (N° 43 du 25 août 1945 et 44 du 1er septembre 1945) où il écrit « Le socialisme adversaire de la guerre, ce crime, ne peut que condamner l’utilisation guerrière de la plus importante découverte de l’esprit humain. Et pourtant la bombe, avec ses effets horribles a suffi à raccourcir la guerre….les socialistes demanderont l’utilisation de l’énergie atomique pour les grandes œuvres de la paix et pour le bonheur des hommes. Ils demanderont un contrôle international sévère des usines et laboratoires ; contrôle international que la communauté du danger doit rendre facile et inflexible….Puisse l’horreur de la bombe atomique rapprocher les hommes, faire reculer l’esprit de guerre et amener à cette entente humaine sans quoi ni le bonheur, ni la vie même ne sont possibles. »

Enfin un autre intitulé « Sommes-nous à la veille de la 3 e Révolution française ?» (N°30 du 26 mai 1945) dans lequel apparaît l’historien et qu’il conclut ainsi « Sait on que les révolutions modérées, même celles de juillet 1789 et de février 1848 ont toujours coïncidé avec un maximum des prix et singulièrement du prix du pain? »



par Jean-Pierre Besse, le 07/03/2012 à 10h06


Revenir à la liste des nouvelles