Les récentes mises à jour

  • Samedi 16 mars 2019, 14 H 30, Bibliothèque Municipale Saint-Corneille, salle Le Chatelier, Julien SAPORI co-auteur et coordinateur de l’ouvrage a présenté le Dictionnaire Fouché, publié aux Editions Sutton, 2019, 572 p, 28 €
  • Personnalité politique de premier plan de la Révolution à la Restauration, en une période charnière de notre histoire, Joseph FOUCHE, a longtemps charrié une légende noire, que les biographies les plus récentes tendent toutefois à corriger. Celui qui fut pendant 17 ans Ministre de la Police sous les régimes successifs du Directoire, du Consulat, de l’Empire, des Cent Jours et de la Seconde Restauration figure évidemment en bonne place aux côtés de Talleyrand dans le « Dictionnaire des girouettes » paru en 1815. Conventionnel régicide, l’un des principaux initiateurs de la déchristianisation controversée de l’an II, Joseph Fouché garde non seulement la marque indélébile de sa répression sanglante de la contre-révolution à Lyon avec Collot d’Herbois à partir d’octobre 1793, mais aussi l’image du traitre, à l’origine de ses retournements et disgrâces. Le terroriste de Lyon mis en cause par Robespierre, fut un des grands artisans de sa chute au 9 thermidor an II. Le ministre de Bonaparte puis de Napoléon, s’opposa à lui en 1802 à propos du Consulat à vie, puis en 1810 en cherchant à négocier en sous main la paix avec l’Angleterre. Garant avec Talleyrand de la transition pacifique entre L’Empire déchu après Waterloo et la seconde restauration de Louis XVIII, Fouché fut néanmoins écarté du pouvoir comme régicide et finit sa carrière en exil. De ce fait la personnalité controversée de Joseph Fouché n’attira que tardivement les biographes, longtemps à charge contre lui, de Louis Madelin en 1900, Stefan Zweig en 1934 ou André Castelot en 1990, jusqu’aux travaux universitaires plus équilibrés de Jean Tulard en 1998 et d’Emmanuel de Waresquiel en 2014. Sans occulter les parts d’ombre du personnage, ces deux derniers ont su en effet restituer les réelles continuités de l’action du personnage autour de la défense des acquits de 1789 et reconnaître ses authentiques qualités d’homme d’Etat en des moments critiques de notre histoire nationale.

    Le Dictionnaire Fouché mis en œuvre à l’initiative et sous la direction de Julien Sapori, ne constitue pas pour autant une nouvelle biographie ni une entreprise de pure et simple réhabilitation d’un personnage sulfureux, dont sont aussi bien évoquées les ombres que les lumières. Mais par son format spécifique de dictionnaire, cet important travail collectif ayant mobilisé onze historiens de sensibilités variées qui se sont partagés les 127 notices de l’ouvrage, a permis de multiplier les entrées et de diversifier les approches d’un personnage historique encore largement énigmatique, de comprendre ses origines et sa formation, d’éclairer sa personnalité, de mieux connaître son entourage, de suivre son tortueux parcours en le replaçant dans son environnement historique complexe, d’apprécier son empreinte auprès de ses contemporains mais aussi son indéniable postérité mémorielle, chez les biographes et les historiens, dans la littérature ou le cinéma.

    L’intérêt suscité par le personnage de Joseph Fouché auprès du public ne s’est pas démenti, comme en ont témoigné les vifs débats qui ont suivi la présentation synthétique de l’ouvrage et de son objet par Julien Sapori au cours de cette séance très vivante et dynamique.


    par Jacques BERNET, publié le 19/03/2019




  • Samedi 9 mars 2019, participation de la Société à la table ronde tenue à Bar-sur-Aube, sur le thème : Comment des sociétés savantes dynamiques favorisent un territoire ?
  • Organisée à l’initiative de la toute jeune Société Historique de Bar-sur-Aube et du Pays Baralbin et de son Président fondateur Fabrice PERRON, cette réunion publique était une bonne occasion de présenter le parcours et les activités de notre Société d’Histoire moderne et contemporaine de Compiègne, au même titre que mes confrères troyen et rémois Jean-Louis HUMBERT, ancien président de la Société Académique de l’Aube et Francis LEROY, ancien président de la Société Académique de la Marne.

    L’intérêt du public nombreux venu assister à cette table ronde témoigne des fortes attentes des habitants d’une petite ville et d’un pays subissant un déclin démographique et économique, mais bénéficiant d’un riche passé historique comme d’un patrimoine naturel et monumental remarquable, susceptibles de nouvelles recherches fructueuses et d’une belle valorisation touristique. Marquée par le souvenir des dynamiques foires médiévales de Champagne, épicentre de la révolte des vignerons de l’Aube en 1911, la ville de Bar-sur-Aube, patrie du philosophe Gaston Bachelard, possède deux églises classées et un centre ancien très caractéristique, tandis que son territoire de vignoble abrite des monuments aussi prestigieux que l’ancienne abbaye de Clairvaux, devenue maison centrale ou la cristallerie royale de Bayel, ayant récemment cessé son activité.

    La création en 2018 par notre collègue et ami Fabrice PERRON, jeune historien lui-même issu du milieu viticole, de la Société Historique de Bar-sur-Aube et du Pays Baralbin [SHBPB) participe pleinement à cette volonté de mise en valeur d’un passé pour une part méconnu et d’un patrimoine de grand intérêt, comme l’illustre la première livraison de ses Annales comportant quatre belles études inédites et un document original sur l’histoire environnementale, économique, militaire et scolaire de Bar-sur-Aube et de son territoire. Nous souhaitons une pleine réussite à nos amis de Bar-sur-Aube, avec lesquels nous garderons d’étroits contacts par l’échange d’informations et de publications.


    par Jacques BERNET, publié le 19/03/2019




  • Samedi 16 février 2019, 14 H 30, BM Saint-Corneille, conférence de Margaux GUILBERT : Les parachutages politiques dans l’Oise au XX° siècle, à travers le parcours de Marcel Dassault (1906-1986), Jean Legendre (1906-1994) et Robert Hersant (1920-1996).
  • Proche de la région parisienne, le département de l’Oise a été aux XIX° et XX° siècles une terre propice au parachutage d’hommes politiques de tous bords, qui y ont souvent réussi une implantation durable. Tel a été le cas du Parisien Jean-Legendre [1906-1994], arrivé à Senlis dans les années 1930, élu député de l’Oise de 1945 à 1962, maire de Compiègne en 1947, poste qu’il occupa presque continument jusqu’à sa retraite en 1987. Margaux Guilbert avait consacré son mémoire de master 1, soutenu à l’Université de Paris I en juin 2017, au parcours national et local de cette figure de premier plan de la droite isarienne.

    Pour son mémoire de Master 2 soutenu un an plus tard, elle a étendu son enquête à deux autres personnalités non moins emblématiques, dont l’implantation a fortement marqué le département dans les années 1950-1980 : l’avionneur Marcel Dassault (1892-1986), élu député de l’Oise à Beauvais et le patron de presse Robert Hersant (1920-1996) installé dans le Clermontois, qui n’exerça pas moins de 7 mandats de député de l’Oise de 1956 à 1988. A la différence de Jean Legendre, homme d’origine modeste, dont les combats furent essentiellement idéologiques et la carrière avant tout politique au niveau national, gestionnaire au plan local, ces nouveaux venus du monde des affaires cherchaient un mandat électif pour protéger leur situation économique et étendre leur influence sociale. Leurs convictions politiques étaient d’ailleurs nettement moins assurées, surtout pour Robert Hersant, qui passa d’une jeunesse fasciste à la gauche radicale, puis du gaullisme au centrisme, pour finir à la tête du très droitier Figaro, tandis que Marcel Dassault, partisan d’un gouvernement d’union nationale, se rallia généralement au pouvoir en place, dont il avait grand besoin pour ses affaires, de Charles de Gaulle à François Mitterrand.

    Dassault comme Hersant ont été également critiqués pour leurs méthodes de conquête des électeurs, à la fois par le contrôle de la presse locale dont ils rachetèrent et utilisèrent les organes, mais aussi par la pratique du clientélisme à grande échelle, permis par leurs moyens financiers. Robert Hersant, qui voulait passer pour le Kennedy français fut ainsi accusé de mener dans les années 1950 des campagnes électorales à l’américaine et Jean Legendre, craignant sa concurrence, obtint l’invalidation de sa première élection à la Chambre, ce qui n’empêcha pas sa triomphale réélection et son maintien comme inamovible député de l’Oise, sous des étiquettes politiques des plus variées. Marcel Dassault arrosa généreusement les communes et les électeurs de sa circonscription ; il fut le seul de ces trois personnalités à parvenir à implanter durablement sa famille dans l’Oise, puisque son petit-fils Olivier a repris le flambeau à Beauvais, Hersant échouant à y imposer la succession de son fils Jacques.

    Par son étude comparative méthodique et circonstanciée, Margaux Guilbert nous a ainsi fait revivre trois parcours politiques spécifiques, à la fois parallèles et concurrents, qui ont durablement bouleversé la donne politique de notre département, y important, surtout pour Dassault et Hersant, des méthodes et des comportements jusque-là largement inédits, un mélange des genres plus ou moins sulfureux entre vie publique et affaires privées, qui n’a pas forcément contribué à redresser l’image de la classe politique, tandis que les résultats tangibles et l’engagement durable du député-maire Jean Legendre à Compiègne ont sans doute davantage rallié ses concitoyens au plan local.

    L’intégralité de la communication de Margaux Guilbert sera publiée sous la forme d’un article à paraître dans le n° 153-154 des Annales Historiques Compiégnoises, daté du printemps 2019.


    par Jacques BERNET, publié le 19/02/2019




  • Samedi 16 février 2019, BM Saint-Corneille, salle Le Chatelier, réunion du bureau de la Société d’Histoire moderne et contemporaine de Compiègne.
  • Présents : Alain JM BERNARD, Jacques BERNET, Margaux GUILBERT, Remi HEBERT, Morgan HINARD, Olivier KOVAL, Jean POLAK, Vincent REIG.

    Absents excusés : Eric BLANCHEGORGE, Bertrand BRASSENS, Céline LAURENT-REIG, Marc PILOT.

    1°) Le trésorier Jean POLAK a fait le point sur l’état des finances de la Société, relativement satisfaisant avec près de 5 000 E. en caisse, permettant d’envisager sereinement la sortie de notre prochaine revue n° 153-154 au printemps prochain. Le président a fait le constat d’une baisse du nombre d’adhérents à jour de leur cotisation (76 à ce jour, dont 4 nouveaux) et de l’érosion des effectifs d’abonnés payants à la revue, passés au-dessous des 150. Avec la réduction du nombre de points de vente, nous avons dû revoir à la baisse le tirage de la revue (450 exemplaires au lieu de 500, sauf cas de n°s spéciaux à caractère monographique).

    2°) Le bureau a mis au point le contenu de la prochaine livraison de la revue, qui sera un n° de varias, compte tenu du délai nécessaire pour la mise au point de la publication monographique envisagée sur Tracy-le-Mont, village qui fut un haut lieu de la brosserie, mais a perdu presque toutes ses archives communales antérieures à la Grande Guerre. Le n° 153-154 aura toutefois une dominante d’histoire politique contemporaine avec quatre études proposées déjà écrites ou en cours de rédaction : Julien CAHON, maître de conférences à l’ESPE de Beauvais propose un article original sur les écoles primaires publiques de l’Oise dans la Grande Guerre ; Frank SAHAGUIAN, inspecteur de l’Education à Beauvais, doctorant en histoire, s’est engagé à livrer une biographie du député radical et secrétaire d’Etat Jammy Schmidt (1872-1949), Président du conseil général de l’Oise, qui fut une figure politique majeure du département dans l’entre-deux-guerres ; Margaux GUILBERT n’aura pas de difficulté à convertir en article sa belle conférence sur les parachutages dans l’Oise au XX° siècle, illustrée par l’étude comparée des parcours de Marcel Dassault, Jean Legendre et Robert Hersant ; Françoise ROSENZWEIG et Véronique DECAYEUX se sont attelées à la rédaction d’un article sur les cartes de combattants de la Résistance dans l’Oise, à partir de leur dépouillement du fonds des demandes récemment ouvert aux chercheurs. Jacques BERNET a proposé d’ajouter un reportage consacré à la commémoration franco-allemande du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918 en forêt de Compiègne et à l’évolution appréciable de la muséographie du Mémorial de la Clairière.

    3°) En l’absence du secrétaire général Marc PILOT, qui s’était chargé de son organisation, il n’a pas été possible de fixer définitivement la date ni le programme précis de l’excursion prévue un samedi après-midi de mai dans l’Aisne, à la découverte de monuments et de sites dans la forêt de Retz (Haramont, Mortefontaine).

    4°) Le temps nous à manqué pour revenir sur la réunion du 19 janvier dernier entre des membres de notre bureau et du CA de la Société Historique de Compiègne, dont on a toutefois souligné le bon état d’esprit, témoignant d’une volonté sincère de rapprochement entre nos deux associations au cours de cette année 2019, dans une perspective positive qui ne lèse personne et soit avant tout l’addition de nos atouts et compétences complémentaires.

    5°) Au titre des questions diverses, le Président a proposé et le bureau a unanimement approuvé la cession gracieuse aux Archives communales de Compiègne d’un massicot acheté en 2014 pour la numérisation d’une collection complète de la revue, et dont nous n’avons désormais plus l’usage.

    par Le Président, Jacques BERNET, publié le 19/02/2019




  • Disparition d’Alain PILOT [1946-2019]
  • Notre collègue et ami Alain PILOT, cousin du secrétaire général de notre Société d’Histoire Marc PILOT, est décédé le 17 janvier 2019 à Paris dans sa 73ème année des suites de la maladie de Parkinson. Un hommage émouvant lui a été rendu le vendredi 25 janvier à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, suivi de son inhumation dans le cimetière communal de Villejuif, lieu de son dernier domicile, en présence d’une assistance nombreuse.

    Alain PILOT était né le 22 août 1946 à Compiègne, où son père technicien EDF et sa famille habitaient une maison dans le tout nouveau quartier de la Victoire. Il accomplit son cursus primaire et secondaire à l’école Saint-Germain, puis au cours complémentaire Hersan et au lycée Pierre d’Ailly, avant d’intégrer l’Ecole Normale de Beauvais, obtenant en 1964 un baccalauréat scientifique et son admission à l’Ecole Normale de Paris-Auteuil en formation PEGC. Il suivit parallèlement des études à la Faculté des Sciences de Paris 6-Jussieu, dans le nouveau site de la Halle aux Vins, obtenant un DEA de géophysique appliquée en 1969. Ayant brillamment réussi les concours du CAPES puis de l’Agrégation de Sciences de la vie et de la terre, Alain Pilot a enseigné cette spécialité dans des établissements de la capitale ou de sa proche banlieue : lycée Rodin, collège Robespierre à Ivry, lycées Gabriel Fauré puis Henri IV, où il exerça jusqu’en 2003. Des problèmes de santé l’ont conduit à solliciter et obtenir son détachement comme conseiller scientifique et chargé de mission auprès de l’Académie Française, au Service du Dictionnaire. Il participa très activement et efficacement à la rédaction des notices de sa spécialité, jusqu’à sa retraite en 2011.

    Ayant fait la connaissance d’Alain Pilot au printemps 1968, dans le cadre d’activités militantes syndicales et politiques, à l’approche du cinquantenaire des événements de mai-juin, j’avais repris contact avec lui pour évoquer une période que nous avions vécue ensemble à Paris et lui-même pour une part à Compiègne. Il m’avait généreusement ouvert son très riche fonds de documentation en tracts, affiches, journaux et livres de cette époque, où j’ai pu puiser une partie du matériel que nous avons exposé à la bibliothèque Saint-Corneille de Compiègne, à l‘occasion du cinquantenaire des événements, en mai 2018.

    A son épouse, à ses deux filles, à sa famille et à ses proches, notre Société présente ses sincères condoléances.


    par Jacques BERNET, publié le 12/02/2019




  • Samedi 16 février 2018, 14 H 30, Bibliothèque municipale Saint-Corneille de Compiègne, une conférence de Margaux GUILBERT : Les parachutages politiques dans l’Oise au XX° siècle, à travers les parcours de Marcel Dassault, Jean Legendre et Robert Hersant
  • Si la notion de « parachutage politique », apparue dans le langage de la presse en 1957, n’a attiré l’attention des historiens ou des politistes qu’à partir des années 1970, la réalité du phénomène était bien antérieure, particulièrement dans le département de l’Oise, proche de la région parisienne, choisi par de nombreux hommes politiques de la capitale ou des quatre coins de l’hexagone pour s’implanter souvent durablement aux XIX° et XX° siècles. Après avoir consacré son mémoire de master 1 à la carrière de Jean Legendre, un Parisien arrivé dans l’Oise dans les années 1930, devenu député-maire de Compiègne au lendemain la Seconde Guerre mondiale, Margaux Guilbert a étendu son enquête à deux autres fortes personnalités contemporaines venues du monde des affaires et de la presse ayant suivi le même chemin dans l’Oise à partir des années1950, Marcel Dassault à Beauvais et Robert Hersant dans le Clermontois. Objet de son mémoire de master 2, brillamment soutenu en juillet 2018 à l’Université de Paris 1-Sorbonne, Margaux Guilbert nous présentera ainsi une passionnante étude comparée des parcours parallèles mais aussi concurrents de trois hommes politiques ayant durablement marqué la vie de notre département.

    par Jacques BERNET, publié le 12/02/2019




  • Samedi 19 janvier 2019, 14 H 30, BM Saint-Corneille, salle Le Chatelier, Didier MASSEAU, professeur honoraire des Universités, a présenté son dernier livre : Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien Régime, CNRS Editions, Paris 2018.
  • Si les fêtes sont et ont été de tous les temps, les dernières décennies de l’Ancien Régime en France, de la fin du règne de Louis XV à celui de Louis XVI jusqu’à la Révolution, ont vu la multiplication spectaculaire des fêtes publiques ou privées, dont l’éclat sinon la démesure contrastent singulièrement avec les difficultés et l’austérité de la dernière décennie du siècle. Pour l’historien des pratiques culturelles, le phénomène constitue un observatoire privilégié des milieux sociaux de l’époque, mais aussi un sujet de réflexion sur cette période politique intense, où le sérieux côtoie la frivolité, l’insouciance se teinte d’inquiétude, dans un climat d’anxiété culturelle marqué par la crainte de la décadence.

    Les fêtes royales et princières, héritières directes des célébrations versaillaises du Grand Siècle, se perpétuent dans le faste et le spectaculaire, moyen pour la monarchie d’affirmer un pouvoir de plus en plus contesté, mais aussi de capter la faveur du peuple qui en était très friand. En témoignèrent, en mai 1770, les brillantes célébrations du mariage du dauphin Louis et de Marie-Antoinette d’Autriche, avec un grand spectacle pyrotechnique inédit sur la toute nouvelle place Louis XV (actuelle place de la Concorde), qu’un malheureux accident fit tourner au drame, faisant plus de deux-cents victimes dans la bousculade, pointant les failles de l’organisation tout en apportant un mauvais présage pour le futur règne.

    La période est aussi marquée par l’essor à Paris et dans les grandes villes du royaume de nouveaux et lucratifs lieux de divertissement publics sous le nom de Vauxhalls. Venus d’Outre-Manche, ces ancêtres de nos modernes parcs d’attraction furent mis en place, avec l’aval et le contrôle des pouvoirs publics, par d’audacieux entrepreneurs de spectacle tels les artificiers Torré ou Ruggeri dans les années 1760-1780 : le Vauxhall de Torré (1767), le Jardin Ruggeri (1769), le Vauxhall d’hiver de la foire Saint-Germain et le Colisée (1771), le Cirque national d’Astley au faubourg du Temple (1780), la Redoute chinoise de la foire Saint-Laurent (1781) ou le Vauxhall d’été (1785), pour s’en tenir à la seule capitale. Une foule mêlée y trouvait une grande variété de boutiques, de jeux et de spectacles traditionnels, mais aussi le dernier cri de la technique des éclairagistes et des artificiers, la dernière mode de l’architecture ou de l’art des jardins pour leur décor éphémère.

    Quant aux fêtes privées données chez les nobles et les financiers, soit l’élite de la société d’alors, elles tendaient à rivaliser en somptuosité et en extravagance, se déroulant dans des hôtels urbains, des parcs et des châteaux, mais aussi de plus en plus souvent dans des folies, ces luxueuses et élégantes résidences secondaires proliférant à la périphérie des villes, pour répondre aux caprices de leurs propriétaires, signe de leur richesse et de leur puissance, refuge de leurs plaisirs. A en croire des chroniqueurs de l’époque, loin de la morale religieuse officielle ou du sérieux philosophique alors en vogue, certains cercles de la bonne société se divertissaient en cultivant l’art du canular, de la supercherie et de la mystification, se livrant volontiers à des scènes de travestissement, voire se complaisant dans la transgression. Dans les séquences les plus excessives, le triomphe du badinage, les jeux dangereux, la frénésie des plaisirs offraient ainsi un terrain de choix au libertinage, qui faisait la réputation sulfureuse d’une fraction de ces élites appartenant à la haute noblesse et à la Cour, jusqu’à concerner des princes du sang, tels le Comte d’Artois ou le Duc de Chartres et même l’imprudente reine Marie-Antoinette, victime de bien des ragots comme dans l’affaire du collier.

    Pour Didier Masseau, une telle frénésie festive et ludique serait devenue pour une partie des élites socio-culturelles d’alors un moyen de fuir la réalité ou de s’en protéger ; elle dissimulerait une inquiétude profonde, la hantise du chaos, de la décadence et de la chute, à rebours de l’idée de progrès pourtant devenue un lieu commun du discours philosophique au siècle des Lumières. Ces fêtes mémorables, qui nous paraissent a posteriori comme les derniers feux de l’Ancien Régime et de sa prétendue douceur de vivre, du moins pour une fraction de ses élites, permettent de brosser un portrait nuancé de la société française, d’en mieux mesurer les contradictions et les ambivalences à la veille de la Révolution.


    par Jacques BERNET, publié le 30/01/2019




  • Voeux nouvelle année 2019
  • En ce début d’année 2019, le bureau de la Société d’Histoire moderne et contemporaine de Compiègne présente ses meilleurs voeux à ses fidèles adhérents et lecteurs.


    par Jacques BERNET, publié le 21/01/2019




  • Maurice DELAIGUE, En cascade, nouvelles, illustrations de KIM CHEM, Ed. La Bruyère, Paris, 2018, 183 p., 19 E.
  • A maintenant 95 ans, après une douzaine publications concernant avant tout l‘histoire et l’ethnologie de son village, notre fidèle sociétaire et abonné Maurice DELAIGUE, qui réside depuis 45 ans à Coye-la-Forêt dont il est devenu l’historien, nous offre un ouvrage plus littéraire et autobiographique, avec ce recueil de quatre nouvelles évoquant tour à tour ses origines et sa jeunesse dauphinoises, les années noires de l’Occupation, ses amours et son engagement dans la Résistance à Montpellier puis à Paris, et jusqu’au soir de sa vie dans le sud de l’Oise, où après un parcours ressemblant « à une suite de cascades, il retrouve une certaine sérénité ». Comme dans le précédent livre écrit en 2016, Coye de fil en aiguille, ce dernier ouvrage bénéficie de la couleur et des illustrations originales de l’artiste franco-chinoise KIM CHEN.


    par Jacques BERNET, publié le 21/01/2019




  • Jacques GELIS (présentation), Un médecin dans la tourmente. Le carnet de guerre de René de Saint-Périer (1914-1916), Etampes-Histoire, 2016, 14 E.
  • Le carnet tenu de 1914 à 1916 par René de Saint-Périer (1877-1950), châtelain de Morigny près d’Etampes et médecin militaire à l’hôpital établi dans le lycée Felix Faure de Beauvais pendant la Grande Guerre, révèle bien ce qu'y fut l’activité des soignants : accueil des blessés, soins quotidiens, solidarité des équipes médicales débordées par le flux énorme des victimes… Cela donne l’occasion à l’auteur de jeter un regard critique sur un service de santé bien mal préparé au conflit. Ce médecin ne supporte pas non plus le comportement de sa hiérarchie militaire, qui lui demande de « réparer » les soldats avant de les renvoyer se faire hacher au front. Chez cet homme de cœur et ardent patriote on voit pointer une forme inattendue d’anti militarisme, d’autant que la guerre totale le touche aussi par le sort de son frère, combattant en première ligne, ce dont toute la famille subit le contrecoup dans un climat général de désillusion. C’est donc là le témoignage d’un homme sensible et de culture, de l’un des futurs grands préhistoriens français, dont la terrible épreuve de guerre devait modifier la destinée.

    par Jacques BERNET, publié le 21/01/2019




  • Notre nouveau numéro des AHC est disponible

  •  
    151-152 Education Oise-Compiègne

    - La société d'agriculture de Compiègne et l'enseignement agricole dans l'Oise (1839-1870)

    - La dénomination des établissements scolaires de COmpiègne, XIXe-XXe siècles

    - La loi Debré et l'enseignement privé en Picardie

    - Une fondation scolaire seigneuriale rurale au XVIIIe siècle : l'école de Versigny

    - Education et pédagogie au collège de Compiègne sous la monarchie de Juillet (1830-1848)


    N°151-152, Automne 2018

    10€ + port 2€
    151-152


  • Parution d'un nouvel ouvrage



  • clermontacte.jpeg Etre en guerre 1914 1918 dans l'Oise
    Actes du colloque organisé par le collectif de sociétés d’histoire et d’archéologie de l'Oise, l’ONACVG, les archives départementales de l’Oise avec le soutien de la Mission centenaire et du Conseil départemental de l'Oise.

    SOMMAIRE

    Mot d'accueil - Claude Boulet

    Introduction - Jean-Yves Bonnard

    Après la bataille, de l'hécatombe à l'hommage (Régis Moreau et Pierre Tandé)

    Commiègne d'octobre 1914 à mars 1917 : l'état sanitaire vu à travers les hopitaux ( Patrice de Lattard)

    Nourrir les civils en région de Compiègne (Vincent Reig)

    Les apports des nouveaux délais de communication des archives dans l'étude démographique des civils de la zone occupée de l'Oise (Jean-Yves Bonnard)

    Le groupe de divisions de l'entrainement (Vincent Bartier)

    Chantilly, Beauvais, Compiègne, ou les tribulations de GDG (Denis Rolland)

    Délibérer pendant la grande guerre : l'exemple du conseil général de l'Oise (Eric Dancoisne)

    Les usines de l'Oise pendant la guerre (Robert Poitou)

    Les réfugiés belges ou français dans l'Oise et les isariens en exil (Mathilde Marguerit-Houte)

    La presse isarienne pendant la guerre (Françoise Rosenzweig)

    Le role du Kameradschaftsbund der 75e (Didier Guénaff)

    L'action des evêques de Beauvais, Noyon et Senlis pendant la guerre (Philippe Papet)

    Le carnet de guerre d'Henri Barbusse (Philippe Lambs)

    Les divertissements publics à Senlis pendant la guerre (Gilles Bodin)

    Les terrains d'aviation de clermontois avant et pendant la guerre (Jacques Calcine)

    Armand Dupuis pendant la guerre : lecture de son journal (Hermine Williams)

    Les prisonniers de guerre : ces soldats dont on parle peu (Emmanuel Bellanger)

    Charles Troufleau, né à Clermont, tombé sur le front d'Orient (Roger Puff)

    Conclusion - Jacques Bernet 2018, 216p.

    20.00€