Accueil -> Articles -> Lecture d'un article


Découverte du château et parc de Versigny (Oise), samedi 31 mai 2014.


le château de Versigny

Ce charmant village, situé au sud du département de l’Oise, sur la route de Nanteuil-le-Haudoin à Senlis, s’est implanté sur le cours supérieur de la Nonette. Il doit son origine à son château féodal disparu en 1635 et remplacé par l’actuel édifice qui offre le spectacle insolite d’une monumentale villa palladienne ouvrant sur un grand parc boisé au milieu des grandes cultures du Valois. Son propriétaire Guy-Pierre de Kersaint, maire du village, nous y a accueillis ce samedi 31 mai pour une visite exceptionnelle.

Mentionnés pour le séjour de Charles le Chauve dès 870, la seigneurie et domaine de Versigny appartinrent aux comtes de Crépy-en-Valois aux X° et XI° siècles, puis furent rattachés au domaine royal par Philippe Auguste, comme le rappellent les fleurs de lys sur les bornes de l’ancien donjon. Héritant de son frère Charles VI de l’apanage du Valois, Louis 1er d’Orléans, fondateur de la maison de Valois-Orléans, en rivalité avec le Duché de Bourgogne, fit construire les places fortes de Coucy, Pierrefonds et La Ferté Milon au nord, Montépilloy, Nanteuil-le-Haudouin et Versigny au sud. Acquis par mariage en 1404 par Henri de Marle, grand chancelier de France sous Charles VI, la terre, la seigneurie et le château de Versigny restèrent dans les mains de cette famille jusqu’au début du XVIII° siècle, avant de passer par les femmes dans les mains de différentes familles, les Lhoste de Beaulieu, les de Junquières, puis de Kersaint, qui en sont restés propriétaires depuis 1859.

Du château féodal construit par Louis d’Orléans, démantelé en 1635 sur l’ordre de Richelieu, ne restèrent que le donjon, qui s’écroula en 1957, et le pigeonnier toujours en place. L’actuel château a été entièrement reconstruit de 1640 à 1690, et doté d’un grand parc dont André Le Nôtre aurait dessiné les plans en 1651. Le bâtiment initial en forme de fer à cheval, se prolongeant jusqu’à la grille d’honneur, fut élargi avec symétrie des ailes lors d’un remaniement en 1770. Il comprend un rez-de-chaussée bas, un premier étage noble doté de grandes fenêtres décorées de frontons triangulaires ou curvilignes et un deuxième étage en attique aux ouvertures plus petites. La longue façade donnant sur le parc est rythmée par des décrochements au centre et aux extrémités. Entre 1836 et 1844 ont été rajoutés des balustrades, des marches et perrons d’accès, des colonnes doriques et des pilastres qui ajoutent à l’ensemble classique originel une animation quelque peu théâtrale d’inspiration italienne, donnant à Versigny depuis le XIX° siècle l’allure d’une grande villa palladienne.

En cours de restauration au début du XX° siècle, le château fut touché par la Première guerre mondiale. Brièvement occupé par les Allemands en septembre 1914, il devint au cours de l’été 1918 le siège du quartier général du général Mangin, qui y prépara la seconde bataille de la Marne. Le 16 octobre 1918, la conférence de Versigny engagea la X° armée française dans une ultime attaque victorieuse contre les Allemands.

Pendant la Seconde guerre mondiale Versigny joua un rôle important dans la Résistance du sud de l’Oise et du nord de la Seine-et-Marne. Le réseau Publican créé en avril 1943 par Marcel Fox, rattaché au réseau de renseignement anglais Buckmaster, fut animé à Versigny par Jacques de Kersaint, qui fut arrêté et déporté en novembre 1943. Le château, qui avait servi d’hôpital à l’armée française en 1940, puis logé le personnel d’un terrain d’aviation créé par les Allemands au « Grand Condé » au sud de Versigny, fut saccagé en représailles par les SS en 1944. À la Libération, le château fut occupé par les Américains, puis en 1945 par un régiment antillais de la première Armée française. Ces importants dommages de guerre avaient rendu le château inhabitable, et Jacques de Kersaint, de retour de déportation en mai 1945 dut loger sa famille à la ferme du Grand Hôtel. Il ne tarda pas toutefois à lancer de grands travaux de restauration d’un édifice classé monument historique depuis 1930. Cette tâche gigantesque a été poursuivie par ses fils et petit-fils et elle est toujours en cours pour une partie des intérieurs du château.

Le parc d’une superficie de 22 hectares garde une belle allure, bien qu’il ait perdu les broderies de ses jardins à la française dessinés par Le Nôtre. Il est devenu un beau parc boisé à l’anglaise, On y trouve des allées offrant de multiples et charmantes perspectives, des statues anciennes représentant l’Eau et les Saisons, une glacière, un moulin et sa cascade, deux étangs artificiels alimentés par la Nonette, dans lesquels se mire la grande façade blanche du château, qui semble curieusement coiffée de la haute flèche octogonale ajourée de l’église paroissiale Saint-Martin construite au XVI° siècle en vis à vis du château.

Si le parc est accessible au public pendant les mois d’été, l’intérieur du château est occupé par des appartements privés ou en cours de restauration. M. de Kersaint nous a néanmoins permis de découvrir au rez-de-chaussée la salle des cartes, où se trouvent de très beaux plans terriers du domaine de diverses époques, témoignant des aménagements successifs du château et du parc.

Par Jacques Bernet, le 03/06/2014




>Revenir à la liste des articles<