Accueil -> Articles -> Lecture d'un article


François CALLAIS (1928-2014)


François Callais

Notre collègue et ami François CALLAIS est décédé à l’hôpital de Compiègne à l’aube du dimanche 6 juillet 2014, à l’âge de 86 ans. Ses obsèques religieuses ont été célébrées le 11 juillet dans l’intimité de sa famille et de ses proches, en l’église Saint-Georges de Chevrières, suivies de l’inhumation dans la tombe familiale au cimetière du village. De nombreux hommages lui ont d’ores et déjà été rendus dans la presse locale, en attendant d’autres manifestations prévues cet automne à Compiègne, tant de la part de la Ville que des nombreuses associations d’histoire ou de défense du Patrimoine, auquel il avait apporté son éminente contribution depuis plusieurs décennies.

François CALLAIS était né en février 1928 à Chollet, où l’avait conduit la nomination de son père René CALLAIS (1889-1980), ancien élève du collège de Compiègne et germaniste, comme principal du collège de la ville. Avec sa nombreuse fratrie, il suivit les pérégrinations de la carrière paternelle, qui s’acheva comme proviseur du lycée La Fontaine de Château-Thierry, après quoi la famille retrouva le Compiégnois de ses origines, par l’acquisition d’une grande et belle maison bourgeoise située au bout de l’avenue Octave Butin à Margny-lès-Compiègne, où elle s’installa à partir de 1956.

Marqué par la défaite de 1940 qu’il vécut à l’âge de 12 ans, et le fort souvenir d’un grand père maternel principal du collège de Beaune, François entreprit des études d’histoire, dont l’exorde fut une année d’hypokhâgne comme pensionnaire dans le prestigieux lycée Henri IV à Paris. Malheureusement affecté par de gros soucis de santé (il dut soigner une tuberculose qui emporta deux de ses soeurs), ne pouvant accomplir pleinement le cursus universitaire projeté, il fut à la fois retardé dans ses études et entravé dans ses légitimes ambitions. Devenu professeur certifié d’histoire-géographie, il obtint son premier poste au lycée de Constantine en 1959, en pleine guerre d’Algérie. Rapatrié en France à la fin du conflit, il put se rapprocher de sa famille à Compiègne, devenant professeur d’histoire-géographie au lycée technique Mireille Grenet puis au lycée Pierre d’Ailly, où je l’ai bien connu jusqu’à sa retraite en 1992. Il habita la demeure familiale de Margny jusqu’au décès de ses parents en 1980, puis une plus modeste maison dans la paisible rue Hurtebise à Compiègne.

À partir des années 1970, François CALLAIS s’investit fortement dans la vie associative locale, portant d’abord son engagement dans la défense du patrimoine compiégnois : il fonde en 1972 la Société pour la Protection de la Forêt de Compiègne puis, à l’occasion d’une mémorable bataille autour de la conservation de la chapelle anglicane des avenues la Sauvegarde de Compiègne en 1974. Membre de la Société Historique depuis 1971, il succède au président Louis Carolus-Barré de 1983 à 1993, et à Jean-Claude Blanchet, de 2003 à 2009, apportant par son dynamisme et sa créativité un souffle nouveau à la vénérable société, dont il renforça l’audience et la notoriété par la qualité et la variété de ses manifestations. Il organisa de grands colloques : Jeanne d’Arc (1980), Millénaire capétien (1987), Pierre d’Ailly (1992), Carmel de France (1994), Camps militaires de Louis XIV à Louis Philippe (1998), l’Abbaye Saint-Corneille (2004). Il relança également les Mémoires de la société, sortant 14 forts volumes de 1979 à 2011, auxquels s’ajoutèrent à partir des années 1990 les Petites monographies et d’éphémères Cahiers Compiégnois en 2007-2009, sans oublier des publications scientifiques telle la Charte de Commune. Infatigable chercheur, d’une plume féconde et agile, François CALLAIS apporta pendant plus de quatre décennies sa constante et éminente contribution à cette masse éditoriale, plus particulièrement sur l’histoire du XIX° et du premier XX° siècle, mais aussi par l’écriture de nombreuses monographies sur les forêts, les monuments de Compiègne, les communes de sa périphérie telles Margny ou Chevrières [voir la sélection bibliographique ci-jointe]. Il a aussi apporté son précieux concours à des synthèses sur l’histoire et le patrimoine de notre ville, notamment l’Histoire de Compiègne des Beffrois (1987), Compiègne racines et avenir (2011), Compiègne, son patrimoine, la ville et la forêt (1994), Entre rivières et forêts, la communauté compiégnoise (2005), ces deux derniers ouvrages publiés par le GEMOB. Très bon orateur, il a tenu en haleine des publics variés, tant dans son enseignement au lycée ou à l’ « Université dans la ville », qu’à l’occasion de conférences ou de colloques dans des cadres divers.

Monarchiste, maurrassien et catholique convaincu, fidèle aux traditions, François CALLAIS était un homme de convictions, qu’il pouvait défendre avec passion ; mais éloigné de tout sectarisme, maniant volontiers l’humour, cet anticonformiste foncier sut toujours rester ouvert aux autres, montrant par son écoute sa vraie grandeur. Pour l’avoir côtoyé de longue date dans un double cadre professionnel et historique, il a toujours fondé nos relations sur un grand respect mutuel, permettant de surmonter fraternellement et intelligemment les différends ou les contradictions. Ainsi il a largement contribué à transformer la redoutable rivalité de nos sociétés d’histoire locale en une saine émulation, inciter à leur complémentarité et à leurs rapprochements, au bénéfice de tous ; et cette attitude apaisante exemplaire a naturellement fait école autour de lui et parmi nous. Aussi, par-delà la valeur scientifique de l’historien et l’importance de son oeuvre, nous retiendrons surtout sa parfaite courtoisie, sa sensibilité et son humilité, sa profonde humanité ayant éclairé et embelli une longue et riche vie de labeur, celle d’un homme chaleureux et de grande qualité.

À notre consoeur la Société Historique, à sa famille et à ses proches, nous présentons nos sincères condoléances.


Par Jacques BERNET, avec le concours d’Alain MESSAOUDI, le 02/08/2014




>Revenir à la liste des articles<