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Colloque départemental Entrer en guerre dans l’Oise en 1914, Senlis, vendredi 26 et samedi 7 septembre 2014.


À l’occasion de la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, sept sociétés savantes de l’Oise [Chantilly, Clermont, Compiègne (2), Crépy-en-Valois, Noyon et Senlis] avaient réuni leurs efforts pour organiser un colloque départemental à Senlis, cité la plus marquée par l’invasion allemande d’août-septembre 1914 et devenue l’emblème des exactions qui l’accompagnèrent. Grâce à l’excellent accueil que nous ont réservé, tant la Ville que la Société Historique de Senlis, bénéficiant de la parfaite organisation mise en œuvre, cette manifestation placée sous l’égide du conseil général et de l’ONAC-Oise, ayant obtenu le label de la mission du centenaire, a rencontré un franc succès auprès du public local, avec la participation notable de lycéens du crû.

Les seize communications du colloque ont été introduites par Philippe Papet qui a rappelé les enjeux historiographiques et les réalités locales du déclenchement de la Grande Guerre, tandis que Jacques Bernet brossait un tableau synthétique de la situation du département à la veille du conflit.

Sur le thème de l’opinion des Isariens lors de l’entrée en guerre, ont été convoqués la presse départementale étudiée par Françoise Leclère-Rosenzweig, et des témoignages individuels très divers : écrivains tels Marcel Boulenger et Gabriele d’Annunzio alors à Chantilly (communications de Philippe Lamps et Jean-Paul Besse), les six frères Bouchet à Creil, dont la riche correspondance a été analysée par Caroline Bitsch, ou le Dr Gustave Chopinet, maire de Crépy-en-Valois, dont le précieux journal inédit a été exploité par Eric Dancoisne. Si nous ne disposons pas dans l’Oise d’enquêtes d’opinion menées par les instituteurs comme en Charente ou en Isère, des indices concordants confirment les grands traits déjà mis en évidence, il y a près de quarante ans, par la thèse Jean-Jacques Becker : la surprise et l’effroi des Isariens à l’annonce du conflit, leur ralliement souvent résigné à la défense nationale puis à l’union sacrée, leur engagement patriotique généralement prononcé face à l’agression allemande, dans une guerre que l’on espérait courte et bientôt victorieuse.

La première invasion allemande de la fin août-début septembre 1914, avec une brève mais traumatisante période d’occupation d’une majeure partie du département, a donné lieu à une belle série de communications particulièrement riches et circonstanciées. Elles ont permis d’évaluer les situations contrastées comme à Clermont, étudié par Emmanuel Bellanger, Chantilly, Crépy-en-Valois ou Compiègne, villes où les autorités locales purent négocier avec l’occupant et limiter les dégâts humains sinon matériels ; beaucoup plus dramatiques furent les cas de Choisy-au-Bac, Baron, Creil ou Senlis, localités où les bâtiments et les civils se trouvèrent au cœur des combats et furent victimes de terribles représailles allemandes, qualifiés de « crimes de guerre ». À Senlis surtout, l’incendie d’une partie de la vieille ville et de la gare, les dommages subis par la cathédrale bombardée (communication de Mathieu Lejeune) sont devenus un véritable « événement médiatique » selon l’expression de Gilles Bodin, faisant de l’aristocratique sous-préfecture, à l’instar de Louvain ou de Reims, une « ville martyre » de la barbarie teutonne. Creil, cité ouvrière, ne fut guère moins touchée, mais n’ayant pas disposé de la même exposition médiatique, ni du même traitement de la propagande de guerre (Mathilde Marguerit-Houte). S’appuyant sur les enquêtes de police des autorités françaises sur les « exactions allemandes » au lendemain du reflux de l’occupant de l’essentiel du département, Marc Pilot s’est efforcé de faire la part entre la réalité des faits et les mythes entretenus sur cette trouble période, où les circonstances militaires et la psychose des francs tireurs, expliquent largement les réactions violentes des troupes allemandes, qui n’avaient pas véritablement de plan préétabli de terreur et de destruction lors de l’invasion de la Belgique et de la France au cours de l’été 1914.

Aux terribles réalités de la guerre, de l’invasion, des lourdes pertes humaines et matérielles, les Isariens durent rapidement s’adapter. L’afflux massif de blessés mobilisa bientôt les services de santé, la Croix Rouge, comme le comité des Dames françaises ou les hôpitaux militaires de Clermont, étudiés par Claude Boullet et Guy Isambart, avec une rapide implication internationale bien illustrée dans notre région par les « Scottish women of Royaumont », établissement volontaire fondé en octobre 1914, qui se mit généreusement au service des victimes civiles et militaires, avec de remarquables réussites thérapeutiques pendant toute la durée de la guerre, selon la belle communication Marie-France Weiner. Au lendemain de la miraculeuse contre-offensive de la Marne, le département presque entièrement libéré, mais bientôt durablement marqué par la présence du front dans le saillant du Noyonnais, dut s’adapter aux dures contraintes d’une guerre de position et d’usure bien différente de ce qui avait été prévu en août 1914. L’Oise devait être désormais pour plus de quatre ans l’arrière immédiat du front, dans le cadre d’un conflit interminable mobilisant toutes ses forces humaines et économiques (Jean-Yves Bonnard).

Les communications de ce riche colloque devraient faire l’objet d’une publication dans les meilleurs délais, sous la responsabilité du comité organisateur, qui espère prolonger la fructueuse collaboration des sociétés historiques de l’Oise à l’occasion de la commémoration du centenaire de la Grande Guerre. D’autres rencontres départementales peuvent être envisagées, dans les années à venir, plus particulièrement à Compiègne en 2018, pour l’anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918.

Par Jacques Bernet, président de la Société d’Histoire moderne et contemporaine de Compiègne., le 04/10/2014




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