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Conférence de Didier MASSEAU, Une histoire du bon goût.


Notre conférencierM. Didier Masseau

Samedi 13 décembre 2014 à 16 H. salle Le Chatelier de la Bibliothèque Saint-Corneille de Compiègne, notre collègue et ami, sociétaire de longue date Didier MASSEAU, professeur émérite de littérature à l’Université de Tours, a présenté son dernier ouvrage, paru chez Perrin en 2014, Une Histoire du bon goût. Une séance organisée en commun avec la bibliothèque municipale, dont le conservateur, Vincent HAEGELE, nous a accueillis dans le cadre prestigieux du cloître de l’ancienne abbaye.

L’orateur, justifiant en partie le choix de son sujet par des aspects autobiographiques, s’est efforcé de définir son objet, moins l’histoire du jugement esthétique que celle du « bon chic bon genre » ou encore du bon ton, notions s’apparentant à la civilité, par référence à l’ouvrage classique de Norbert Elias, La civilisation des mœurs, décryptant les processus et lois communes susceptibles de conduire l’humanité à surmonter la barbarie. La civilité du monde occidental puise, selon Didier Masseau, ses sources à trois types complémentaires : l’humanisme dans la lignée d’Erasme prônant l’éducation des jeunes enfants des élites, prolongé et élargi par les Lumières au XVIII° siècle ; la tradition chrétienne avec l’ouvrage pédagogique de Jean-Baptiste de La Salle au XVII° siècle ; la civilité mondaine au XIX° siècle sur fond de raffinement et de hiérarchie.

Langage et manière d’être constitueraient ainsi un habitus selon la terminologie du sociologue André Bourdieu auteur de La distinction (1979), un marqueur social, représentant l’idéal de la bourgeoisie et de son éducation faite d’artifices et de conventions, de formes de mondanité et d’urbanité liées à sa culture.

Didier Masseau a cherché dans ce beau livre à suivre les variantes historiques du phénomène du Moyen Âge à nos jours, dans un monde occidental marqué tour à tour par la prééminence de l’Italie, à la fin de l’époque médiévale et sous la Renaissance, par la France du Grand Siècle de Louis XIV, puis par l’Angleterre aux XVIII° et XIX° siècles. De Castiglione et son Parfait Courtisan (1585), rompant avec la réserve imposée aux femmes nobles du Moyen Age, par la grâce et la séduction de la désinvolture dans les cours italiennes, au « bon air, bel air et grand air » mis en en œuvre par Louis XIV à Versailles, de la sociabilité des salons recevant les philosophes au siècle des Lumières, au triomphe du bon goût bourgeois dans la France de Louis-Philippe, et jusqu’à la théâtralité mondaine exacerbée de la Belle Epoque si bien évoquée par Proust, nous suivons les grandes étapes et les mutations de modèles de bon goût et de styles de mondanités ayant permis aux élites aristocratiques puis bourgeoises de se distinguer de la masse, tout en contribuant à l’enrichissement de la culture universelle, selon des voies traditionnelles ou plus avant-gardistes.

Que reste-t-il au XXI° siècle de ces codes d’un autre temps ? L’auteur nous conduit, sans passéisme ni jugement de valeur déplacé, à réfléchir aux changements majeurs opérés dans un monde accéléré et mondialisé, où d’autres formes de distinction sont amenées à se substituer aux précédentes.

Par Jacques BERNET, le 17/12/2014




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