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Décès de notre sociétaire Bertrand LE CHEVALIER, le 21 avril 2015


Bertrand Le Chevalier

Nous apprenons avec une grande tristesse le décès de notre collègue et ami Bertrand Le Chevalier, qui avait été, avec son épouse Anne, un des premiers adhérents de notre Société en 1978, et lui est resté fidèle jusqu'à ses derniers moments, malgré la maladie. Il est décédé paisiblement à son domicile à Compiègne, mardi 21 avril 2015. Ses obsèques seront célébrées vendredi 24 avril à 14 H 30 en l'église Saint-Germain de Compiègne, suivies de l'inhumation au cimetière sud de la ville.

Professeur agrégé de philosophie, Bertrand Le Chevalier avait d'abord enseigné cette matière au lycée Pierre d'Ailly de Compiègne, avant de devenir assistant puis maître assistant en sciences de l'éducation à l'Université de Picardie-Jules Verne à Amiens. Devenu docteur d'Etat, il avait été nommé Professeur à l'Université de Lille III-Charles de Gaulle, où il dirigea longtemps le département des sciences de l'éducation jusqu'à sa retraite. Nous retracerons de manière plus complète son brillant parcours et son oeuvre remarquable d'historien de l'éducation dans notre prochaine revue.

A son épouse Anne, à ses enfants, petits-enfants et à tous ses proches, nous présentons nos sincères condoléances.

Bertrand LE CHEVALIER (1932-2015)

La disparition de Bertrand, même si elle pouvait être attendue, suscite pour nous tous une grande émotion et une immense peine. Perdre un très bon collègue, un vieil ami de plus de quarante ans est forcément un gros choc. J’ai connu Bertrand et Anne dès mon arrivée à Compiègne en 1972 et j’ai eu par la suite presque tous leurs enfants comme élèves au lycée Pierre d’Ailly. Je me suis toujours senti depuis tout ce temps dans une grande proximité de la famille, si ouverte, si chaleureuse, si rassurante.

En 1978, à l’époque où nous commémorions le bicentenaire de la mort de Voltaire et Rousseau, Bertrand avait pleinement contribué à la création de notre Société d’Histoire moderne et contemporaine de Compiègne, dont il est resté, pendant quelque 38 ans, un très fidèle adhérent comme un lecteur assidu et avisé de sa revue, jusqu’à ses derniers moments. Il nous a aussi apporté, avec beaucoup de générosité, d’éminentes contributions historiques et scientifiques, témoignant de son immense culture et de ses grands talents pédagogiques, dans le domaine de prédilection où il excellait tant, l’histoire de l’éducation en France et en Europe. Je me souviens encore, lors d’un colloque commémorant le centenaire des lois scolaires de la III° République que nous avions organisé ensemble en 1981 au lycée Pierre d’Ailly, de sa belle communication intitulée : « Hiérarchie et psycho-pédagogie dans l’œuvre de Jules Ferry ». Puis, lorsqu’il eut brillamment soutenu devant l’Université de Paris I, en juin 1983, sa thèse de Doctorat d’Etat, ayant pour titre : « Philosophie de l’enfance et psychologie de l’enfance » et pour sous-titre : « Les conceptions françaises de Fourrier à Wallon », il nous présenta avec beaucoup d’esprit sa vaste et longue recherche, en nous accordant une chaleureuse interview, publiée dans le n° 23 de nos Annales Historiques Compiégnoises daté de l’automne 1983. Le texte en avait été soigneusement recueilli et mis en forme par notre regretté trésorier d’alors, Jacques Lécuru, un collègue de lettres qui avait une grande proximité intellectuelle et une parfaite complicité avec Bertrand, d’autant qu’ils étaient tous deux de grands amateurs et d’excellents spécialistes de Jean-Jacques Rousseau, une référence de premier ordre pour l’histoire de l’éducation. Par une étrange coïncidence, eux qui étaient nés, si je ne me trompe, la même année 1932, devaient disparaître le même jour, un fatal 21 avril, mais à 13 ans d’intervalle, puisque Jacques Lécuru nous a quittés bien trop tôt, à 69 ans, en 2002. Je profite de cette triste circonstance pour associer à notre présente cérémonie, la mémoire de Jacques Lécuru, qui fut si proche de Bertrand. Je ne relis pas d’ailleurs sans émotion ces belles paroles d’hommage que prononça Bertrand sur la tombe de Jacques, intitulées : « Adieu l’Ami ».

Car Bertrand était à la fois un homme d’esprit et de cœur. Brillant intellectuel, d’une pensée à la fois subtile et rigoureuse, il avait une vaste culture philosophique, littéraire, historique, politique, mais ne l’étalait jamais. Passionnant et passionné, il avait le goût du débat, notamment politique, tout en se montrant toujours à l’écoute des autres, avec beaucoup d’élégance et de tolérance. Il avait ses dadas et ses convictions, mais ne les imposait à personne, sachant toujours garder une distance critique avec lui-même, en un mot ne pas se prendre plus qu’il ne faut au sérieux. Comme tout bon pédagogue, il était même un brin cabotin, assurément charmeur, mais toujours respectueux des autres. Sous des dehors quelque peu dilettantes, qui lui servaient d’armure ou de masque pudique, on trouvait un homme d’une grande sensibilité, d’une belle richesse affective pour toute sa famille comme pour ses amis, car il était très attaché à ses proches et particulièrement fidèle en amitié. J’ai aussi le souvenir de son grand courage, même de son cran, il y a trois ans et demi, lors de la terrible disparition de sa fille Sophie, de sa capacité à donner le change, à soutenir toute sa famille, alors que lui-même souffrait beaucoup, d’autant qu’il prenait tout pour lui pour épargner les autres. Il a toujours été un homme debout, même dans l’adversité et la maladie. Authentique humaniste chrétien, il nous a donné une belle leçon de vie et d’humanité, nous montrant la voie pour garder notre dignité par-delà nos fragilités.

Pour tout cela il reste bien vivant parmi nous, bien présent dans nos cœurs et nous pourrions reprendre à son égard, mot pour mot, ses belles et fortes paroles d’avril 2002 pour Jacques Lécuru : « Merci encore à toi d’avoir été toi, merci pour nous tous. Au revoir vieux camarade et Adieu l’Ami ».

Par Jacques Bernet, le 27/04/2015




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