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Robert BERNET (1917-2015)


J’ai la grande douleur de faire part du décès de mon père Robert BERNET, le 9 juillet 2015 à l’hôpital de Troyes, dans sa 99° année. Ses obsèques civiles et militaires ont été célébrées au cimetière de Pouan-les-Vallées (Aube), où il a été inhumé auprès de ma mère Andréa, elle-même disparue en octobre 2010.

Né pendant la Première guerre mondiale, dont il a pu commémorer le centenaire du déclenchement en juillet 2014, sa longue vie a couvert pratiquement tout notre tragique XX° siècle, avant d’entamer largement le XXI° siècle non moins incertain. C’est tout un pan de notre histoire à laquelle il a lui-même apporté sa belle contribution, surtout comme combattant dans l’Armée de l’Air en 1939-1940, ce qui lui valut la reconnaissance de la Nation avec la médaille militaire, la Croix de guerre de 1939-1940 et le prestigieux grade de chevalier de la Légion d’Honneur, dont il a été honoré en juillet 2010.

Il était né à Saint-Germain près de Troyes, le 7 mai 1917, fils d’Hélène Babeau, couturière et d’un soldat de la Grande Guerre, mort au combat près de Château-Thierry au printemps 1918. Orphelin, il trouva un second père, quand sa mère épousa en 1924 Marcel Bernet, comptable en entreprise, fils d’un apiculteur de Saint-Pouange, ami d’enfance d’Edouard Herriot, qui lui donna son nom et lui fit faire de bonnes études au cours complémentaire de la rue Hennequin à Troyes, jusqu’à son brevet. Mais après le décès prématuré de son père Marcel en 1934, Robert dut s’embaucher au tri postal de Troyes gare. En 1937, il apprit à piloter des avions à Barberey, grâce à l’Aviation populaire et fit tout naturellement son service dans l’Armée de l’Air de 1937 à 1939. Il enchaîna immédiatement avec la guerre, s’illustrant dans la campagne de France de 1939-1940, comme sergent mitrailleur sur Potez 63 dans une escadrille d’observation aérienne. Il obtint la Croix de guerre dès novembre 1939, lors d’un combat au-dessus de la Sarre où il fut blessé, puis en Belgique en mai 1940, où son avion abattu, il dut sauter par deux fois en parachute près de Namur puis de Charleroi. Tombé la seconde fois en secteur anglais, il put rejoindre son groupe et continuer le combat jusqu’à l’armistice de juin, avant d’être démobilisé à Perpignan en juillet 1940. Sur son expérience d’aviateur et de combattant, il devait écrire un beau petit livre de mémoires, « Mon carnet de vol », publié par ses soins en 1950 et réédité en 1990.

Revenu à Troyes, il y reprit son travail au tri postal de la gare, où il rencontra une jeune postière, Andréa Chardin, qu’il épousa en juillet 1942. Pour tenter d’échapper aux pénuries de cette sombre période, mes parents s’installèrent à Géraudot, où mon père obtint un poste de facteur receveur à la campagne. À proximité de la forêt d’Orient, la Résistance était active et le bureau des PTT de Géraudot servit alors de relais pour les contacts et les renseignements des patriotes luttant contre l’occupant jusqu’à la Libération. Après la guerre, mes parents furent aussi convoqués, notamment à Metz, comme témoins dans des procès mettant en cause des collaborateurs locaux. La famille s’enrichit avec la naissance à Géraudot de ma soeur Annie en 1943, de moi-même en 1947, puis dans les bureaux successifs tenus par mon père dans l’Aube, à Virey-sous-Bar et à Pouan-les-Vallées, d’Ellen en 1948 et Françoise en 1958. En 1966, mon père dut s’exiler en Picardie pour obtenir un poste plus important, poursuivant sa carrière avec ma mère à Crépy-en-Laonnois dans l’Aisne, bourg où il s’investit comme conseiller municipal, représentant syndical aux PTT, mais aussi dans les associations d’anciens combattants très actives dans cette région alors riche en casernements militaires, tels que la base de Crépy-Couvron ou le dépôt de bombes de la base arérienne de Cambrai.

À l’heure de la retraite, en juin 1977, après plus de 40 ans de carrière civile et militaire pour mon père, mes parents revinrent dans leur Champagne natale. Ils avaient fait construire un coquet pavillon à Pouan-les-Vallées, où mon père avait exercé de 1954 à 1966, et où ma soeur Annie et son mari Daniel étaient devenus instituteurs des écoles primaires. Mon père put se consacrer pleinement à sa passion du bricolage : toujours inventif, il créa de toutes pièces son atelier de reliure, rendant bien des services bénévoles aux particuliers et aux bibliothèques, apportant généreusement son savoir-faire aux jeunes dans le cadre de « l’outil en main » à Arcis-sur-Aube. Il relia les exemplaires de ma thèse en 1981 et l’ensemble de la collection des Annales Historiques Compiègnoises, dont il fut d’emblée et jusqu’au bout un lecteur assidu. Il était particulièrement intéressé par l’histoire de l’Aviation et des deux guerres mondiales. Ayant un sens aigu du devoir de mémoire, il s’investit fortement dans les cérémonies patriotiques et les associations d’Anciens combattants, qui étaient pour lui comme une seconde famille.

Il était devenu le doyen estimé du village, une personnalité originale et généreuse, au tempérament d’artiste et au caractère bien trempé. Je salue la mémoire d’un homme droit, resté debout jusqu’au bout de sa longue vie de labeur et d’engagement. Il a été pour moi, pour la famille, ses proches et bien au-delà, un bel exemple que nous ne pourrons jamais oublier. Sa disparition, près de cinq ans après celle de maman, nous laisse dans le désarroi et la peine, mais il restera toujours bien présent parmi nous par son lumineux souvenir.

Par Jacques Bernet, son fils, le 10/08/2015




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