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Découverte du patrimoine des avenues de Compiègne : le temple baptiste, ancienne chapelle anglicane (1868) et la villa Marcot (1908), avenue Thiers.


Samedi 21 novembre 2015 après-midi, une bonne trentaine de membres et amis de la Société d’Histoire de Compiègne ont bravé les intempéries du jour pour répondre à notre proposition de visite de ces deux fleurons de l’actuelle avenue Thiers, anciennement de l’Impératrice, juste en face de l’hippodrome.

Répondant aux besoins de la communauté anglaise de Compiègne liée aux activités hippiques, à la villégiature et à la présence épisodique de la Cour impériale anglophile, la chapelle anglicane dédiée à Saint-Andrew fut édifiée à la fin du Second Empire, en même temps que celle de Chantilly. Fruit de la générosité de Maria Jane Bowes Lyons, Mistress Russel Barrington, une riche veuve écossaise, parente lointaine de la reine Victoria et compiégnoise d’occasion, l’édifice de style néogothique, selon les plans de l’architecte écossais Thorton Shiells, fut construit par son confrère parisien Louis Calla et inauguré en mai 1868 par le Très Révérend Père Smith, ancien évêque de Victoria (Hong-Kong). Doté d’une élégante tour porche surmontée d’une flèche élancée avec horloge, l’édifice en belle pierre calcaire comporte une nef unique avec un chœur au chevet plat et une sacristie latérale. L’ensemble est de style néogothique earl english typique de la seconde moitié du XIX° siècle, avec fenêtres en lancettes surmontées d’arcades de pierre, ornements sculptés en feuillages sur chapiteaux, contreforts plats, portes et portails en ogives moulurés, oculus trilobés et rosace rayonnante en façade. L’intérieur présente une magnifique charpente apparente en coque de navire renversé, des lustres et ornements en tôle avec des symboles et blasons britanniques. L’essentiel des boiseries et du mobilier restent de l’époque de la construction, mais les trois grands vitraux du choeur et la composition mariale de l’aile latérale de style Art Déco datent de 1926, époque de reconstruction partielle de l’édifice, dont la toiture avait été percée par une bombe allemande en 1918.

Après 1960, la communauté anglicane de l’Oise concentra ses activités à Chantilly et la chapelle compiégnoise perdant son affectation cultuelle fut menacée de démolition, d’autant que sa situation dans la prestigieuse avenue Thiers attirait les convoitises des promoteurs. En 1971 fut créée l’Association de Sauvegarde de Compiègne, qui mena une active et efficace campagne pour éviter la destruction d’un édifice unique dans la ville et emblématique de ce quartier résidentiel. La communauté baptiste du Compiégnois ayant son lieu de culte à Saint-Sauveur, qui avait utilisé la chapelle anglicane dès 1954, obtint d’y transférer ses offices et y entreprit à ses frais une première campagne de remise à niveau à la fin des années 1970. Devenu propriété de la communauté en 1989, le temple baptiste de Compiègne a bénéficié depuis d’une belle restauration, particulièrement respectueuse de son aspect extérieur et de son décor intérieur d’origine, notamment lors de l’importante campagne conduite en 2011-2013 sous l’égide de la Fondation du Patrimoine, à la hauteur de 300 000 E. Les Compiégnois ont ainsi su sauvegarder, embellir et ranimer un lieu spécifique, à la fois cultuel et culturel, particulièrement cher à nos concitoyens.

A quelques pas de là, au 16 avenue Thiers, la villa Marcot constitue un exemple presque unique de l’Art Nouveau à Compiègne, ville de résidence qualifiée de « Nice du Nord » à la Belle Epoque et qui en a conservé un patrimoine architectural particulièrement riche et varié. Commandée par un militaire fortuné originaire de Nancy, le commandant de cavalerie Albert Marcot, elle fut construite sur les plans originaux du grand architecte parisien Henri Sauvage (1873-1932), qui associé à son confrère Sarrazin, fut l’auteur d’édifices aussi remarquables que l’exubérante villa Majorelle de Nancy (1898), chef d’œuvre de l’Art Nouveau ou la Samaritaine à Paris, triomphe de l’Art Déco. La villa construite à Compiègne représente justement une intéressante transition entre un Art Nouveau assagi et l’Art Déco plus géométrique en gestation, comme le saluèrent les revues d’architecture de l’époque.

Notre amie Céline Haigron avait fort bien détaillé, dans l’article publié par notre revue n° 137-138 du printemps 2015, les caractéristiques de ce bel édifice en pierre blanche de Saint-Maximin, orné de grès flammés et de ferronneries aux décors végétaux, bâti tout en hauteur sur trois principaux niveaux, que nous avons pu largement découvrir lors de notre visite de l’intérieur du bâtiment, grâce à l’excellent accueil de Monsieur le principal du collège Jacques Monod, auquel l’édifice sert maintenant d’annexe pour ses activités d’enseignement, depuis sa donation à la Ville en 1950. Malgré les inévitables modifications apportées à l’espace intérieur, il a pu conserver une partie notable de ses richesses, en particulier ses majestueux escaliers aux rampes ornées de décors floraux, ses mosaïques de sol en tesselles de marbre dues au mosaïste Henri Bicchi, ses beaux parquets, une partie de ses boiseries et de ses gracieux vitraux bicolores, parties originales qui mériteraient assurément d’être sauvegardées, au même titre que le sont les façades et les décorations extérieures de la villa, grâce à leur classement à l’initiative de la DRAC de Picardie en 1986.

Par Jacques Bernet, le 23/11/2015




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