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Samedi 16 janvier 2016 à 14 H 30, salle de réunion du lycée Pierre d’Ailly, conférence de Nathalie DARENE, enseignant-chercheur à l’UTC : Territoire de sous-traitance : quand le Luxe conduit à coopérer. L’exemple de la vallée de la Bresle.


Enseignant-chercheur à l’UTC de Compiègne, où elle dirige le département des sciences humaines (TSH), notre collègue Nathalie Darène connaît bien le milieu du Luxe, ayant passé une partie de sa carrière professionnelle chez Yves-Saint-Laurent parfums, où elle a été notamment en charge de la coordination du développement des nouveaux produits. Forte de cette expérience, elle a consacré sa thèse de doctorat en sociologie au monde plutôt méconnu des sous-traitants de produits précieux, tels la parfumerie ou l’horlogerie de luxe, à partir d’une enquête conduite en quatre territoires spécifiques en France et en Suisse : la vallée de la Bresle, berceau exclusif des flacons de parfums en verre, la Plastics Valley autour d’Oyannax dans l’Ain, où la parfumerie ne représente qu’une niche de luxe dans une industrie fragile ; la vallée de Joux et le canton du Jura suisse, espaces restés dominés par les sous-traitants de l’horlogerie haut de gamme, dont nos voisins helvétiques ont su conserver la spécificité. De cette recherche universitaire elle a tiré un livre : Fabriquer le luxe. Le travail des sous-traitants, publié par les Presses des Mines en 2014. Elle s’est efforcée de nous en présenter les grandes lignes, en développant plus particulièrement le cas le plus proche de nous, la vallée de la Bresle, située à la frontière entre Normandie et Picardie, en amont du Tréport et Mers-les-Bains.

L’oratrice a d’abord longuement défini l’objet, les enjeux et la méthode de son enquête, portant sur ces quatre territoires assez différents, mais dont l’activité repose avant tout sur un tissu de sous-traitants de ces deux grands types d’industrie du luxe, un secteur toujours prospère, dans la mesure où il a su jusqu’à présent résister aux aléas de la conjoncture grâce à la mondialisation, créant toujours plus de nouveaux riches, qui prennent le relais des anciens. Elle a décrypté le mode de fonctionnement des grandes marques françaises ou suisses, aux capitaux internationaux, dont les sièges se trouvent dans les métropoles, mais qui s’appuient pour la fabrication et le conditionnement de leurs produits sur un tissu hiérarchisé, à la fois vivant et fragile, de sous-traitants faisant vivre des territoires périphériques fortement spécialisés.

Classée SPL (Système Productif Local) depuis 1999, la glass vallée de la Bresle, entre Blangy et Eu, riche d’une ancienne tradition verrière, se consacre désormais presque exclusivement à la fabrication et au façonnage de flacons destinés à la parfumerie et plus secondairement à la pharmacie ; elle assure de nos jours près de 75 % de la fabrication mondiale destinée à la parfumerie de luxe et fait travailler quelque 7000 personnes. Si les commandes massives des grandes marques répondent à leurs besoins propres et aux critères stricts de leurs designers, elles passent par le savoir-faire des verriers locaux et des assembleurs donneurs d’ordre, faisant ainsi appel à une foule de PME spécialisées dans la fabrication d’éléments ou le façonnage minutieux des produits, qui représentent le gagne-pain et la fierté des ouvriers de ce secteur privilégié. La concurrence leur impose des efforts constants d’adaptation et d’innovation, mais amène aussi ces petites entreprises à coopérer pour maintenir une activité essentielle à la survie d’un territoire original, constituant une heureuse exception en ces temps de mondialisation et de délocalisation de la production. Cette niche spécifique est parvenue à se maintenir, grâce à sa proximité géographique, la réactivité de ses entrepreneurs, sa haute technicité et le savoir-faire reconnu de ses ouvriers.

Cette conférence a vivement intéressé notre public, après celle de Frédéric Seitz en 2013 et le colloque Vincent de Gournay de 2007 ; elle illustre la solidité et la fécondité des liens déjà anciens de notre société avec les enseignants-chercheurs de l’UTC, une pratique dont nous ne pouvons que souhaiter la poursuite et le développement dans l’avenir.

Par Jacques Bernet, le 30/01/2016




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