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Journées européennes du Patrimoine : Sur les traces de l’architecte Jean STRA, à Nampcel et Beaulieu-les-Fontaines.


Samedi 17 septembre de 10 H. à 12 H., une conférence avait été organisée à l’initiative de notre ami Rémi Hébert et de la municipalité de Nampcel, dans l’église du village, fleuron de la reconstruction de l’architecte compiégnois Jean Stra (1885-1957), dans cette commune fortement détruite en 1914-1918. Les élus et un public local nombreux étaient au rendez-vous pour cette présentation que j’ai faite de la reconstruction de la commune dans les années 1920-1930.

Agréé en mars 1920 par la Préfecture pour travailler à la reconstruction d’après guerre dans l’Oise, l’architecte Jean Stra, ancien combattant, fut nommé architecte communal de Nampcel en décembre 1921. Il conçut un projet ambitieux de reconstitution des édifices publics de la commune autour d’une vaste place plantée d’arbres : la nouvelle mairie-école prévue pour deux classes avec logement de l’instituteur à l’étage et l’église entièrement reconstruite sous la forme d’un gracieux édifice néo-roman, ainsi décrit dans le projet de 1924 :

« La nouvelle construction est établie sur la même surface que l’ancienne. Elle peut contenir 190 places assises. Elle comprend : une nef voûtée en plein cintre et deux bas côtés, une surchaire, une grande et une petite sacristie. Le clocher est désaxé en façade principale. L’architecte a conçu son projet en briques blondes, afin de supprimer la grande quantité de pierres du pays qui ne présente pas les qualités requises pour assurer la durée de l’édifice ».

Construite en pierre calcaire locale, mais aussi d’Eméville, Bonneuil-en-Valois et Saint-Maximin, en béton de cailloux de carrière et en brique silico-calcaire de Dormans, l’église fut coiffée d’une charpente en chêne et sapin et couverte en ardoises d’Angers. Pour la rose en façade et les 9 baies des bas-côtés, il n’avait été prévu « de peinture ni de décor » et les trois grands vitraux du chœur, œuvre d’un architecte-verrier d’Amiens, n’ont été posés qu’en 1957, grâce aux dommages de la Seconde guerre mondiale. Une horloge à deux cadrans d’esprit Art déco, électrifiée en 1934, orne le clocher haut de 25 mètres. Deux pierres tombales seigneuriales de l’ancienne église ont été replacées dans la nouvelle, dressées sur le mur en encadrement de l’entrée principale.

La façade élancée de l’église, avec son porche néo-roman et son fin clocher, s’harmonise bien avec le long bâtiment de la mairie-école d’esprit Art Déco, grâce à l’emploi dominant de la brique claire rappelant la pierre du pays. Cet ensemble fut complété sur une face perpendiculaire de la place par la reconstruction du presbytère et du bureau de poste, bâtiments plus modestes en brique rouge, comportant chacun deux niveaux. Entre ces deux bâtiments, l’architecte construisit un émouvant monument aux morts dédié aux victimes civiles et militaires de la Grande Guerre. Son inauguration, le 21 octobre 1930, marqua l’achèvement de la reconstruction et la renaissance de Nampcel, commune ayant tant souffert en 1914-1918.

Le village devait encore subir, pendant la Seconde guerre mondiale, des dégâts sur ses bâtiments publics, église et mairie-école, dont Jean Stra dressa le bilan dès 1940, au lendemain de la campagne de France, mais qui ne purent être complètement réparés qu’après 1945.

La séance s’est agréablement prolongée par un pot amical offert dans la salle des fêtes, où ont été présentés des documents provenant des archives de la commune, notamment des plans de Jean Stra pour la reconstruction de l’église et des autres bâtiments publics du village après la Première guerre mondiale.

L’après midi, j’avais pris rendez-vous avec M. Bell, adjoint à la culture de Beaulieu-les-Fontaines, pour une séance de photos à l’intérieur de l’église, entièrement reconstruite par Jean Stra et inaugurée en octobre 1929.

Cet élégant édifice de style néo-gothique modernisé a été conçu en brique et pierre plus béton, de manière à s’harmoniser avec les maisons du pays ; il comporte un chevet plat et un clocher porche très élancé d’esprit Art Déco.

L’intérieur de l’édifice à voûte unique en bois en anse de panier, a conservé des poutres maîtresses et le maître autel baroque de l’ancienne église. L’édifice a bénéficié d’une décoration intérieure très soignée, avec un bel ensemble de vitraux du verrier parisien Raphaël Lardeur, sur dessins de l’architecte, un gracieux chemin de croix en mosaïques de Gaudin, un riche mobilier cultuel de la maison Brechet. Jean Stra avait aussi dessiné de beaux carrelages polychromes, une chaire et deux autels latéraux en calcaire, une grille de chœur d’esprit Art Déco, malheureusement disparue.

Reconnue comme une des œuvres les plus abouties de l’architecte Jean Stra et comme un exemple remarquable de la reconstruction d’après la Grande Guerre dans notre région, l’église de Beaulieu-les-Fontaines devrait être ouverte au public pour les prochaines journées du patrimoine de 2018.

Par Jacques Bernet , le 19/09/2016




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