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Samedi 10 décembre 2016, 10 H., à la MCA de Lacroix-Saint-Ouen, salle Louis Osset, Conférence de M. Philippe MONART, petit-fils de Georges MONART (1872-1950), fondateur de la société et fils de Pierre MONART (1911-1999), son successeur


Devenue la troisième commune de l’Agglomération de Compiègne, Lacroix Saint-Ouen était autrefois un modeste village de clairière dans la forêt de Compiègne, dont l’activité était tournée essentiellement vers la sylviculture, le bucheronnage, l’artisanat puis les industries du bois, comme la scierie et la layetterie, employant alors de nombreux actifs. C’est dans ce cadre que Georges Monart (1872-1950) créa en 1900, avec son frère Edouard (1867-1915), une entreprise de boissellerie fabriquant à partir du hêtre de la forêt des ustensiles de cuisine et de petits meubles. Après la Grande Guerre, la société Monart se diversifia et commença à fabriquer des jouets roulants en bois laqué pour garçons, comme la reproduction du camion Berliet, dès 1922. Vers 1930 elle réalisa notamment le couple de chiens Ric et Rac, selon une création du dessinateur Pol Rab, qui en avait fait le titre de son journal satirique.

Succédant à son père en 1938, Pierre Monart (1911-1999) modernisa la société en achetant de nouvelles machines, mais fut contraint pendant l’occupation allemande d’abandonner la production de jouets pour revenir à ses fabrications initiales, décorant néanmoins ses objets de motifs tricolores patriotiques. Après la Libération, l’entreprise put acquérir à bon prix un important stock de bois qui lui servit de matière première pendant les décennies suivantes et relancer la production de jouets, créant en 1949 la marque Joujoulac. Ce fut l’âge d’or de la société, qui fit alors preuve d’une belle créativité technique et artistique, grâce au sens du design de son directeur, au savoir faire et à l’activité de la vingtaine d’employés de l’usine, notamment des ouvrières peignant les objets au pistolet, au pinceau et au pochoir. Joujoulac créa ainsi avec l’accord des marques automobiles, des véhicules miniatures en bois laqué, comme l’utilitaire Citroën à nez de cochon, la Renault Dauphine ou encore la mythique DS 19, qui obtint l’oscar du jouet en 1956. Pierre Monart fut aussi primé au concours Lépine pour une niche à chien démontable. Commercialisée dans les magasins spécialisés, les bazars ou les grands magasins démarchés par deux commerciaux et le directeur, la production était mise en caisses et expédiée depuis la gare du Meux dans toute la France et dans l’Union Française, marché captif jusqu’à la décolonisation.

L’arrivée des jouets en plastique, l’ouverture du marché commun amenant la concurrence européenne, notamment allemande, bien avant celle de la Chine, la perte de compétitivité d’une fabrication semi-artisanale de grande qualité contribuèrent à la fin de la belle aventure industrielle et artistique, coïncidant avec la retraite de Pierre Monart en 1969.

Son fils Philippe, né en 1941, ayant eu une formation de juriste, n’a pas repris l’entreprise et s’est consacré à une carrière dans le groupe mutualiste Groupama. Mais à l’heure de la retraite, il n’a pas oublié ses origines compiégnoises et se consacre avec beaucoup de cœur à la mise en valeur du patrimoine industriel et artistique original que représentent la saga et l’oeuvre de Joujoulac. Cette belle conférence devant notre public local, présentée à Lacroix Saint-Ouen en présence de quelques anciens travailleurs de l’entreprise, fut illustrée de nombreuses photos des créations de l’entreprise, montrant la variété et la qualité de sa production de jouets. La séance été de ce fait instructive et chargée d’émotion, car elle remémorait une histoire familiale, tout en nous rappelant les jouets de notre enfance.

Pour prolonger cette conférence, nous vous recommandons vivement de venir visiter la très belle exposition qui a été inaugurée ce même samedi 10 décembre à l’espace Saint-Pierre des Minimes à Compiègne et qui se prolongera pendant la période des fêtes jusqu’au 15 janvier 2017, ouverte toutes les après-midis, sauf lundi.

Sous le titre : « Les Jours Heureux, une histoire de jouets 100 % forêt de Compiègne », elle permet de mieux connaître l’histoire de l’entreprise de Lacroix Saint-Ouen et ses techniques de production, mais surtout de (re)découvrir une magnifique collection de jouets de sa fabrication, avec des documents provenant des archives de la société, qui sont désormais conservées aux Archives départementales de l’Oise.

Par Jacques BERNET, le 05/01/2017




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