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Samedi 21 janvier 2017, 14 H 30, Bibliothèque Municipale St Corneille, salle Le Chatelier Conférence de Vincent REIG : Le ravitaillement des civils de l’Oise, en zone non occupée pendant la Grande Guerre, 1914-1918.


Plus méconnu que celui de l’armée, le ravitaillement des civils de part et d’autre du front, fut un des enjeux majeurs de la Grande Guerre. A cet égard, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, défavorisées par la géographie, souffrirent particulièrement du blocus anglais et allié, conduisant dès 1917, à une situation critique au plan alimentaire, ce qui avec les défaites de l’été, participa à l’effondrement des puissances centrales en novembre 1918, tandis que la France, grande nation agricole, put bénéficier de secours extérieurs, notamment d’outre-Atlantique, avant même l’entrée en guerre des USA à ses côtés en avril 1917.

Dans l’Oise, que la ligne rouge du front partagea, d’octobre 1914 à mars 1917, en une zone occupée par l’ennemi autour de Noyon et une majorité du territoire départemental restée à l’arrière côté français, le contraste fut grand entre la situation de grande pénurie des 80 communes soumises aux ponctions allemandes, et la partie restée du « bon côté », où malgré la priorité donnée à l’approvisionnement de l’armée et les effets désorganisateurs de la situation de guerre, les civils bénéficièrent de conditions de ravitaillement presque normales, comme l’attestent les mercuriales du marché hebdomadaire de Compiègne en la période : la ville ne fut jamais privée de pain, même si la qualité baissa, et fut régulièrement approvisionnée en beurre et fromages, volailles et légumes, seul manquant le poisson importé de Boulogne ou des ports normands. L’arrière pays rural fournit l’essentiel des denrées de première nécessité, y compris le sucre de betterave produit dans l’Oise.

Avec la prolongation de la guerre, des tensions se manifestèrent sur certains produits de première nécessité, en particulier le charbon et le gaz, du fait de la rupture d’approvisionnement du bassin minier du Nord et de problèmes de main d’œuvre. Cela se traduisit par des tendances inflationnistes touchant toutes les denrées, que l’Etat de plus en plus dirigiste dans le cadre de l’économie de guerre, s’efforça de juguler par des mesures renforcées de taxation et de contrôle des prix, sans doute plus efficaces pour le pain, nourriture de base, que pour d’autres produits devenus rares et chers. Cette situation provoqua, à partir de 1917, la montée du mécontentement, incriminant surtout les profits des agriculteurs ou des commerçants qualifiés de « mercantis », bien plus que les ponctions des militaires ou les mesures d’assistance aux femmes et veuves de combattants. Cette grogne montante, dont la presse locale se fit régulièrement l’écho, donna lieu à des manifestations de protestations collectives et même des grèves contre la vie chère et pour l’augmentation des salaires, notamment dans le bassin creillois, contribuant avec la lassitude croissante d’un conflit meurtrier interminable, à la rupture de « l’Union sacrée » en 1917.

Toutefois, même dans les périodes les plus difficiles, Compiègne et l’Oise ne subirent jamais les affres de la famine ni les pénuries absolues que connurent les zones occupées par les Allemands et les populations des puissances centrales elles-mêmes.

Cette intéressante conférence, illustrée de beaux documents souvent inédits tirés des archives et de l’iconographie régionales, a apporté un nouvel éclairage sur un aspect resté relativement méconnu de la Grande Guerre dans notre département.

Par Jacques BERNET, le 30/01/2017




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