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Disparition d'Andréa BERNET (1920-2010)


Andréa Bernet (1920-2010)

J’ai l’immense douleur de faire part du décès de ma mère Andréa BERNET née CHARDIN, le 30 octobre 2010 à Arcis-sur-Aube, pays de Danton. Elle a été enterrée dans le cimetière du proche village de Pouan-les-Vallées, où mon père avait été receveur des Postes de 1954 à 1966 et où mes parents étaient venus prendre leur retraite depuis 1977.

Elle était née le 29 mars 1920 dans le bourg viticole des Riceys au sud de l’Aube, aux confins de la Champagne et de la Bourgogne, fille d’un vigneron ruiné par la crise du phylloxéra et la Première Guerre mondiale. Le village et la famille avaient une tradition laïque et contestataire : mes grands parents maternels avaient ainsi pris part à la révolte des vignerons de l’Aube conduite en 1911 par Gaston Checq pour obtenir l’appellation Champagne, dont on s’apprête à célébrer le centenaire et qui ne devait aboutir qu’en 1927.

Privilège en son temps dont elle n’était pas peu fière : elle put faire dans les années 1930 des études primaires supérieures comme interne à l’EPS puis collège des Terrasses de Troyes (l’actuel lycée Camille Claudel), où elle prépara et réussit son brevet élémentaire, ce qui lui permit d’être employée à la Poste. Aux Terrasses, elle avait appris l’allemand, ce qui eut parfois son utilité au temps de l’Occupation. Remplaçant le receveur de Coussegrey, qui avait été mobilisé en septembre 1939, elle fut atteinte par la débâcle de mai-juin 1940 en ce village du sud de l’Aube, qu’elle put évacuer juste avant qu’il fût atteint par les combats, parvenant à gagner, selon les instructions de l’administration, Mende, chef-lieu de la Lozère, où elle remit les fonds et valeurs qu’elle avait emportés depuis la Champagne !

Revenue à Troyes à la fin de l’été 1940, elle y rencontra puis épousa en juillet 1942 mon père Robert BERNET revenu travailler au tri postal de la gare à son retour de la campagne de 1939-40 qu’il avait fait brillamment dans l’Armée de l’Air et dont il était miraculeusement sorti indemne et libre. Les difficultés alimentaires de Troyes, comme dans toutes les villes occupées, poussèrent mon père à solliciter un poste de facteur-receveur à la campagne, où l’on pouvait vivre de son jardin et de sa basse-cour. Mes parents s’installèrent à Géraudot, maintenant coquette plage au bord du lac artificiel de la Forêt d’Orient, où ma sœur aînée et moi sommes nés en 1943 et 1947. La carrière de mon père et de ma mère les a conduits ensuite dans diverses communes de l’Aube, de Virey-sous-Bar à Pouan-les-Vallées, puis à Crépy-en-Laonnois dans l’Aisne, leur dernier poste avant de prendre une retraite méritée dans leur Champagne natale. Ma mère y cultivait avec passion les fleurs et les légumes de son sacro-saint jardin. Elle était aussi une lectrice assidue de livres, de la presse locale et nationale, ayant eu très tôt le goût de la lecture qu’elle avait su nous communiquer en même temps que celui des études, grâce auxquelles mes trois sœurs et moi avons réussi notre vie professionnelle, suivant le modèle de « méritocratie républicaine » où elle nous avait précédés avec notre père. Tant qu’elle l’a pu, elle a été une lectrice assidue parfois critique de nos « Annales Historiques Compiégnoises », regrettant seulement que mes recherches et ma carrière ne m’aient ramené en Champagne.

Pour toute la famille et ses nombreux amis qui l’ont accompagnée dans sa dernière demeure, au terme d’une longue et terrible maladie, c’est un grand vide et une immense tristesse, mais maman restera toujours vivante dans notre souvenir et notre cœur.

Par Jacques BERNET, le 09/11/2010




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