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Excursion du samedi 27 mai 2017 à Vic-sur-Aisne, 10 H 30 – 18 H


Cette sortie programmée en plein pont de l’Ascension était notre dernière manifestation de la saison 2016-2017. Elle a bénéficié d’un temps estival particulièrement chaud et a rencontré un vif succès, avec quelque 26 participants, d’autant que nous avons même dû refuser du monde.

Le bourg de Vic-sur-Aisne, actuellement chef-lieu de canton du département de l’Aisne comptant quelque 1700 habitants, bénéficie d’un riche patrimoine naturel, historique et monumental, qui en fait un lieu attractif pour le tourisme, avec une halte fluviale sur l’Aisne et un camping très fréquentés l’été.

Le village remonte au moins à l’époque gallo-romaine, comme l’atteste la borne milliaire datée de l’Empereur Marc Aurèle, conservée dans le parc du château : le vicus se situait alors sur la grande voie romaine Reims – Rouen. Sous les Carolingiens, la terre de Vic fut attribuée par Berthe, fille de Charlemagne, à la puissante abbaye Saint-Médard de Soissons, en 814, et un premier château y fut construit par Eudes, Comte de Paris, à partir de 889. Vic devint le siège d’une châtellenie dépendant de Pierrefonds, puis d’une Vicomté vassale de Soissons.

L’actuel château de Vic-sur-Aisne, dont la partie la plus ancienne est le donjon remontant aux XII°-XIII° siècles, très remanié au XV°, a été reconstruit à partir de la fin du XVI° par Jean Hotman, dont Mazarin récupéra les biens en 1636. A la mort du Cardinal en 1661, l’abbaye de Saint-Médard et ses dépendances, dont Vic, furent attribuées à la Maison de Savoie. A la fin du XVII° siècle, l’abbé de Pomponne ayant échangé l’abbaye de Saint-Maixent près de Poitiers avec Saint-Médard de Soissons, entreprit la construction du grand pavillon et des écuries à l’entrée du château de Vic, doté d’un jardin en terrasses avec potager. Vendu comme bien national sous la Révolution, le château de Vic-sur-Aisne fut racheté par un notaire de Soissons au nom de Jean-Baptiste Pierre Antoine Clouet, dont la fille Amélie épousa un noble alsacien, Antoine de Reiset, dignitaire du Premier Empire, qui prit possession des lieux en 1805 et y accueillit le ministre des finances de Napoléon C. Gaudin (1756-1841).

Transformé au XIX° en jardin à l’anglaise, l’ancien parc du XVIII° siècle a été en partie reconstitué au début du XX° siècle, avec une partie boisée où se trouvent des sculptures, bancs et colonnade en pierre, ainsi qu’une belle allée de sculptures végétales donnant sur la terrasse du grand pavillon du XVIII°.

Le domaine sert de nos jours d’écrin pour des cérémonies de mariage ou des festivités, dont les revenus ont permis la restauration et l’entretien des bâtiments. Grâce à l’amabilité de sa propriétaire actuelle, nous avons pu découvrir les salles ouvertes au public, le donjon, le parc et les dépendances.

Notre visite a été complétée par un tour de ville sous la conduite de M. Bernard Ruelle, maire de Vic, qui nous a conduit de la mairie reconstruite après la Grande Guerre et agrémentée d’un parc public, jusqu’à la partie ancienne du bourg, au style rural typiquement soissonnais, autour des anciens fiefs, du moulin et des traces de l’enceinte médiévale du château.

Nous avons ensuite déjeuné à l’hôtel du Lion d’Or, dernier rescapé des 17 auberges que comptait Vic-sur-Aisne, du temps de sa grande prospérité à l’époque moderne, due au foires commerciales et aux pèlerinages dont faisaient l’objet les reliques de Sainte Léocade, transférées depuis Tolède.

Pendant la Grande Guerre, Vic-sur-Aisne s’est trouvé à l’arrière immédiat de la ligne de front de septembre 1914 à mars 1917, jusqu’au retrait allemand sur la ligne Hindenburg qui lui donna un court répit, car la commune subit des bombardements particulièrement destructeurs en mai 1918, au moment des dernières grandes offensives ennemies sur l’Oise et l’Aisne.

De ce fait, Vic-sur-Aisne et ses alentours gardent de nombreux stigmates de cette douloureuse épreuve, qui imposa la reconstruction d’une grande partie du bourg, de la mairie aux halles en passant par le château, de nombreuses maisons et villas de son centre rénové.

Une promenade en co-voiturage nous a conduit l’après-midi, sous la direction experte de notre ami Rémi Hébert et de membres de l’Association Soissonnais 14-18, sur l’ancienne zone du front au nord-est de Vic, où nous avons d’abord croisé l’émouvant monument des fusillés pour l’exemple de Vingré, rappelant un épisode douloureux survenu en décembre 1914, puis la monumentale Croix brisée édifiée dans un bosquet sur le plateau, en souvenir des combats meurtriers de ce secteur en 1914-1917.

Notre circuit s’est achevé sur le site impressionnant des ruines de l’ancienne ferme fortifiée médiévale de Gonfrécourt, située en rebord du plateau au-dessus de l’Aisne, qui a été autrefois la propriété de l’abbaye Saint-Médard de Soissons. Elle a été entièrement dévastée par les combats de la Grande Guerre et reconstruite plus loin sur le plateau. En contrebas des ruines des bâtiments, aujourd’hui largement envahies par la végétation, se trouvent d’anciennes carrières calcaires ayant servi de refuge et d’habitat durable à plusieurs régiments français, qui ont combattu dans ce secteur en 1914-1917. Les soldats ont laissé dans la pierre des traces émouvantes de leur passage et de leur séjour, témoignant de leurs souffrances, de leurs aspirations et de leur vie quotidienne. Ces sculptures de la Grande Guerre, allant des plus frustres inscriptions aux créations les plus sophistiquées, comme un impressionnant autel monumental, ont fait l’objet d’un répertoire systématique et d’un classement protecteur, heureusement renforcé par la clôture du site.

Cette belle et chaude journée a été un franc succès, grâce au précieux concours bénévole des animateurs locaux, d’abord et avant tout notre ami Rémi Hébert, que nous tenons à remercier très vivement.

Par Jacques BERNET, le 02/06/2017




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