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Samedi 21 avril 2018 à 14 H 30, BM Saint-Corneille, Frédéric SEITZ, architecte DPLG et professeur honoraire à l’UTC a présenté son récent ouvrage : Gustave Eiffel (1832- 1923), l’art de l’ingénieur.


L’immense notoriété de Gustave Eiffel, qui a donné son nom à la mythique tour parisienne de 300 m, fleuron et vestige conservé de l’Exposition universelle de 1889, n’en recouvre pas moins de nombreuses obscurités concernant le long parcours et l’œuvre très diverse d’un personnalité que ses archives biaisées, conservées au musée d’Orsay, ne suffisent pas à dissiper. D’où la nécessité de restituer la vérité de l’homme derrière son mythe.

Né à Dijon en 1832, dans une famille bourgeoise d’origine allemande qui avait francisé son nom, Gustave Eiffel fit ses études au collège Saint-Barbe à Paris, lui permettant, à défaut de Polytechnique de devenir Centralien, section chimie. Le jeune ingénieur bifurqua d’emblée dans la construction métallique, qu’il apprit sur le tas dans l’entreprise Nepveu, où il participa à la construction, en 1857-1860, de la passerelle ferroviaire de Bordeaux, classée depuis Monument Historique. Marié en 1862 à une riche héritière, qui lui donna cinq enfants mais le laissa précocement veuf, il put installer en 1864 ses propres ateliers à Levallois-Perret, en s’associant à Théophile Seyrig qui lui apporta ses capitaux. La renommée de l’ingénieur, avant tout un entrepreneur, s’établit grâce à d’audacieuses réalisations comme le pont à arche métallique unique de Porto sur le Douro ou la gare centrale de Budapest, mettant en valeur le fer comme élément architectural central de sa façade. Grâce au concours de brillants ingénieurs comme Koechlin, l’entreprise Eiffel construisit en France et dans le monde entier de nombreux ouvrages d’art aussi célèbres que le viaduc ferroviaire de Garabit, mais aussi de très lucratifs ponts portatifs au km en Asie, Afrique ou Amérique latine, assurant la prospérité et la fortune de l’entrepreneur. Parmi ses réalisations les plus spectaculaires des années 1880 citons la structure interne de la statue de la Liberté de Bartholdi à New-York, la coupole de l’observatoire de Nice et la tour parisienne de 1000 pieds, conçue par Koechlin, un exploit spectaculaire en son temps, dernière grande réalisation à l’actif d’Eiffel, qu’il parvint à maintenir dans le ciel parisien après l’Exposition.

La fin de sa longue carrière fut cependant ternie par des revers politiques, industriels et financiers : il échoua dans sa candidature de sénateur à Dijon en 1891, subit l’effondrement meurtrier du pont de Münchenstein en Allemagne et fut surtout impliqué dans l’énorme scandale politico-financier de la construction du canal transocéanique de Panama, qui le conduisit devant les tribunaux avec Ferdinand de Lesseps. Blanchi en Cassation en 1893, Eiffel abandonna alors la construction pour se reconvertir tardivement dans des activités scientifiques très diversifiées portant sur la météorologie, la résistance de l’air, la télégraphie sans fil. Il construisit la soufflerie de la rue Boileau à Paris, toujours en activité et équipa sa tour parisienne pour expérimenter la TSF à des fins militaires et civiles. A sa mort en 1923, à 91 ans, il jouissait d’une immense fortune et d’une immense popularité, ce qui lui valut des funérailles nationales. Sa notoriété internationale d’architecte ingénieur expert en construction métallique a perduré jusqu’à nos jours, masquant quelque peu la carrière de l’entrepreneur, qui fut le cœur de sa réussite et de sa fortune. Le beau livre de Frédéric Seitz qui restitue de manière authentique la carrière et l’œuvre de cette gloire nationale, mériterait d’être ainsi titré et sous-titré : « Gustave Eiffel, l’entreprenant ».

Par Jacques BERNET, le 03/05/2018




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