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Le Château de Villers-Cotterêts en 2017. Un témoin, un défi, Société Historique Régionale de Villers-Cotterêts, 2017, 82 pages, 20 euros .


Notre consœur la Société Historique Régionale de Villers-Cotterêts avait conçu et publié fin 2009 un ouvrage intitulé Le château de Villers-Cotterêts en Valois, afin d’accompagner la découverte chronologique et didactique de ce monument unique en Picardie. Probable archétype du Louvre renaissant, l’ancienne demeure royale était propriété de l’Etat (France Domaines), de la ville de Paris et pour une part infime de la ville de Villers-Cotterêts (la maison des fontainiers). Elle survivait en accueillant l’EHPAD François 1er, après avoir abrité pendant plus de deux siècles des populations déshéritées de la région parisienne. Le départ définitif de l’EHPAD au cours de l’été 2014, vers des locaux neufs mieux adaptés, ouvrit un moment d’incertitudes et d’appréhensions pour le château, dont le classement comme monument historique par Mérimée en 1843 fut entaché d’aléas jusqu’en 1997. «A l’heure de toutes les inconnues», la Société historique de Villers-Cotterêts et son président Alain Arnaud dressèrent un état des lieux, appelant à une large mobilisation pour sauver le monument. L’annonce de la décision du Président Emmanuel Macron, le 20 mars 2018, de faire de ce lieu de 23 000 M2 un centre culturel dédié à la francophonie et au rayonnement de la langue française, laisse désormais espérer le renouveau de ce site symbolique, où François 1er a imposé au royaume la langue française dans les actes officiels et les décisions de justice, par l’ordonnance Guilelmine de 1539. Le château a été confié au Centre des Monuments nationaux pour sa restauration et au Centre culturel dédié à la francophonie pour sa transformation. Des études de diagnostic ont été commandées à l’architecte en chef des monuments historiques, Olivier Weets, et l’ouverture est programmée au début de l’année 2022. D’ores et déjà, diverses manifestations tentent de vitaliser ce site comme l’un des hauts lieux d’un nouveau récit national, propre à couturer les déchirures de la société française et à fonder un désir d’avenir commun.

La parution et la forme de la publication s’inscrivent dans ce contexte. La lecture de l’ouvrage permet de découvrir les problèmes techniques, les enjeux de restauration ou de restitution et de mesurer l’ampleur du projet présidentiel, appréhendée ici dans sa seule donnée architecturale. L’opuscule, abondamment illustré, se divise en petits chapitres ou fiches thématiques qui s’accommoderont de cheminements buissonniers : monter, boire et se laver, se chauffer, se distraire, se soigner, décéder. Il s’achève en un élargissement sur les écrins du château : le Parc royal, le domaine avec la Malemaison, la chapelle Delorme, le théâtre de Monsieur, le jeu de paume du duc d’Orléans. Des encadrés suggèrent des axes d’interventions, comme replacer Villers dans la dynamique bâtisseuse de la première Renaissance française et des cibles à privilégier, tel le petit escalier du Roi.

Ressort une idée simple in fine : le long usage asilaire a pérennisé la demeure en y laissant ses marques. Diverses furent les populations abritées à Villers-Cotterêts, avec la parenthèse de l’hôpital des armées N° 22 entre 1915 et 1919, dont témoigne la grande croix rouge décolorée à l’entrée du Logis. A cet égard, les fonds d’archives récupérés (pp. 44 à 47) constitueront une mine d’informations et d’analyses sociologiques pour les chercheurs et historiens de la société parisienne. Mais «l’archéologie visible» appelée par nos confrères témoigne qu’entre restaurations diverses, aménagements fantasques (p. 21), et grave manque d’entretien, des vestiges disparaissaient, alors que d’autres surgissaient, tel le numéro national contre la maltraitance des personnes âgées ou handicapées (p. 43). Ces diverses traces questionnent leur prise en charge historiographique et muséale, comme en atteste la généalogie des sens et des usages de l’enceinte du parc (p. 61). S’impose dès lors une conclusion : le château, avec son «inventaire intellectuel disparate», est «une forme d’énigme», «un témoin et un défi».

Par cette utile publication, la Société historique de Villers-Cotterêts s’inscrit dans la chaîne de ces érudits locaux qui ont cherché, pendant 150 ans, à faire connaître et sauver le château et son parc. L’inscription de ce patrimoine à l’agenda présidentiel devrait satisfaire bien des acteurs qui ont contribué à ériger en lieu de mémoire la ville de Villers-Cotterêts en ses attributs. Et quoi qu’encore flou, le projet culturel devrait contribuer à redynamiser un territoire travaillé par les votes protestataires.

Par Alain JM. BERNARD, le 17/07/2018




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