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Un jour historique pour la clairière de l’Armistice à Compiègne : la cérémonie franco-allemande du 10 novembre 2018.


Du 11 novembre à la clairière de l’Armistice dans la forêt de Compiègne, où j’avais été invité il y a quelques années avec une délégation de Huy, ville jumelée de Wallonie, j’avais gardé le souvenir désagréable d’une cérémonie interminable et compassée, très militarisée, dont l’archaïsme et le nationalisme avait d’ailleurs quelque peu surpris et choqué nos amis belges.

A l’occasion du centenaire de l’armistice qui mit fin au cauchemar de la Grande Guerre sur le front occidental, la célébration avancée au 10 novembre après-midi a revêtu un aspect international bien différent, dont on espère vivement qu’il s’agit d’un tournant historique, tant pour le site du Mémorial de l’Armistice que pour la manière d’y commémorer le 11 novembre.

Pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la clairière des armistices du 11 novembre 1918 et du 25 juin 1940 a reçu en ce jour anniversaire du premier, la visite officielle d’un responsable allemand : la chancelière Angela Merkel y a été accueillie par le Président de la République Emmanuel Macron, au cours d’une cérémonie à la fois sobre et émouvante, où les deux chefs d’Etat et de gouvernement, après avoir passé en revue la brigade franco-allemande, embryon d’une future force armée européenne, ont dévoilé une plaque bilingue marquant par leur présence conjointe à ce centenaire le parachèvement de la réconciliation franco-allemande entamée par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer à Reims en 1962, poursuivie à Verdun par les présidents Mitterrand puis Sarkozy et les chanceliers Kohl puis Schroeder. Ce texte de 2018 est apposé au pied de la dalle dite « sacrée » où figure l’inscription vengeresse rédigée en 1922 par le nationaliste suisse Binet-Valmer : « Ici le 11 novembre 1918 succomba le criminel orgueil de l’Empire allemand vaincu par les peuples libres qu’il prétendait asservir » ; une adresse violente d’un autre âge, fort heureusement révolu grâce au rapprochement des anciens ennemis dans le cadre de la construction européenne, garantie de la paix de notre continent sous le signe de la démocratie et de la prospérité.

Le Président de la République ayant réservé son discours à la commémoration parisienne du lendemain matin, au pied de l’Arc de triomphe en présence de chefs d’Etat de toute la planète, la séquence mémorielle de Compiègne s’est clôturée par un beau symbole, avec l’interprétation des hymnes nationaux allemand et français par les chœurs de l’Armée française, suivis de l’hymne européen chanté par les enfants des écoles de Compiègne. Après quoi le Président et la Chancelière sont allés longuement saluer le nombreux public venu à cette belle cérémonie du centenaire largement tournée vers l’avenir.

Cet anniversaire a été aussi l’occasion d’agrandir et de rénover le Mémorial de la clairière de Compiègne, dont la muséographie a été entièrement repensée, en replaçant le site et son histoire dans la pleine continuité du XX° siècle, où il a joué un rôle de premier plan. Ce nouveau Mémorial offre désormais aux visiteurs, au lendemain du centenaire de la fin de la Grande Guerre, une image plus conforme à l’histoire, à la fois lieu de mémoire des heurs et des malheurs de la Nation, mais aussi outil pédagogique pour mieux comprendre et apprécier les chemins tortueux de la paix retrouvée.

Par Jacques BERNET, le 14/11/2018




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