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Disparition de Suzanne FIETTE (1925-2011)


Notre collègue et amie Suzanne Fiette est décédée le 22 mars 2011 à Saint-Quentin (Aisne). Ses obsèques ont été célébrées en la Basilique de la ville, le 28 mars 2011, avant son inhumation dans le caveau familial près de Montargis (Loiret), où elle a rejoint son époux André décédé en septembre 2006.

Suzanne Fiette, née Godon, avait vu le jour à Bouchain (Nord) le 18 octobre 1925, de parents instituteurs. Au début de la Seconde guerre mondiale, elle prépara le concours de l’École Normale supérieure, mais ayant échoué, elle passa et réussit celui des bibliothèques, qui lui permit de devenir pendant une courte période bibliothécaire à Rouen. Durant ces années d’études, elle avait été notamment l’élève de Jacqueline de Romilly, grâce à laquelle elle développa son goût pour les lettres classiques.

Ayant obtenu en 1952 l’Agrégation d’histoire et géographie, elle fut nommée pour son premier poste au lycée d’Hirson, où elle rencontra André, son futur époux. Mariés, ils s’installèrent temporairement à Saint-Quentin, où naquit leur première fille, Cécile, en août 1954. Après avoir été nommés ensemble au lycée de Saint-Germain-en-Laye, ils purent revenir s’installer définitivement à Saint-Quentin, André enseignant au lycée Henri Martin et Suzanne au lycée Pierre de la Ramée. Deux autres filles naquirent ensuite, Marianne en 1958, Laurence en 1963. En 1972, Suzanne publia avec André un premier livre d’Art et d’Histoire sur la ville de Saint-Quentin.

En 1974, Suzanne rejoignit André à l’Université d’Amiens, où il avait été un des fondateurs de la section de géographie dès 1965. Nommée assistante en histoire contemporaine, elle prépara une thèse de 3e cycle sur les mémoires et les campagnes militaires d’un officier du Second Empire, le colonel Lahalle ; son travail fut abondamment illustré par les aquarelles du colonel, inspirées par les différents pays où ses campagnes l’avaient mené. Devenue maître-assistante en 1977, elle poursuivit toute sa carrière à l’Université de Picardie-Jules Verne, prenant sa retraite comme maître de conférences en histoire contemporaine, en 1991. Ses recherches conduites sous la direction d’Adeline Daumard, professeure d’histoire contemporaine à Amiens puis à Paris I, portèrent sur la noblesse des Lumières à la Belle Époque. Elle entreprit une thèse d’État sur les mémoires de Madame d’Hervilly, à l’aide des archives que la famille Caffarelli mit généreusement à sa disposition. Cette thèse soutenue à l’Université de Paris I en 1989, était intitulée : « Noblesse foncière et notabilité : les Caffarelli, de la fin de l’Ancien Régime aux débuts de la Troisième République ».

Profitant de sa retraite, elle en tira la matière d’un beau livre de synthèse, « La noblesse française des Lumières à la Belle époque. Psychologies d’une adaptation », publié aux éditions Perrin en 1997. L’ouvrage, qu’elle était venue nous présenter lors d’une brillante conférence à Compiègne, le 13 décembre 1997 (voir le compte-rendu de cette séance, paru dans le n° 71-72 de notre revue, daté du printemps 1998, p. 78-79), devait être doublement couronné par les prix Thiers de l’Académie française et Chaix d’Est-Ange de l’Académie des Sciences morales et politique en 1998.

En 2002, Suzanne publia un second livre non moins remarquable aux éditions Perrin : « De mémoire de femmes. L’histoire racontée par les femmes de Louis XVI à 1914 ». .Après le décès de son mari André en 2006, qu’elle avait soigné jusqu’au bout, elle entreprit, mais sans pouvoir l’achever, la rédaction d’un nouvel ouvrage, qui devait s’intituler « Sociabilité : civilité et vie de société en France depuis le Moyen Age ».

Décorée des Palmes Académiques, Suzanne Fiette a consacré toute sa vie à l’Histoire et à sa famille. Enseignante rigoureuse très appréciée de ses étudiants, infatigable chercheuse, passionnée et exigeante, elle savait mettre à la portée du public les fruits de son insatiable curiosité et de sa grande culture ; femme de cœur et d’esprit, elle nous manque beaucoup. Nous présentons toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches.

Par Jacques BERNET, le 30/03/2011




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