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Excursion de la Société à Offémont et Saint-Crépin-aux-Bois, 14 mai 2011


Vue sur le châteauDans son écrin de verdure.

Samedi 14 mai 2011 après-midi, un groupe de vingt-cinq participants a été accueilli à l’entrée du parc du château d’Offémont par sa propriétaire, Madame Martine Pillet-Will et par Monsieur Bernard Debargue, habitant et historien de Saint-Crépin-aux-Bois, paroisse puis commune où se situait l’importante seigneurie d’Offémont. Ce nom dérivé de « Aux fraicts monts » désignait une forteresse établie au XII° siècle à l’orée du plateau du Soissonnais et surplombant la vallée du Fourchon, où les moines Célestins établirent des étangs pour la pisciculture, six au XVII° siècle, dont trois subsistent de nos jours à Offémont et à Briançon. Quant à l’actuel château rebâti à maintes reprises, les travaux finaux du XIX° siècle ont conservé l’esprit du XVII° pour l’austère façade donnant sur le ravin, tandis qu’un élève de Viollet le Duc redonnait un aspect «féodal» style Chambord à celle qui ouvre sur la terrasse entourée de douves, fermée par une belle grille du XVIII° siècle et jadis occupée par un jardin à la française. D’imposants communs du XVII° à la sobre et harmonieuse architecture jouxtent cette noble façade. Se sont succédé comme seigneurs d’Offémont les Sires de Thourotte, de Nesles entre 1294 et 1529, les Montmorency jusqu’en 1632, puis les Dreux d’Aubray au XVII° siècle. Marie Madeleine de Dreux d’Aubray, épouse d’Antoine Gubelin, marquis de Brinvillers, convoitant le domaine, empoisonna son père et ses deux frères avec la complicité de son amant, ce qui lui valut la décapitation et le bûcher en 1676. Le domaine, aux mains des Gubelin d’Offémont jusqu’à sa vente en 1793, a été racheté en 1874 par la famille Pillet-Will. Ses 340 ha entourés d’une enceinte de huit km comportent un morceau de forêt et les traces de jardins à l’anglaise aménagés au XIX° siècle. En contrebas, à proximité d’un étang, se trouvent les ruines du prieuré de Sainte Croix, d’abord inclus dans la seigneurie puis partagé avec le Roi depuis 1605-1606.Jean 1er de Nesles, son fondateur en 1331, voulant abriter dans le site de Froidmont un fragment de la Vraie Croix ramené des Croisades, fit appel aux Célestins, bénédictins réformés, de Saint-Pierre en Chastres. L’église, le prieuré et ses annexes furent édifiés à partir de 1405 par Louis d’Orléans, et les travaux se poursuivirent jusqu’au XVII° siècle, comme pour le cloître néoclassique construit entre 1574 à 1577 par Jean Bullant, architecte du connétable de Montmorency, ou la porte d’entrée monumentale d’époque Louis XIV. Après la suppression des Célestins par le bref du pape Clément XV en 1778, leurs biens furent mis sous séquestre, mais Sainte-Croix fut revendiqué jusqu’à la Révolution par les seigneurs d’Offémont, qui y avaient leurs tombeaux, profanés en 1793, et ne purent rentrer en possession de l’ancien prieuré qu’en en rachetant les ruines, incluses dans leur domaine, en 1811. Classé monument historique, l’ancien prieuré de Sainte-Croix offre de nos jours ses ruines romantiques dans le cadre champêtre du parc d’Offémont : subsistent la grange aux dîmes, flanquée d’un grande porte de style classique, l’élégant pigeonnier, la façade de l’église, une tourelle d’escalier et des murs du XIV° siècle ainsi que les restes du cloître Renaissance dont une aile est voûtée de caissons sculptés avec les armoiries des donateurs. Une grande partie du mobilier et des objets d’arts de Sainte Croix ont été transférés dans l’église paroissiale de Saint-Crépin-aux-Bois, au lendemain de la suppression de l’ordre des Célestins : un maître autel en marbre rose, des boiseries, un confessionnal et un lutrin du XVIII° siècle, des fonts baptismaux, un bénitier, deux statues en bois de la Vierge à l’enfant et de Saint Joseph, la dalle funéraire de messire Antoine Gubelin, comte d’Offémont décédé en 1739, l’épitaphe de Madeleine de Thou, dame d’Offémont (1636).La fameuse relique de la Vraie Croix fut d’abord récupérée par l’abbaye Saint Corneille de Compiègne, puis transférée à sa disparition en 1791 dans l’église paroissiale Saint-Jacques. L’église de Saint-Crépin par laquelle nous avons terminé notre visite est un édifice d’ampleur exceptionnelle pour le village. Reconstruit après la guerre de Cent Ans, grâce à la munificence des seigneurs d’Offémont et du chapitre cathédral de Soissons, l’édifice présente une belle façade en pignon du XVI° siècle, percée de trois porches Renaissance surmontés d’autant de baies en ogives, de l’horloge et d’un clocheton. L’intérieur comporte une vaste nef avec ses bas-côtés sans transept et le chœur, éclairés par de grandes baies en ogives à meneaux trilobés. Les anciens vitraux datés de 1552 ont été détruits en 1914-1918, où Saint-Crépin se trouvait tout près du front et des tirs d’artillerie ont endommagé le clocher, les toitures et les voûtes en 1940.

Les sociétaires de la SHMCCdevant le château

Depuis plus d’un demi-siècle les efforts conjugués des Monuments Historiques, de la municipalité et de la population ont permis une remarquable restauration architecturale de l’édifice et son embellissement, par la mise en valeur du mobilier ancien venu pour une grande part de Sainte Croix et surtout grâce à la réalisation d’un magnifique ensemble original de vitraux contemporains, œuvre du maître verrier Grüber, qui a traité les trois grandes baies du chœur en scènes figuratives, dans les colorations de l’école de Beauvais, celles de la nef étant conçues dans un mode décor du XVI° siècle sobre et non figuratif, assurant le meilleur éclairage intérieur de l’édifice. L’église de Saint-Crépin fait face à la mairie, au cœur d’un très beau village préservé, avec les pignons à redans des maisons à l’architecture typiquement soissonnaise. Notre sociétaire et ami Olivier Koval, géographe et paysagiste, qui travaille sur le PLU de la commune, a pu nous brosser un tableau synthétique des conditions géologiques et biologiques du milieu naturel de ce village de vallée et de forêt, ses atouts mais aussi les contraintes limitant son développement démographique et urbanistique.

Par Jacques BERNET, le 19/06/2011




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