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Au secours des enfants du Soissonnais 1919-1921, Lettres américaines de Mary Breckinridge


Lettres américaines de Mary BreckinridgeAu secours des enfants du Soissonnais 1919-1921

La correspondance de Mary Breckinridge, outre ses qualités littéraires évidentes, plonge le lecteur dans la triste condition de ce qu’on appelait les « régions dévastées » décrite avec empathie, sans misérabilisme et une véritable affection pour les habitants du secteur de Vic-sur-Aisne où cette infirmière du CARD (Comité Américain pour les Régions Dévastées) dirigé par Anne Morgan et Anne Murray Dike, fut affectée au début de 1919. Elle fait suivre avec enthousiasme ses projets et leur réalisation.

Mary (née en 1881) est issue d’une vieille famille sudiste dont certains membres eurent un rôle significatif durant la Guerre de Sécession et plus tard dans la diplomatie américaine (son père fut ambassadeur en Russie en 1894). Aussi, reçut-elle une excellente éducation. Très éprouvée par la vie (elle perdit très tôt son premier mari et les deux enfants qu’elle eut de son second mariage), elle résolut de passer un diplôme d’infirmière et de se consacrer principalement aux enfants souffrants. Toute sa vie fut consacrée à l’aide sociale à l’enfance dont elle fut l’une des chevilles ouvrières dans une région déshéritée des Etats-Unis, les montagnes du Kentucky, après son séjour en France.

Pendant les 3 ans où elle séjourna à Vic et Soissons, elle écrit très régulièrement à ses proches restés en Amérique et leur fait un compte rendu de son quotidien avec tant de chaleur, de vie, qu’elle leur fait partager ses joies et ses peines. Elle décrit avec émotion, sans jamais la moindre condescendance, l’effroyable situation de la population et avec modestie les solutions qu’elle met en place avec tant de réussite.

Courageuse, intelligente, pleine de bon sens et d’entrain elle va organiser, d’abord dans les communes avoisinantes puis sur une plus large échelle des centres de soins dédiés aux enfants et aux femmes enceintes.

On a peine à imaginer dans quelle détresse physique et morale, dans quelle misère se trouvait, il y a moins d’un siècle, cette région. Tout est détruit, les habitants se réfugient dans les carrières, des baraques de fortune ou sous les murs croulants de ce qui reste de leur maison. Il n’y a plus rien, ni nourriture, ni article de première nécessité après des années d’occupation, d’évacuation, voire de captivité. Ils survivent dans un environnement jonché de grenades non explosées, de détonateurs, de barbelés et les champs sont dévastés.

Devant cette catastrophe, Mary et ses consoeurs vont se mettre à l’ouvrage, outre la distribution de vivres, vêtements, de soins, elles vont inlassablement collecter des fonds pour fournir aux habitants de quoi subsister. Elles font venir des chèvres (ce qui ne se révèle pas être une mince affaire) des poules, des lapins. Mais, touchée par l’état de santé épouvantable des enfants, Mary va consacrer tous ses efforts à la leur faire recouvrer la santé et dispenser à leurs mères les principes de base de l’hygiène à l’anglo-saxonne.

Durant son séjour en France, Mary sillonne non seulement son secteur mais visite aussi le Nord de la France, la Belgique, se rend souvent à Paris. Là son sens aigu de l’observation et sa grande intelligence donnent une image saisissante des lieux, des gens et de la société.

Mary est une belle âme ; ses lettres la font aimer autant qu’elle a aimé les habitants de Vic, Montgobert, Blérancourt, Coucy, Anizy et Soissons et de tant d’autres lieux. Elles nous laissent comme seul regret celui de ne pas l’avoir rencontrée.

Merci à Karen Polinger Foster et à Monique Judas-Urschel d’avoir fait connaître tout un pan de notre histoire en publiant la traduction de la correspondance de Mary et en la mettant si bien en perspective.

Cet ouvrage est paru aux éditions Encrage, distribuées par les "Belles lettres" et il est vendu 27 Euros.

Les auteurs sont Karen Foster, professeur à l'université de Yale et Monique Judas, professeur honoraire à Soissons

Le livre est préfacé par Jay Winter, professeur d'histoire à Yale tandis que l'avant-propos est de J-P Laurant du CNRS, Président de l'association Anne Morgan (qui perpétue le travail fait par les pionnières de 1917).

Par Rémi Hébert, le 10/02/2013




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