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Conférence de Patrick BINET : Erik BARBANSON, Historique de la 2° compagnie du 1er BCC, 1939-1940, Tours - Alsace - Noyon - Verberie


* Samedi 12 décembre 2009 à 14 H 30 au lycée Pierre d’Ailly de Compiègne, Patrick BINET a présenté le livre écrit avec Erik BARBANSON, Historique de la 2° compagnie du 1er BCC, 1939-1940, Tours - Alsace - Noyon - Verberie., PBCO-Editions, 2009, 160 p., 19,90 €.

Photo de la conférenceDe gauche à droite: Jacques Bernet, Marc Pilot, Patrick Binet

L’orateur a expliqué la genèse d’une recherche d’abord fondée sur des archives et souvenirs de son grand-père, le capitaine Jean Duchet-Suchaux (1894-1956), commandant de la 2° compagnie du 1er Bataillon de Chars, dont il rédigea l’historique, à l’issue de la campagne où cette unité s’illustra plus particulièrement dans les combats de juin 1940 dans l’Oise, à Noyon et Verberie. Ces épisodes témoignent bien de la valeur et du courage des combattants français au cours de cette désastreuse campagne, où notre pays perdit plus de 100 000 soldats en 45 jours, sans pouvoir éviter une cuisante défaite qui fut avant tout celle des états-majors et gouvernements de l’entre-deux guerres, incapables de faire évoluer la stratégie face aux nouvelles menaces et à la modernisation des matériels.

Fils d’officier préparant Saint-Cyr en 1914, Jean Duchet-Suchaux avait combattu comme officier de cavalerie pendant toute la Première Guerre, où il fut blessé à Verdun en 1916 ; affecté dans les chars à la fin du conflit, il quitta l’armée en 1925. Officier de réserve, il fut rappelé le 25 août 1939, à 45 ans, comme capitaine de la 2° Cie du 1er BCC, unité démembrée du 501° Régiment de Chars basé à Tours et équipée d'engins modernes de type Renaut R 35. Remplaçant le Renault FT 17 datant de la fin de la Grande Guerre, le R 35 appartenait à la classe des chars légers, destinés à l’accompagnement de l’infanterie plus qu’au combat anti-chars. Son canon de 37 mm désuet, sa faible vitesse et son manque d’autonomie le rendaient en effet peu apte à la guerre de mouvement; le blindage de 40 mm était son point fort, mais l’exiguité de l’habitacle pour ses deux occupants et surtout l’absence de radio rendaient souvent difficile la coordination de leurs manœuvres.

En septembre 1939, le 1er BCC fut envoyé par chemin de fer en Alsace, débarquant en gare de Brumath, près de Strasbourg. Pendant l’automne-hiver 1939-1940 de la drôle de guerre, les 430 hommes, 30 officiers et 45 chars du 1er Bataillon allaient s’y entraîner à l’abri de la ligne Maginot, participant même en mars 1940 à une manœuvre de démonstration à Blâmont, sous l’inspection du colonel Charles de Gaulle, commandant des chars de la V° armée. Mais après l’offensive allemande du 10 mai 1940 en Belgique et la percée du 13 mai à Sedan, qui prit en tenaille le gros des armées franco-anglaises du nord de la France, le 1er BCC fut dépêché vers un nouveau front reconstitué de toutes pièces en transférant à la hâte 50 grandes unités depuis la ligne Maginot, le front des Alpes, l'Afrique du Nord ou l’intérieur.

CouvertureHistorique de la 2e compagnie du 1er BCC

Le 28 mai 1940 le 1er BCC débarqua par train à Noyon, découvrant une gare et une ville bombardées. Déployé au nord de la cité de Calvin, il allait participer, dans le cadre de la VII° Armée du général Frère, à l’ultime phase dramatique de la bataille de France, faite de violents et meurtriers combats de retardement, après la percée de la Somme par les Allemands, le 5 juin 1940. Les 6 et 7 juin, après une série d’engagements acharnés, la 2° compagnie abandonnée au nord de Noyon après le repli de l’armée française, tenta de rejoindre les lignes en traversant la ville occupée par les Allemands. Ses chars, cible par erreur des batteries françaises, devaient tous être détruits au combat dans les rues de Noyon par les pièces antichars ennemies, ses équipages tués, grièvement blessés et/ou faits prisonniers par les Allemands, qui rendirent d'ailleurs hommage à leur bravoure. Par leur combat héroïque mené sans ordre, ces hommes avaient en effet facilité le repli derrière l’Oise du gros des forces françaises, qui tentèrent d'y tenir de nouvelles positions, comme à Verberie le 10 juin, où des chars rescapés du 1er PCC participèrent encore aux combats de retardement de l’ennemi en marche vers Paris, atteint le 14 juin.

Par son passionnant récit au jour le jour de ces combats de juin dans l’Oise, l’orateur a ainsi rendu un bel hommage aux combattants français de 1940, qu’il convenait de réhabiliter.

En complément de la communication de Patrick Binet et du compte-rendu de Jacques Bernet, plusieurs ouvrages permettent d'aller plus loin puisqu'ils replacent les événements militaires dans le contexte politique de l'entre-deux-guerres et du début de la Seconde Guerre mondiale en France. L'effondrement de 1940 fut total et les causes furent exploitées par Vichy. Aujourd'hui encore, "mai-juin 1940" est un sauve-qui-peut général dans la mémoire collective. Pourtant, les soldats français se sont battus et bien battus contrairement à la propagande de Vichy des années 1940-1941. On pourra lire avec intérêt les ouvrages suivants:

Jean-Pierre Azema, "1940, l'année terrible", Seuil, 1990; Marc Bloch, "L'étrange défaite", in "L'Histoire, la Guerre, La Résistance", Quarto Gallimard, 2006; Jean-Louis Crémieux-Brilhac, "Les Français de l'an 1940", 2 tomes, Gallimard, 1990; Max Lagarrigue (dir), "1940, La France du repli, L'Europe de la défaite", Toulouse, Editions Privat, 2001; Jean-François Muracciole, "La France pendant la Seconde Guerre mondiale. De la défaite à la Libération", Le Livre de Poche, 2002; Maurice Rajsfus, "De la victoire à la débâcle, 1919-1940", Le cherche-midi éditeur, 2000; Dominique Veillon, "Vivre et survivre en France, 1937-1947", Payot, 1995; Eugène Weber, "La France des années 30. Tourments et perplexité", Fayard, 1995 (pour l'édition française).

Nb.Sauf indication contraire, le lieu d'édition est Paris.

Par Jacques BERNET , le 14/12/2009




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