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Compte-rendu de la conférence d'Alain Arnaud. Le château royal de Villers-Cotterêts, histoire, situation et avenir


Samedi 27 février, 14 H. 30, lycée P. dAilly, conférence de M. Alain ARNAUD, Président de la Société Historique régionale de Viller-Cotterêts : Le château royal de Villers-Cotterêts, histoire, situation et avenir.

Une assistance aussi nombreuse qu'assidue avait répondu à l'annonce de cette belle conférence, d'autant plus intéressante qu'elle fut agrémentée d'un très riche diaporama mis en œuvre par M. FRANKLIN, vice-Président de la Société de Villers-Cotterêts, lequel a su mettre toute sa compétence technique au service de mille ans d'histoire d'un lieu et d'un édifice intimement liés à celle des comtes et Ducs de Valois, des Rois de France du Moyen-Âge au 18ème siècle, de Paris, des Parisiens et du cœur de la nation jusqu'à nos jours.

Le chateau de François IerFaçade du chateau de François Ier

"Palais des rois" (ou des Ducs d'Orléans) jusqu'à la Révolution, "asile des gueux" depuis Napoléon, tour à tour comme dépôt de mendicité du Département de la Seine puis maison de retraite de la Ville de Paris, aux 19ème et 20ème, le château de Villers-Cotterêts se trouve en ce début du 21ème siècle à la croisée des chemins, puisque l'on entrevoit, avec la perspective de la construction d'une maison de retraite moderne dans la ville, le bout du tunnel pour un monument aussi essentiel au plan historique et artistique et pourtant longtemps maltraité : compris dans la toute première liste des édifices classés par Mérimée en 1843, le château royal de Villers-Cotterêts a été déclassé en 1886, réinscrit à l'inventaire en 1927, pour redevenir Monument Historique en deux temps, en 1957 et 1997. De ce destin tumultueux témoignent son état et son statut actuels : seule une petite partie du monument est accessible au public (la chapelle et le grand escalier) ; le reste est tant bien que mal préservé par des aménagements provisoires protégeant les toitures et les charpentes, les ouvertures étant obturées pour éviter dégradations et intrusions. Si l'actuel mur d'enceinte datant du 19ème siècle a été remplacé en partie par une grille pour la façade nord donnant sur le parc, ce dernier tracé par Le Nôtre au 17ème siècle n'est plus qu'une pelouse vague précédant la forêt. Il faudra donc beaucoup de travail et d'investissements, c'est à dire du temps et des crédits importants, pour redonner quelque lustre à un ensemble encore imposant. Tout dépendra bien entendu de sa nouvelle destination et de qui la prendra en charge, car si les choses bougent enfin, on n'est encore qu'au début de la réflexion et de la concertation entre l'État propriétaire du monument, les collectivités locales et les associations concernées, les mécènes éventuels et le public qui attend avec impatience sa redécouverte et sa mise en valeur.

Réputé château de François 1er, auquel on attache la grande ordonnance de 1539, qui entre autres, officialisa le français comme langue nationale et jeta les premières bases de l'état civil, ou encore la réception de Charles Quint, Villers-Cotterêts a cependant des origines bien plus lointaines : le simple relais de chasse des Mérovingiens devint la Malemaison des Comtes puis Ducs de Valois, un château médiéval placé à l'orée de la forêt de Retz auquel devait s'agréger la cité cotterézienne. Le bâtiment actuel en a conservé les cinq tours rondes du Vieux Château, dont avait hérité Philippe-Auguste de la dernière comtesse de Valois, en 1214. Depuis cette date le comté appartint à la Couronne de France et plus particulièrement à la dynastie des Valois de Philippe VI à Henri III. La Malemaison incendiée et ruinée pendant la guerre de Cent Ans fut ainsi entièrement reconstruite par François 1er qui, au retour des guerres d'Italie, introduisit le style Renaissance dans ce chantier expérimental, précédant Chambord, Fontainebleau ou Le Louvre - si l'on tient compte des deux ailes et de la façade sud édifiée par Henri II, Villers-Cotterêts apparaît même comme un Louvre en miniature. Les deux grands bâtisseurs du château Renaissance, qui y ont laissé leurs emblêmes royaux, La Salamandre et le "F" fleurdelisé pour François 1er, les "H et K" entrelacés pour Henri II et son épouse Catherine de Médicis, firent appel à Villers-Cotterêts aux mêmes maçons, architectes et décorateurs qu'à Paris ou Fontainebleau, les Le Breton, Philibert Delorme. Resté un séjour prisé de la Cour, avec ses fêtes et ses chasses sous le dernier Valois (Henri III) et le premier Bourbon (Henri IV), le domaine déclina sous Louis XIII et pendant La Fronde, puis passa dans l'apanage de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, en 1661. Avec Philippe jusqu'en 1701 et ses 4 successeurs, du Régent à Philippe-Egalité, Villers-Cotterêts devint un "petit Versailles", où "Monsieur" accueillit la troupe de Molière et le Régent organisa des fêtes fastueuses et libertines, tout en faisant tracer et aménager le parc par Le Nôtre et construisant de nouveaux bâtiments, comme le Jeu de Paume (où se trouve l'actuelle maison de retraite). Devenu bien national sous la Révolution, après l'exécution de Philippe-Egalité en 1793, le domaine fut partagé entre la forêt de Retz devenue domaniale et le château finalement conservé et mis par Napoléon, en 1808, à l'usage du département de la Seine, comme dépôt de mendicité, c'est à dire à la fois lieu de réclusion temporaire et de réinsertion sociale pour les mendiants de Paris, du temps où la mendicité était un délit. Les bâtiments abritaient en moyenne un millier de personnes dans des dortoirs et des ateliers, le Jeu de Paume des Ducs d'Orléans étant transformé en chapelle. A cette première destination, qui a été évoquée par des témoignages d'archives et iconographiques émouvants, a succédé en 1889 celle de maison de retraite de la Seine puis de la Ville de Paris, dont les conditions ont bien changé de nos jours, où les 60 résidents actuels vivent fort heureusement moins mal que les quelque 1800 pensionnaires occupant toutes les ailes du château, avant et après la Première guerre mondiale, où l'édifice fut transformé en grand hôpital militaire à proximité du front. En mai 1940 plusieurs centaines de pensionnaires durent encore être évacués dans le Lot-et-Garonne, laissant la place aux Allemands puis aux Américains en 1944. Ayant retrouvé sa précédente vocation depuis 1947, la maison de retraite de la Ville de Paris a perdu ses effectifs pléthoriques et s'est progressivement modernisée et humanisée, comme l'atteste le montage de photos très vivant et suggestif, tout en restant coupée de la ville, possédant son propre cimetière, dont l'anonymat des simples croix de bois ou de béton offre un spectacle saisissant.

Cette coupure n'aura bientôt plus lieu d'être quand Parisiens et Cotteréziens se retrouveront pour finir leurs jours dans un même établissement aux normes de notre temps, donnant aussi l'espoir de l'accès futur du public à un remarquable monument historique enfin retrouvé et restauré.

Par Jacques BERNET, le 02/03/2010




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