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De l'autarcie à la dépendance: Bonneuil-en-Valois (Oise)


Bonneuil-en-ValoisPremier de la série "Images et personnages du Valois

Vaut mieux tard que jamais. J'ai pris le temps d'une matinée des vacances de printemps pour lire "Bonneuil-en-Valois". Premier de la série "Images et personnages du Valois", le livre a été tiré à une centaine d'exemplaires en 2001. Une deuxième édition a été réalisée et des exemplaires sont encore disponibles à l'Office du tourisme de Crépy-en-Valois (prix 15 euros). Autant le dire tout de suite, la publication est restée confidentielle faute de publicité suffisante.

Publié par les ADEX (Les Ateliers d'Expressions) en 2001, l'opuscule de Françoise Bourquelot annonce d'une certaine manière son ouvrage, "L'homme et la betterave à sucre" publié en 2007. L'histoire de la commune de Bonneuil-en-Valois se découvre à travers le témoignage des habitants. La mémoire des hommes et des femmes est restituée au plus près du récit des uns et des autres. Si l'historien regrettera l'absence de sources écrites ou l'absence d'appareil critique, le lecteur éclairé appréciera la restitution de la parole humaine et le passé de ce village de 700 habitants vers 1830, 900 au couchant du XXe siècle. Le témoignage des uns s'enchevêtre dans celui des autres. Ainsi, l'ensemble est cohérent. Les parcours de madame Ménard, boulangère, s'éclaire en fonction de ceux de mesdames Baulard et Frémont, lavandières voire de celui de la secrétaire de mairie, madame Bertrand, des histoires de femmes qui racontent le Bonneuil d'autrefois, celui du four à bois pour la cuisson du pain, des six lavoirs de la commune et de l'administration communale sans informatique. Le parallèle avec les parcours des hommes est également à faire. La vie difficile de l'ouvrier Maurice Choron fait écho à celle des ouvriers et des exploitants agricoles à l'instar d'Henri Huet. La vocation agricole et manufacturière de la commune (une fabrique de fouets au 19e siècle puis une briqueterie au 20e) souligne la pénibilité du travail et des conditions de vie pour la plupart des habitants. Aujourd'hui, les anciens semblent trouver beaucoup de ciel bleu dans leur passé... La nostalgie est ce qui rassemble les gens quand les activités ont disparu, l'auteur l'écrit avec beaucoup de tact:

"En ce remémorant toutes ces années passées Henri Huet admet que malgré la dureté du travail, il y avait quand même "de bons moments" lorque l'on s'arrêtait pour le casse-croûte ou que l'on pouvait discuter avec son voisin dans les champs, du temps, des chevaux... Il est très frappé du fait que la mécanisation a été synonyme de solitude pour l'agriculteur. Moins d'ouvriers, des machines que l'on fait marcher à plein rendement pour rentabiliser les investissements très lourds, et, aujourd'hui, même plus de rencontres conviviales au café. Nostalgie peut-être en cultivant son jardin qui est si beau!".

Bonneuil-en-Valois est passé de "l'autarcie", avant l'arrivée du chemin de fer (1884) à l'ouverture voire la dépendance. Le village se suffisait à lui même. Tous les corps de métiers utiles à la vie de la commune étaient présents au 19e siècle. Peu à peu, Bonneuil s'est ouvert sur le marché national grâce à la modernisation des réseaux de transports: débouchés parisiens des productions spécifiques locales, "l'artichaut du Berval", en sus du blé, de la betterave et de la viande bovine, pierre de taille dite "de Bonneuil", fabrique de fouets puis briqueterie employant au plus fort de leur activité une cinquantaine de salariés, champignonnières. Aujourd'hui, à part les productions agricoles phares (blé, betterave), la commune a perdu ses nombreuses activités. Un temps terre d'accueil des immigrés, [on lira avec plaisir le chapitre consacré à Elvira Ménard], Bonneuil-en-Valois accueille aujourd'hui les néo-ruraux de la région parisienne. L'intégration se fait avec plus ou moins de réussite. La commune et ses activités faisait vivre le pays. La dépendance est une multiforme réalité: le doreur sur bois, néo-rural, fait quatre heures par jour de déplacement quotidien vers son lieu de travail en région parisienne; le petit commerce indépendant repris par une famille maghrébine s'effondre au bout d'un an et demi et même le club de foot de Bonneuil n'arrive pas à constituer une équipe de 13-18 ans, Françoise Bourquelot expliquant le fait que les jeunes découvrent de multiples activités dans les collèges et les lycées et la MJC de Crépy-en-Valois, chef-lieu du Valois distant d'une quinzaine de kilomètres. Que dire aussi des personnes au RMI de la commune (le RSA n'existait pas encore) qui peuvent encore malgré tout trouver un peu de chaleur humaine auprès de la secrétaire de mairie lors des entretiens réalisés dans le but de faire le point sur leur situation. Par ailleurs, faut-il le rappeler, on ne naît plus et l'on meurt de moins en moins au village...

Que reste-t-il à Bonneuil-en-Valois semble dire Françoise Bourquelot? Le patrimoine et les souvenirs? Les fêtes diverses unissaient les villageois, les bals et les repas du Troglodyte dans les années 1960-1970 faisaient le rayonnement de la commune. L'auteur termine sur le patrimoine du Lieu restauré, célèbre pour sa rosace du gothique flambloyant. Françoise Bourquelot ne fait plus parler les témoins, elle s'appuie désormais sur les plaquettes produites par l'association de sauvegarde de Lieu Restauré.

Il ne reste plus que les yeux pour admirer ce chef-d'oeuvre du XVe siècle ?

Par Eric Dancoisne, le 21/06/2010




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