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Compte-rendu de la conférence "L'épuration dans l'Oise à la Libération"


* Samedi 10 décembre 2011, à 14 H. 30 au lycée Pierre d’Ailly, notre amie Françoise ROSENZWEIG, docteur en histoire, a présenté une communication originale sur les dossiers de la Cour de justice de l’Oise à La Libération (octobre 1944-octobre 1945).

L’ordonnance du Comité Français de Libération Nationale du 18 août 1943 à Alger, suivie d’une soixantaine de textes législatifs concernant l’épuration de diverses catégories de Français accusés de connivence avec Vichy et surtout de collaboration avec l’Allemagne nazie, la France entendait opérer, à la Libération, le « châtiment des traitres ». Dès l’automne 1944, fut mis en place un système judiciaire spécial à trois niveaux : une Haute Cour de justice à Paris, pour juger le maréchal Pétain, les hauts dignitaires de son régime et les chefs de file de la collaboration ; des Cours régionales, au niveau des Cours d’appel (pour nous à Amiens), avec des délégations départementales, pour les crimes commis en province ; et des chambres civiques locales pour les simples délits.

Pour l’Oise, la Cour de justice siégeant à Beauvais d’octobre 1944 à octobre 1945, était composé d’un juge assisté de quatre jurés, pris sur une liste de Résistants fournie par le CFLN ; chargé de l’accusation, le commissaire du gouvernement, faisait fonction de juge d’instruction. Elle instruisit 281 dossiers impliquant 293 personnes, dont 44 étrangers, Belges, Polonais, Hollandais, Allemands, Hollandais, Anglais, Suisses, Russes, sans compter deux Alsaciens-Lorrains.

Les principaux chefs d’inculpation (intelligence avec l’ennemi, atteinte à la sûreté nationale ou de l’Etat, mais aussi profits illicites), provenaient à 90 % de dénonciations ; trente furent mis en cause pour leur appartenance à la LVF, d’autres avaient porté l’uniforme de la Waffen SS ou du NSKK (service de transports de la Wehrmacht), avaient travaillé au SIPO-SD (police allemande), ou fait partie de la Milice de Vichy, de la Kriegsmarine ou de la garde wallonne rexiste de Léon Degrelle.

La répartition par âge des accusés est équilibrée, la majorité se situant de 21 à 60 ans ; de même pour les secteurs d’activité (83 dans le primaire, 65 dans le secondaire, 91 dans les services, y compris les domestiques, sans compter 40 ménagères.

L’oratrice s’est efforcée de classer les profils des inculpés en tenant compte des motivations.

Les plus compromis étaient les idéologues ayant adhéré au nazisme, tel le pharmacien beauvaisien G. T., propriétaire du journal local la Tribune et actionnaire du groupe Prima Presse, accusé de connivence avec la propagande allemande, notamment Radio Stuttgart et le traitre Ferdonnet. Visant la mairie de Beauvais, G. T. avait placé à la direction de son journal le nommé L., qui, sous le nom de plume de Jean Mornet, fut célèbre pour ses éditoriaux pro-allemands - il devait mourir le 30 janvier 1945, à la veille de son procès. Hélène M., déléguée à l’Information du PPF de Jacques Doriot, lui-même originaire de Bresle, avait sévi à Senlis et tenté de se réfugier à Sigmaringen en 1944. Henri P., âgé de 25 ans, était responsable départemental de la LVF, puis de la Milice dans les Ardennes ; Gérard P., originaire de Tours, chef de la LVF à Creil fut indicateur du SIPO-SD.

La vengeance explique certaines affaires, comme dans le cas de R. G, gros cultivateur à Hétomesnil et de Louise, soeur du Résistant de Libé Nord Georges Blin, laquelle, jalouse de sa belle-soeur, la dénonça aux Allemands, qui la déportèrent à Ravensbrück. L’appât du gain, les Allemands rémunérant grassement les délateurs et leurs indicateurs, mais aussi l’anticommunisme viscéral de certains personnages, tel le maire de Liancourt S., pouvaient être des motivations supplémentaires.

La Cour de justice de l’Oise prononça trois condamnations à mort, dont deux furent exécutées : Julien Delos, accusé d’être «complice des massacreurs de Troissereux », (août 1944), passa devant le peloton d’exécution en décembre 1944, Gérard P., en octobre 1945, tandis que Marcel F., cariste chez Kulhman, chef de la Milice, y échappa par contumace. La hiérarchie des peines, proportionnée aux délits, allait de la prison au bannissement, sans oublier la confiscation des biens et de lourdes amendes, surtout pour les affaires économiques. La Cour prononça fréquemment la peine d’indignité nationale, amenant la perte des droits civiques. Une grande partie de ces condamnations furent amnistiées, dès 1951 et 1953, dans une volonté de réconciliation nationale et dans le nouveau climat politique de la guerre froide.

Françoise Rosenzweig a conclu son passionnant exposé, en insistant sur l’apport historique indéniable des témoignages convoqués au cours de ces procès de la Libération, quant aux réalités de la France occupée, notamment sur l’évolution de la répression allemande, l’organisation et l’influence des partis collaborationnistes, ou les péripéties de la Résistance dans l’Oise.

Par Jacques BERNET , le 19/12/2011




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