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Excursion du samedi 13 avril 2013, à la découverte de l’histoire et du patrimoine de Berneuil-sur-Aisne (Oise)


L'église de Berneuil-sur-Aisne

Le samedi 13 avril après-midi, en dépit d’un temps encore mitigé, une quarantaine de personnes s’étaient donné rendez-vous sur la place de l’église de Berneuil-sur-Aisne, aménagée à l’emplacement de l’ancien cimetière, juste en face de la nouvelle mairie. En ce lieu central nous avons d’abord été accueillis par M. François Mahieux, maire de Berneuil-sur-Aisne, qui a exprimé toute sa satisfaction de cette demi-journée de découverte du patrimoine de la commune, coïncidant avec la sortie et la présentation du n° spécial 129-130 des Annales Historiques Compiégnoises entièrement consacré à l’histoire contemporaine et aux deux principaux monuments historiques d’un village resté typiquement soissonnais par son architecture, sinon par ses rattachements administratifs désormais isarien et compiégnois depuis la Révolution française.

Notre guideJeannine Vercollier

L’église paroissiale Saint-Rémi, exceptionnellement ouverte et illuminée pour notre visite, nous a été décrite de manière exhaustive par notre sociétaire Jeannine Vercollier, spécialiste d’histoire de l’art. Ce vaste édifice d’une trentaine de mètres comprend une nef romane avec ses deux bas-côtés du XII° siècle, un chœur et un transept reconstruits en style gothique au XIII°, puis réaménagés à la fin du XV° siècle après les destructions de l’époque de la guerre de Cent Ans. Le gracieux porche de la façade occidentale a été refait au XVI° siècle en style gothique flamboyant et Renaissance. À la croisée des transepts s’élève un clocher carré massif orné de hautes baies géminées de style flamboyant et surmonté d’une haute flèche pyramidale couverte d’ardoises, qui a dû être refaite plusieurs fois, après les dégâts de la Première guerre mondiale puis de la foudre en 1951. L’intérieur de l’édifice offre aussi une grande richesse architecturale et un important mobilier, provenant pour une part de l’ex-prieuré cistercien de la Joie-Sainte-Claire supprimé au début de la Révolution. On remarque plus particulièrement la variété des chapiteaux romans de la nef, les clés de voûte du chœur et de l’abside, agrémentées de blasons seigneuriaux. La chapelle nord consacrée à Sainte-Claire comporte d’intéressantes peintures murales de la fin du XIXe consacrées à la vie de la sainte. L’édifice doit son classement comme monument historique en juin 1920, pour une bonne part à la richesse de son mobilier, plus particulièrement aux deux intéressants tableaux religieux du XVIIe siècle suspendus dans les bras du transept, venus de la Joie Sainte-Claire et récemment restaurés. L’un représente Sainte Jeanne Frémiot de Chantal, fondatrice avec Saint François de Salles de l’Ordre de la Visitation, traitée à la manière de Philippe de Champaigne, dans l’esprit de la contre-réforme catholique triomphante sous le règne de Louis XIV ; le second, dans la même lignée, offre le portrait de Marie-Henriette des Ursins de Montmorency, de l’ordre des Clarisses, décédée à Moulins en 1666, accompagnée de son blason. À noter encore des vitraux de la fin du XIXe de l’atelier rémois Haussaire, notamment pour la grande verrière de la baie axiale de l’abside, où figure le baptême de Clovis à Reims par le jeune évêque Rémi, patron de la paroisse ; on trouve enfin une très belle chaire à prêcher de style néogothique datant probablement du XIXe siècle.

Le château de Berneuil

Puis nous avons atteint à pied le manoir de Berneuil, découvrant au passage un ancien calvaire jouxtant une fontaine au milieu du croisement des routes départementales d’Attichy et de Blérancourt. Classé deuxième monument historique de Berneuil en 1949, le vieux château ou manoir d’en haut (il existait en effet un autre fief à Rochefort, à l’ouest de la paroisse), nous a été présenté par ses actuels propriétaires Monsieur Eric de Finance et son épouse, qui l’ayant acquis en 1992 à l’état de ruine avancée, en ont courageusement entrepris le sauvetage et la complète restauration.

La vicomté de Berneuil, propriété au XVIIe siècle des Borgnes de Villette, puis des maisons d’Ailly et de La Fayette, fut rattachée au XVIIIe au marquisat d’Attichy, dont héritèrent les ducs de la Trémoïlle, grands seigneurs d’origine poitevine. Leur dernier représentant, Jean Bretagne Charles Godefroy, pair de France et premier gentilhomme de la chambre du Roi, né en 1737, mourut en émigration à Chambéry en mai 1792. De ce fait, le château de Berneuil fut vendu comme bien national de seconde origine en 1795, mais racheté par le fermier du domaine, il devait être finalement restitué au fils aîné de la Trémoïlle, Charles Bretagne (1764-1839) rentré d’émigration, qui fut nommé maire de Berneuil sous la Restauration, entre 1826 et 1837. Ses nièces héritières devaient toutefois vendre le château en 1856, et depuis le Second Empire, il était devenu la propriété d’agriculteurs du village, qui le louèrent même un temps à la commune pour abriter l’école publique de filles, de 1874 à 1895.

Un escalier monumental

Très endommagé par ces usages successifs notamment agricoles, devenu inhabitable et abandonné par ses derniers locataires en 1958, l’édifice était dans un piteux état, malgré son classement. Sa haute silhouette, à peine visible depuis la rue principale, avec ses deux tours d’angle, ses trois niveaux, ses hautes fenêtres et ses toitures en tuiles agrémentées de gracieuses lucarnes, ne manque pourtant pas d’allure. On a pu distinguer deux époques de construction. Du premier XVIIe siècle, date un corps de logis initial assez modeste de plan rectangulaire, en style Louis XIII, flanqué d’une tour carrée sur l’arrière abritant un escalier en vis. À L’époque de Louis XIV, deux tours de plan carré furent accolées aux extrémités du bâtiment, qui fut rehaussé d’un niveau et doté d’un majestueux escalier d’entrée en pierre à balustres sculptées. Au pied de cet escalier droit, un autre antérieur en pierre, sculpté d’une rampe simulée, dessert deux salles basses voûtées, dont l’ancien office, avec une cheminée placée derrière trois grandes arcades en anse de panier surmontées de volutes. Le palier haut de l’escalier Louis XIV donnait accès de chaque côté à une grande salle, puis par l’escalier en vis de la tour arrière, aux deux autres niveaux comportant aussi deux grandes salles et l’ouverture aux deux tours latérales. Ces parties hautes de l’édifice, en pleins travaux, restent inaccessibles aux visiteurs.

Le propriétaireM. Éric de Finance

En vingt ans de travaux individuels menés par le propriétaire, en accord avec les Monuments historiques, le château a pu être dégagé de la végétation invasive et débarrassé de nombreux détritus. Les charpentes des tours et du corps principal ont été restaurées ou remplacées, leurs toitures entièrement refaites en tuiles de qualité monument historique au lieu des anciennes ardoises, surmontées d’un paratonnerre et de gracieux épis de faîtage en cuivre doré ; les hautes cheminées latérales et les quatre lucarnes de la façade arrière ont été soigneusement restaurées, avec leurs épis en pierre. Le bâtiment est désormais hors d’eau et s’il reste des lucarnes à reprendre en façade avant, des fenêtres à reposer à l’arrière, une partie de la tour arrière à remonter et à coiffer d’une nouvelle toiture, l’intérieur des étages à refaire, on peut apprécier l’ampleur et la qualité du travail déjà accompli par M. de Finance, qui a sauvé ce joyau de notre patrimoine et lui promet à terme une nouvelle jeunesse. Notre visite a été ainsi l’occasion de mieux connaître cet intéressant monument et de rendre hommage aux efforts courageux de ses propriétaires.

Notre après-midi s’est terminée dans la salle communale attenante à la mairie, où un rafraîchissement nous a été gracieusement offert par la commune, permettant en même temps de présenter au public le numéro spécial de la revue sur Berneuil, en présence des auteurs ayant contribué à sa réalisation.

Par Jacques BERNET, le 14/04/2013




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