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La RN 31 à Arsy, entre Compiègne et Bois-de-Lihus


Grande transversale de Rouen à Reims par Beauvais, Compiègne et Soissons, la RN 31 est un des rares itinéraires routiers dans l’Oise à avoir conservé son statut de route nationale : elle n’est en effet doublée par aucune autoroute, tout en connaissant un intense trafic, notamment de poids lourds en semaine, qui s’explique en particulier par la desserte directe les grands ports normands depuis l’Est de la France.

Cette route qui a n’a été qu’en partie modernisée par plusieurs grandes sections à deux fois deux voies, surtout entre Beauvais et Catenoy puis entre Soissons et Reims, conserve des parties anciennes traversant les villages, comme Nointel, connu jusqu’en 2012 pour son redoutable radar et où la date de 1795 figurant sur une des maisons riveraines construites en alignement le long de la nouvelle voirie, témoigne de l’époque d’établissement de cette section.

Un article paru dans le n° 48 de la revue du pays d’Estrées, en octobre 2013 [« La route royale n° 31 aux environs d’Arsy, avant 1850 » par Jean-Marie Gillardin, Francis Lepage et Alain Dennel] apporte des précisions historiques sur la section de cet axe routier majeur à l’ouest de Compiègne, près Arsy.

L’itinéraire routier moderne de Compiègne à Clermont avait été établi par Arsy en 1785, évitant désormais Canly, Jonquières et Varanval pour atteindre Venette. Ce tracé fut repris par le décret de Napoléon du 16 décembre 1811, malgré les protestations des habitants d’Arsy, lors de l’établissement de l’axe routier de Rouen à Soissons, alors classé route impériale n° 34 de 3ème classe. Celle-ci croisait à Bois-de-Lihus l’ancienne route des Flandres Paris–Lille, numérotée route impériale n° 18 de deuxième classe, puis n° 17 lors de son extension jusqu’à Ostende. Avec sa prolongation jusqu’à Reims et par le déclassement d’autres routes, l’itinéraire Rouen-Soissons devint en 1825 la route royale 31, construite en cailloutis et bordée d’arbres fruitiers ou de peupliers. Elle parcourait la commune d’Arsy depuis le Clos Minard et le lieu-dit La Montagne (hameau de Pieumelle), avant de traverser le village d’est en ouest, imposant aux riverains des mesures d’alignement des maisons, le creusement de fossés, la plantation, l’entretien et l’élagage des arbres le long de la voirie. Cette traverse par la route royale, puis à nouveau impériale et enfin nationale 31, toujours bien identifiable dans le paysage de ce long village rue, devait animer la commune d’Arsy jusqu’en 1965, date de la construction de l’actuelle déviation au moment de l’arrivée de l’autoroute A 1, avec une importante sortie à Arsy desservant Compiègne et Clermont.

Cette déviation contemporaine élargie pour certaines sections à trois voies routières évitait Arsy et supprimait également le passage à niveau situé à l’ouest du village, au croisement de l’ancienne voie ferrée Estrées-Saint-Denis - Longueil-Sainte-Marie, section d’une ligne de marchandises du Nord vers Paris très chargée à l’époque du charbon, désormais franchie par un pont routier. Quelques années plus tard, la voie ferrée fut abandonnée, déclassée et déferrée au moment de la construction de la LGV Nord en 1990, remplacée de nos jours par une piste cyclable d’Estrées à Longueil.

Le remarquable reportage photographique d’archéologie routière réalisé par notre ami David Bruyer sur l’ancienne RN 31 à Arsy et dans ses environs nous replace donc 50 ans en arrière, avant les bouleversements opérés sur cet axe traditionnel majeur par l’arrivée de l’autoroute, de la déviation et du TGV. Il témoigne de la persistance de nombreuses traces émouvantes et encore bien visibles d’une époque de circulation routière maintenant bien révolue.

Par Jacques Bernet, le 01/01/2014




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