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Samedi 18 janvier 2014, lycée Pierre d’Ailly de Compiègne, Frédéric SEITZ a présenté son ouvrage : Promenades d’architecture contemporaine en Picardie.


Architecte DPLG, devenu professeur à l’Université de Technologie de Compiègne où il enseigne au département technologie et sciences de l’homme,Frédéric Seitz, spécialiste de l’architecture métallique des 19ème France et biographe de Gustave Eiffel, a publié en 2012 : « Promenades d’architecture contemporaine en Picardie » éditions Encrage, Amiens, 174 p.

Terre de cathédrales et d’abbayes construites au Moyen Âge, la Picardie reste largement méconnue pour ses réalisations architecturales contemporaines, pourtant nombreuses et variées, certaines étant l’oeuvre de grands noms de la profession, tel Auguste Perret reconstructeur d’Amiens et l'auteur de la tour de la place de la gare qui fut longtemps le plus haut immeuble d’habitation en France. Notre collègue a cependant choisi de mettre en valeur des constructions réalisées de la décennie 1970 aux années 2010, la première correspondant à un tournant majeur de l’architecture en France, avec l’arrivée d’une nouvelle génération de créateurs issus des nouvelles écoles supérieures d’architecture remplaçant les Beaux Arts de Paris, mais aussi du fait des changements législatifs imposant en 1973 des concours pour les réalisations publiques et le recours à un architecte pour tout projet dépassant 170 m 2 en 1977. Ces nouvelles conditions devaient susciter une saine émulation et améliorer sensiblement la qualité des réalisations architecturales, au lendemain d’une phase de reconstruction en partie dominée par des édifices médiocres, tels les grands ensembles sans âme aujourd’hui si décriés.

S’appuyant sur les quelque 1000 fiches d’édifices rassemblées par la DRAC d’Amiens et les CAUE des trois départements constituant la région administrative actuelle, Frédéric Seitz a sélectionné pour son étude 40 projets qui lui ont paru les plus intéressants et sont d’ailleurs assez bien répartis entre la Somme, l’Oise et l’Aisne. Ils témoignent de l’activité fructueuse d’architectes de renom international, mais aussi de créateurs locaux aux talents plus méconnus. Le conférencier ensuite s’est attaché à développer un certain nombre d’exemples choisis à Compiègne et dans son agglomération, où des réalisations l’envergure parfois controversées côtoient des édifices plus modestes mais non moins originaux ou intéressants.

L’Université de Technologie de Compiègne créée en 1972 a bénéficié d’un programme de constructions originales, conçu au départ comme une « Université dans la ville » égrenant une série de bâtiments allant de l’hyper centre à la ZAC de Royallieu. Mais le programme a été amputé et en grande partie dénaturé. Restent deux grands édifices : le centre Benjamin Franklin, rue Couttolenc, à l’emplacement des anciens abattoirs à la jonction de la ville ancienne et de l’ancien faubourg Saint-Germain. Œuvre originale d’Adrien Fainsilber, c’est un exemple unique à Compiègne d’architecture fonctionnelle 20ème siècle en dite « brutaliste » caractéristique des années 1970, en béton apparent brut de décoffrage. Porte d’entrée de la cité avec sa passerelle sur rue, il devait être prolongé par un cheminement public jusqu’à la rive de l’Oise, mais les constructions de la rue de l’Oise puis du Pont Neuf ont restreint le programme et même amputé le bâtiment de son forum « ruinant ainsi la composition de l’ensemble ». Situé dans la ZAC, le Centre Royallieu abritant les locaux consacrés à la recherche, a été moins contesté et malmené, même si le projet n’a pas été prolongé jusqu’à l’Oise. Œuvre de l’architecte René Dottelonde, il est composé comme un outil modulable d’allure futuriste destiné à répondre aux évolutions de la recherche ; il offre une structure constructive ouverte sur son environnement et bénéficie d’un bel aménagement végétal et paysager.

L’orateur a évoqué d’autres créations architecturales intéressantes à Compiègne, comme « Babel Oise », réalisé par Archigroup en 1973, bon exemple d’architecture proliférante des années 1970, destinée à des logements sociaux, mais en nette rupture avec les barres HLM de la période précédente. Moins connus du grand public car comprise dans le domaine national l’Orangerie du Château et le Jardin Fleuriste constituent des créations uniques de Xavier Fabre et Vincent Speller des années 1990, petits bâtiments aux formes douces et gracieuses paraissant bien adaptées à leurs fonctions et au site, qui ont pourtant fait polémique.

Parmi les réalisations récentes les plus réussies dans la cité : la rénovation de la bibliothèque Saint-Corneille et du cloître attenant, avec l’aménagement du cellier, malheureusement trop petit, pour le fonds ancien et le revestibulage de la façade dotée d’une structure en verre par les architectes Thierry Algrin et Patrick Mauger. L’église Notre Dame de la Source, près d’Intermarché, édifice coloré et audacieux conçu à partir d’une esquisse du peintre Olivier Debré mis en œuvre l’architecte Gera. Le stade d’athlétisme Paul Petitpoisson dans le quartier Bellicard, conçu et réalisé par Olivier Brière. Last but not least le Mémorial de l’internement et de la déportation de l’ancien camp de Royallieu, œuvre de l’architecte Jean-Jacques Raynaud, inauguré en 2008, constitue une réalisation épurée particulièrement réussie, bien insérée dans ce site excentré, parfaitement adaptée à l’austérité de ce lieu de mémoire chargé de gravité et d’émotion.

Cette belle prestation de Frédéric Seitz a donné lieu à de fructueux et parfois vifs débats, tant le sujet reste sensible, débouchant sur le souhait de programmer une prochaine visite sur le terrain, afin d’illustrer concrètement le propos de notre conférencier.

Par Jacques BERNET, le 20/01/2014




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