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Conférence de Clément Michon, samedi 17 janvier 2015, Le château de Compiègne sous la Révolution française (1788-1800)


Notre conférencierM. Clément Michon

Dans la longue histoire du château de Compiègne, la décennie 1788-1800 passe pour un moment critique où le domaine royal dépecé et amoindri aurait échappé de peu au pillage et à la complète destruction. L’étude de Clément Michon, dans le cadre d’un master soutenu en juin 2014 à l’Ecole du Louvre, comble un grand vide historiographique et permet de nuancer cette appréciation si négative.

Si la crise financière entraîna en 1787, l’arrêt des travaux de reconstruction du château conduits depuis Louis XV, laissant en suspens la chapelle et l’aménagement de la place royale, le château continua de bénéficier de décorations intérieures et d’ameublements dans l’espoir d’un séjour de Louis XVI et de la Cour, vivement souhaité par la Ville et sérieusement envisagé en 1788 pour la tenue des États Généraux du royaume, finalement convoqués à Versailles en mai 1789. Maintenu en 1791 dans la Liste Civile accordée au monarque constitutionnel, le domaine compiégnois devint après la prise des Tuileries et la proclamation de la Première République, en août-septembre 1792, un bien national dépendant de la Régie des Domaines, rattaché au Ministère des Contributions, avec le commissaire Perrier de Mondonville arrivé en octobre 1792 à Compiègne, et au garde meuble national à Paris sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur, pour son important mobilier.

Le personnel du château resté sous la sauvegarde de troupes nationales, réduit de moitié, bénéficia d’une réelle continuité avec le maintien de l’architecte Ledreux jusqu’à son décès en juillet 1793, remplacé par l’inspecteur Wacquant, patriote ardent préféré à son collègue Boissel plus modéré, le concierge Pascal et surtout le garde meuble Jeulin, dont l’active correspondance témoigne d’un constant effort de sauvegarde du monument et de ses richesses.

Le périmètre du domaine fut réduit avec la location du grand parc mis en culture ou en pâturage, des terres de la forêt domaniale, d’anciens hôtels ministériels, aussi repris par des administrations locales, telle la chancellerie à la disposition du district puis de la municipalité cantonale de Compiègne. Les anciennes écuries royales ou princières servirent de casernement aux armées, surtout pour la cavalerie et les chevaux. Le Petit château situé hors les murs, ancien logis du gouverneur de la Ville, fut aliéné, démoli et exploité par un acquéreur peu scrupuleux dès 1795. Si l’argenterie du château fut saisie par la monnaie à l’automne 1792, le mobilier rassemblé et recollé fut mis en vente aux enchères au profit de la République à la fin 1795, après avoir opéré la sauvegarde de quelques œuvres d’art et des ponctions en literie ou en meubles pour les hôpitaux militaires et les administrations locales ou centrales.

Vaste et bel édifice récent, le Palais fut protégé grâce à l’effort de la municipalité et du district proposant, dès l’automne 1792, d’en sauvegarder et reconvertir l’intégralité des bâtiments, en y installant des écoles, musée, bibliothèque et administrations publiques, une manufacture de toiles peintes. Certes ces projets furent retardés en raison des circonstances de guerre, la Ville échouant à obtenir l’Ecole centrale de l’Oise attribuée à Beauvais en 1796. Il fallut attendre le début du Consulat, pour voir s’installer au château, le Prytanée militaire venu de Liancourt, transformé en Ecole des Arts et Métiers, de 1800 à 1806, au prix d’aménagements intérieur, qui sauvegardèrent globalement l’édifice jusqu’à sa reprise par Napoléon comme palais impérial.

En attendant, l’ancien château royal dépouillé des signes extérieurs de la monarchie à l’automne 1792, connut divers usages publics exprimant la volonté de réappropriation républicaine d’un édifice devenu national. La place du château ornée d’un autel de la patrie par Ledreux servit de cadre à des fêtes civiques dès la Fédération de juillet 1791. La salle des Gardes, au décor respecté comme « monument des arts », fut aménagée en local de réunions et cérémonies civiques. La société populaire, club des jacobins de la ville, y tint ses séances d’octobre 1793 à avril 1795. La municipalité y prit le relais pour les célébrations décadaires et les fêtes civiques, connaissant un regain sous le second Directoire avec celle de la souveraineté du peuple du 30 ventôse an VI (20 mars 1798). Les bâtiments subirent des occupations plus ponctuelles de détenus, prisonniers ou blessés de guerre de passage, de convois de grains et farines ou de poudre en transit ; la cour d’honneur assura la sécurité du marché aux grains fin 1795-96, prévenant des troubles frumentaires. Au printemps 1799, le château servit de lieu de rassemblement et d’hébergement de plusieurs centaines de conscrits de l’Oise appelés à Compiègne avant de rejoindre les armées de la République, sans avoir la vocation d’un véritable casernement militaire permanent, fonction globalement assurée par ses annexes pour les troupes stationnées ou de passage en la période.

Le château de Compiègne put ainsi passer sans trop de dommage les bouleversements de la période, grâce à la sollicitude des autorités locales et des agents du pouvoir central, intéressés au premier chef par la conservation et l’usage public de ce beau monument national.

Par Jacques BERNET, le 20/01/2015




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