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Samedi 23 avril 2016, 14 H 30 au lycée Pierre d’Ailly de Compiègne, conférence de Françoise Leclère-Rosenzweig et Véronique Decayeux : Effectifs et sociologie de la Résistance dans l’Oise, à partir des demandes de cartes de combattants volontaires


L’importance numérique, la chronologie, la géographie, la sociologie et la composition politique des mouvements et réseaux de Résistance à l’occupant de 1940 à 1944, restent un enjeu historiographique majeur pour cette sombre période, continuant de faire l’objet de débats, de polémiques et de récupérations politiciennes. Soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’ouverture au public et aux chercheurs de nouvelles archives devrait permettre de mieux aborder ces questions, à défaut d’apporter des réponses définitives. C’est le cas d’un fonds mis à la disposition des Archives Départementales par l’ONAC de l’Oise en 2015, consistant en 77 cartons qui contiennent quelque 2000 dossiers de demandes de cartes de combattants volontaires de la Résistance dans le département, de 1945 aux années 1990. Françoise Leclère-Rosensweig et Véronique Decayeux, qui en ont courageusement entrepris le dépouillement, nous ont présenté les objectifs et les méthodes de de leur recherche, se fondant sur les 400 dossiers qu’elles ont pu examiner à ce jour.

Si maints ouvrages ont abordé l’histoire de la Résistance en France, de Noguères à Olivier Wiéviorka ou au récent Dictionnaire de la Résistance aucune synthèse définitive n’a pu s’imposer. Il en est de même à l’échelon du département de l’Oise, malgré les travaux de Xavier Leprêtre, Jean-Pierre Besse ou Françoise Rosenzweig, depuis les années 1980, ayant permis la réalisation en 2004 d’un CD rom, complété depuis par des monographies de Résistants, de réseaux et de maquis publiées à l’initiative de Jean-Yves Bonnard par le CANOPE de Beauvais ou des témoignages parus dans l’organe de l’ANACR.

Les dossiers de demandes de cartes de combattant volontaire de la Résistance ne dévoilent certes qu’une partie de la réalité du phénomène, dans la mesure où tous les Résistants n’ont pu ou voulu faire cette démarche après la Libération, mais ils constituent une source homogène comportant de précieux renseignements quant à l’engagement personnel des demandeurs, dont le recoupement devrait permettre de mieux cerner l’importance des mouvements et des réseaux, leur sociologie, leur influence et leurs relations réciproques.

Les conditions d’attribution de la carte de combattant volontaire de la Résistance ont aussi évolué, très restrictives au lendemain de la guerre, plus souples après 1948, constituant l’enjeu d’âpres débats entre les forces politiques se réclamant de l’héritage de la Résistance, du communisme au gaullisme. L’ordonnance du 3 mars 1945 qui en posa les bases imposait au moins 90 jours de présence attestée dans les FFI ou les FFL avant la date du débarquement du 6 juin 1944, soit l’équivalent du temps minimum requis par les poilus de la Grande Guerre pour obtenir la carte de combattant. Cette disposition privilégiait la lutte armée, alors que des groupes clandestins avaient pu mener davantage une action de propagande contre l’idéologie de l’occupant. Elle excluait d’ailleurs en principe les combattants du maquis Vercors qui n’avaient pas eu le temps nécessaire ! Les demandes étaient soumises à deux commissions successives, départementale puis nationale, constituées de représentants de la Résistance validés par le préfet au premier niveau et le gouvernement au second. Leur composition évolua en fonction des soubresauts politiques de la Libération et des débuts laborieux de la IV° République, marqués par la rupture du tripartisme en 1947. En mars 1949, les possibilités d’attribution s’élargirent par la simple appartenance pendant trois mois aux formations dites homologuées, métropolitaines ou extra-métropolitaines, incluant les FTP, mais aussi les déportés, blessés et internés. De 1952 à 1957 six textes prorogèrent les délais des demandes de 1959 à 1975, levèrent la forclusion, abaissèrent le temps de présence à 80 jours et l’âge minimum de 18 à 16 ans. Chaque demande devait comporter deux attestations de responsables militaires reconnus, ce qui n’était pas toujours aisé quand ils étaient morts au combat – ainsi Jeanne Lévéillé, dont le mari avait disparu, ne put obtenir sa carte. Dans l’Oise plus de 50 % des demandes furent rejetées, surtout dans les années 1950-1960, les anciens FTP tels Paul Morel ou les combattants du groupe Jonot souffrant d’un certain ostracisme au temps de la guerre froide et de la marginalisation du PCF.

Les premiers sondages portant sur 400 dossiers sur 2000 suggèrent la répartition des résistants par secteurs d’activité : 9 % dans le primaire, 32 % dans le secondaire, incluant la SNCF, 26 % dans le tertiaire pour 2/3 de professions identifiées. Les données par réseaux, mouvements et groupes d’actions en révèlent le grand pluralisme (Castille, Zéro France, Arc-en-Ciel, Buckmaster, Bourgogne, Samson pour les premiers ; Libé Nord, OCM, Front National, alors d’obédience communiste, Résistance, Ceux de la Libération pour les seconds ; FTP, AS, ORA, FFI pour les groupes armés). On note l’émergence de groupes largement méconnus : VOP, Résistance à Compiègne, Chardot, Aubry à Beauvais, la mobilité et la double appartenance de maints Résistants ne facilitant pas toujours leurs claire identification à un mouvement. L’étude complète des dossiers, le croisement de leurs données devraient à terme nous aider à mieux connaître la géographie, la sociologie et les grandes tendances de la Résistance dans l’Oise, apportant sinon des réponse définitives dans tous les domaines, à tout le moins une appréciable contribution à une meilleure compréhension de son histoire.

Cette riche communication a suscité beaucoup d’intérêt, de vifs et copieux débats de la part du public, que le sujet et la période continuent de passionner.

Par Jacques Bernet, le 04/05/2016




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