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Samedi 4 mars 2017 à 15 H. salle municipale n° 4 rue de la Surveillance à Compiègne, conférence de M. Gilles PRILAUX, archéologue : « L’archéologie de la Grande Guerre en Picardie ».


Cette séance organisée en commun avec la Société Historique de Compiègne a connu un vif succès avec une bonne soixantaine de participants, particulièrement intéressés par la brillante prestation de notre conférencier.

Ingénieur de recherche à l’Institut National de Recherches et d’Archéologie Préventive (INRAP), archéologue depuis 27 ans, spécialisé au départ dans les périodes chronologiques gauloise et romaine, auteur d’un ouvrage de référence sur la production de sel à l’époque gauloise, paru en 2000 aux éditions Monique Mergoil, Gilles Prilaux s’intéresse depuis les années 1990 à l’archéologie de la Grande Guerre, qu’il a rencontrée fortuitement à l’occasion d’une fouille préventive dans le Pas-de-Calais.

Il en est devenu depuis un des meilleurs spécialistes nationaux, co-auteur de l’ouvrage « L’archéologie de la Grande Guerre » paru aux éditions Ouest-France en 2008, un livre plusieurs fois réédité depuis, d’autant que le centenaire a ravivé l’intérêt du public pour une période apparemment bien connue, mais pour laquelle l’archéologie peut apporter des éléments nouveaux et incontestables, corroborant ou infirmant les données des témoignages oraux ou écrits, les récits des contemporains et des historiens.

Les interventions archéologiques menées dans le Nord et l’Est de la France sur la ligne ou plutôt la zone évolutive du front de la Grande Guerre, qui court de la Mer du Nord en Belgique aux frontières de la Suisse en Alsace, font souvent resurgir les cicatrices presque intactes du sol occasionnées par les combats de la guerre 1914-1918. Ces stigmates, particulièrement nombreux, se comptent par dizaines de milliers : trous d’obus, tranchées, boyaux, abris de fortune, dépotoirs, munitions de tous calibre (plus d’1 milliard d’obus ont été tirés en la période, dont quelque 20 % non explosés), mais aussi et surtout les restes des 700 000 combattants déclarés disparus, encore fossilisés sur le champ de bataille, qui font désormais l’objet de procédures plus respectueuses de recherche d’identité et de ré-inhumation.

Les témoignages directs de cette boucherie sans nom se révèlent sous des formes variées : ici les restes d’un corps enseveli et grêlé de schrapnell ; là une jambe arrachée abandonnée dans un trou d’obus, et jusqu’à des ensembles plus complexes et énigmatiques qui font largement écho à l’état d’esprit des soldats face à l’horreur des combats, tout en témoignant de leurs conditions de vie matérielles ou de leurs aspirations spirituelles, souvent par d’humbles restes.

Gilles Prilaux habite à présent Naours dans la Somme village à l’arrière du front bien connu pour sa ville souterraine, où l’on trouve d’ailleurs maints témoignages gravés dans la pierre de la visite ou du séjour de soldats de la Grande Guerre, comme les Australiens, sur lesquels il prépare un nouveau livre.

C’est à partir des travaux menés dans notre région des Hauts de France, si fortement touchée par le conflit, entre autres dans le cadre des fouilles préventives accomplies avant la construction du canal Seine-Nord de l’Europe, que l’orateur nous a développé avec brio, clarté et pédagogie, les problématiques, les méthodes et les résultats de ce récent champ de recherche de l’archéologie préventive, que le Ministère de la Culture a placé depuis 2015 sous le contrôle d’organismes publics, tant pour la Première que pour la Seconde Guerre mondiale.

Par Jacques BERNET, le 19/03/2017




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