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Samedi 22 avril 2017 à 14 H 30, bibliothèque municipale Saint-Corneille, salle Le Chatelier, Michelle SAPORI, a présenté son livre : Rougeville, de Marie-Antoinete à Alexandre Dumas, le vrai chevalier de Maison-Rouge.


Auteure remarquée d’une biographie de Rose Bertin, couturière de Marie-Antoinette, publiée en 2010, Michelle Sapori récidive avec ce portrait d’une figure singulière de la Contre-Révolution, dont la vie romanesque inspira Alexandre Dumas écrire Le Chevalier de Maison- Rouge en 1848.

Né sur la grand’place d’Arras en 1761 d’une famille de riches de riches commerçants de la capitale de l’Artois, Alexandre Gonsse était fils d’un fermier général des Etats d’Artois, qui acheta la seigneurie de Rougeville, que le jeune roturier put accoler à son nom, pour faire croire à son accession à la noblesse. Il conforta cette aspiration par la carrière des armes, s’engageant à 15 ans, deux ans avant La Fayette, dans la guerre d’Indépendance américaine, où ses exploits d’aide de camp des généraux Lee puis Washington lui valurent d’être décoré de l’ordre de Cincinnatus et de se voir attribuer une propriété près de New-York, en 1783.

Républicain aux Etats-Unis, Rougeville fut à son retour en France un fervent monarchiste, entrant grâce à l’appui du prince de Soubise, dans la Maison du Comte de Provence, le futur Louis XVIII. Il était présent à Versailles lors des journées d’octobre 1789 qui imposèrent le retour du Roi et de la famille royale à Paris, que notre personnage suivit aux Tuileries. Il fut alors décoré par Louis XVI de l’ordre de Saint-Louis. Rougeville joua un rôle de premier plan dans la garde rapprochée de la famille royale, notamment lors de la journée du 20 juin 1792 où il protégea Marie-Antoinette, quand Louis XVI acculé par la foule dans l’embrasement d’une fenêtre dut coiffer le bonnet phrygien et boire à la santé de la nation. En juillet, il fit le coup de feu aux Champs Elysées avec les Royalistes contre les Fédérés brestois et marseillais. Arrivé trop tard lors de l’insurrection du 10 août 1792, qui conduisit à la chute de la monarchie et à la réclusion de la famille royale au Temple, Rougeville fut alors de tous les complots pour tenter de sauver le Roi puis la Reine de la guillotine.

Il faillit réussir le 28 août 1793, en organisant la conspiration des œillets, qui par l’achat de gardiens de la Conciergerie aurait dû permettre l’évasion de la Reine. Démasqué et traqué, il se réfugia un temps dans les carrières de Montmartre, avant d’être incarcéré lui-même à la Conciergerie, mais échappa à la guillotine grâce au 9 thermidor. Libéré au printemps 1797 après la victoires des modérés aux élections de l’an V, il appartenait au courant royaliste radical des « Fils Légitimes » dont le projet de restauration monarchique fut déjoué par le coup d’état directorial du 18 fructidor an V (septembre 1797). De la fin du Directoire au Consulat, Rougeville resta un conspirateur royaliste très surveillé par la police de Fouché. Lors de l’affaire Cadoudal en 1804, il fut arrêté avec Moreau et Pichegru, interrogé par Réal, qui obtint son exil à Reims sous haute surveillance.

En 1814, lors de la campagne de France qui se termina par la chute de l’Empire, Rougeville ayant pris trop ouvertement le parti des « alliés » ennemis de Napoléon, en guidant les cosaques dans les forêts de Champagne, il fut arrêté et fusillé à Reims comme traître à la patrie, juste avant l’investissement de la ville par la coalition et les royalistes.

Cette vie aventureuse a inspiré Alexandre Dumas dans Le chevalier de Maison-Rouge ou la baronne Orczy dans le Mouron Rouge en 1908, mais aussi le cinéma, du muet au parlant, avec le feuilleton télévisuel événement de Claude Barma en 1963, où Jean Desailly incarna le chevalier de Maison-Rouge, en attendant la sortie d’une comédie musicale de Didier Barbelivien : « Marie-Antoinette et le chevalier de Maison-Rouge ».

Succédant à G. Lenôtre qui tenta d’écrire en 1894 la vie du vrai Chevalier de Maison-Rouge, Michelle Sapori a su, grâce à son travail minutieux d’historienne, lever un peu plus le voile sur l’itinéraire singulier de ce personnage hors du commun.

Par Jacques BERNET, le 24/04/2017




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