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Une élite parisienne les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) Cyril Grange CNRS éditions


C'est le premier tome d'une étude qui doit se prolonger après la Seconde Guerre mondiale. Il ne s'agit pas d'une étude historique mais d'un ouvrage de sociologie pure et dure concernant un milieu particulier, celui des Juifs qui s'installent à Paris à la fin du XVII° siècle, venus d'horizons géographiques divers et voués à des activités bancaires et financières, avant de les diversifier au long du XIX° siècle.

Deux faits peuvent expliquer cette immigration. Le premier correspond à la condition des Juifs en Europe : impossibilité de posséder la terre, autorisation de séjour temporaire, obligation de résidence dans certaines zones ou certains quartiers, toutes contraintes qui pesaient lourd sur l'activité des Juifs. Le deuxième fait, c'est la mise en œuvre de l'émancipation des Juifs en France de 1787 à 1791, poursuivie sous l'Empire.

A la fin de l'Ancien Régime, l'on compte 800 Juifs à Paris, 2 900 en 1809, 9 000 en 1840, 18 000 en 1853, 30 000 en 1870, 42 000 à la fin du XIX° siècle, en raison notamment de l'arrivée de Juifs alsaciens et lorrains après la guerre de 1870-1871. S'y ajoute après la Première Guerre mondiale l'afflux de Juifs venus d'Europe centrale et orientale pour des raisons politiques ou économiques.

Cette population juive est hétérogène dans ses origines géographiques et l'éventail de positions sociales de ses membres. Ce qui fait l'unité du groupe, c'est l'importance des liens familiaux, comme le rappelle Hannah Arendt. Ces solidarités familiales permettent la survie du groupe.

L'ouvrage étudie ainsi des dynasties bien connues, à l'exception de celle des Rothschild, jadis analysée par Jean Bouvier en 1960. De 1780 à 1870, arrivent ainsi à Paris, tous venus de l'Est de la France, les Fould, les Worms, les Halphen, d'Allemagne, les Koeniswarter, les Stern, les Calmann-Lévy, d'Autriche les Reinach, de Russie, les Guinzburg, les Poliakov etc...

Exclus dans leur pays d'origine des activités liées à la terre, ces Juifs étrangers se sont spécialisés dans la banque et la finance et apportèrent en France leur savoir-faire au moment où la mise en œuvre de la révolution industrielle exige des capitaux alors que les grandes banques ne sont pas encore nées.

La puissance et la prospérité des grandes familles juives parisiennes au XIX° siècle reposent sur un taux de natalité particulièrement élevé, qui permet à ces petits groupes familiaux de créer un réseau international à la fois dense et efficace tout en pratiquant une sorte d'endogamie. A mi-parcours du siècle, les chefs de file de cette population spécifique se tournent vers l'industrie et le grand commerce. Encore très pratiquants dans la première moitié du XIX° siècle, ce groupe social s'intègre à l'aristocratie, se lance dans la politique, les activités sociales souvent caritatives et le mécénat culturel. Leur influence décline entre les deux guerres : leur dynamisme démographique a beaucoup diminué, la Première Guerre mondiale et les troubles qui l'ont suivie ont restreint leurs ressources et surtout les conditions politiques nouvelles ne leur permirent plus de disposer du réseau international qui avait fait leur force.

Par Françoise LECLERE-ROSENZWEIG, le 20/05/2017




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