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Disparition d’Eric WALTER [1940-2017]


Notre collègue et ami Eric WALTER est décédé le 27 juin 2017 dans sa soixante-dix-septième année. Il a été inhumé à Niozelles (Alpes-de-Haute-Provence), où il a passé les dernières années de sa vie. Nous déplorons la perte d’un de nos plus anciens membres et animateurs, ayant accompagné les tout premiers pas de notre Société d’Histoire moderne et contemporaine de Compiègne, à laquelle il resta très fidèle, tant que sa santé le lui permit.

Eric Walter, né en 1940 à Chatenay-Malabry, ancien élève de l’ENS Ulm, agrégé de lettres classiques, commença son cursus universitaire comme enseignant coopérant à la Faculté des lettres d’Alger de 1965 à 1968, dans les premières années de l’indépendance de l’Algérie, où il rencontra son épouse Colette, professeur d’italien au lycée français d’Alger. Il accomplit cependant l’essentiel de sa carrière d’enseignant-chercheur à l’Université d’Amiens, comme maître-assistant puis maître de conférences en littérature, jusqu’à sa retraite en 1998. C’était un brillant intellectuel et un des meilleurs dix-huitiémistes de sa génération, à la fois littéraire et historien. Ses écrits sont peu nombreux, mais toujours d’une grande qualité. Il n’a vraisemblablement pas pu produire une œuvre qui était en genèse, ayant précocement été la proie d’une grave maladie neurologique, qui l’a contraint à abréger précocement sa carrière enseignante un peu avant ses 60 ans.

Il a été un pionnier de l’histoire et de la sociologie des gens des lettres sous l’Ancien Régime et tout particulièrement au XVIIIe siècle. Il était très proche, en ce domaine, des conceptions de Pierre Bourdieu. On peut rapprocher ses travaux d’un autre disciple de Bourdieu qui, pour sa part, a œuvré essentiellement sur les gens de lettres du Grand Siècle, Alain Viala.

Eric Walter a participé à la très importante Histoire de l’édition française, dirigée par Henri-Jean Martin et Roger Chartier [Promodis, 1982]. Son article traitait de « La condition de l’homme de lettres au siècle des Lumières » et plus particulièrement de son statut et des modes de rétribution auxquels il pouvait aspirer. Notons aussi son article, écrit en commun avec Jean-Marie Goulemot et publié dans l’ouvrage célèbre dirigé par Pierre Nora : Les lieux de mémoire [Gallimard, 1984] : « Les centenaires de Voltaire et de Rousseau. Les deux lampions des Lumières »

Son petit livre sur Jacques le fataliste de Denis Diderot [Hachette, 1975] peut être considéré, à notre sens, comme un des meilleurs et des plus inventifs sur le sujet : il relie magistralement la technique narrative éblouissante de Diderot, les conditions de réception de l’oeuvre, le contexte historique et la quête philosophique de l’auteur, toujours en genèse. Eric Walter était également l’auteur, en collaboration avec Claude Lelièvre, de La Presse picarde, mémoire de la République : luttes de mémoire et guerres scolaires à travers la presse de la Somme, 1876-1914, Centre universitaire de recherche sociologique, Amiens, 1986.

Nous avions rencontré Eric Walter en 1978 à l’occasion du bicentenaire de la mort de Voltaire et Rousseau, ayant donné lieu à un colloque international qui s’était tenu en l’ancien centre culturel jésuite « Les Fontaines » de Gouvieux en septembre 1978. Nous y avions participé avec lui, ainsi que nos collègues et amis Jacques Lécuru, Bertrand Le Chevalier. Cela permit de consacrer entièrement à ce thème notre n° 3-4 de l’automne 1978, à laquelle Eric Walter apporta sa contribution : « Le pouvoir des ombres : l’effet commémoration et l’enjeu Voltaire-Rousseau dans le discours de la presse amiénoise en 1878 ».

Au moment du bicentenaire de la Révolution française, il organisa lui-même, en 1989 à Amiens, avec Alain Maillard et Claude Mazauric, un colloque international intitulé : Présence de Babeuf. Lumières, Révolution, communisme, auquel nous avons participé et dont les actes, préfacés par Michel Vovelle, ont paru dans les Publications de la Sorbonne en 1994.

Eric Walter s’était retiré ces dernières années avec sa famille loin de la Picardie, mais nous avons appris sa disparition avec une grande émotion, d’autant qu’elle ravive d’anciens et excellents souvenirs. A son épouse Colette, à ses enfants Emmanuelle et Laurent, nous présentons, au nom de notre Société, nos très sincères condoléances.

Par Jacques BERNET et Didier MASSEAU, le 03/07/2017




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