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Cent ans après la disparition de Georges Guynemer 11 septembre 1917 – 11 septembre 2017


Pour le centenaire de la disparition de l’aviateur compiégnois Georges Guynemer, l’as aux 53 victoires tombé dans le ciel de Flandre le 11 septembre 1917, on était en droit d’attendre un hommage national à la hauteur de ce que fut ce jeune et célèbre héros de la Grande Guerre. Force est de constater que son image a bien pâli en cette période de commémoration prolongée de l’événement traumatique qui nous fit entrer avec fracas dans le terrible XX° siècle.

En dehors de l’Armée de l’Air, qui l’a célébré dans la confidentialité de ses bases aériennes, cette date n’a guère fait l’objet que de commémorations locales à Compiègne et dans les Hauts de France : FR 3 l’a mentionné dans son feuilleton hebdomadaire sur la Grande Guerre et a couvert les manifestations compiégnoises, émanant avant tout de la Ville et des Associations patriotiques ou culturelles. Comme chaque 11 septembre, un rassemblement officiel accompagné d’un dépôt de gerbes s’est tenu devant le monument du sculpteur Navarre érigé en 1923 au bas de la rue Saint-Lazare. En dehors des Anciens Combattants et des officiels, malgré l’effort louable de communication municipale, le public compiégnois n’était guère au rendez-vous, représenté tout au plus par une délégation d’élèves de la ci-devant Institution privée Guynemer, qui a eu de surcroit l’idée de génie de se rebaptiser Jean-Paul II, l’année même du centenaire de la disparition du héros compiégnois. Le monument n’a été ni ravalé ni nettoyé à cette occasion et si la municipalité a accompli dignement son devoir, l’Etat n’était même pas représenté par le sous-préfet de Compiègne, tandis que l’Armée s’est contentée d’envoyer le colonel en charge de la base aérienne de Creil en sursis avec une maigre délégation du personnel de l’Armée de l’Air. En guise de musique militaire, nous n’avons eu droit qu’à une bande son diffusée par de simples haut-parleurs. Bien triste cérémonie, malgré la succession des discours, la profusion des gerbes de fleurs.

Par delà cette cérémonie compiégnoise, l’absence certes regrettable du public même local reflète sans doute d’abord une certaine lassitude à l’égard de la prolongation de la commémoration d’un centenaire, qui nous paraît interminable, certes à l’image de ce que furent les quatre ans et demie de la Grande Guerre en son temps. Seuls quelques temps forts ont pu retenir l’attention : l’entrée en guerre en août 14 et toutes les interrogations sur ses causes et responsabilités, les évocations des méta-batailles comme Verdun, la Somme, l’offensive ratée du Chemin des Dames ayant entrainé la crise de l’armée française et signé la fin de l’Union sacrée. A cet égard 1917 nous paraît davantage de nos jours comme le véritable tournant de la guerre, l’année zéro d’un XX° siècle de fer et de sang, avec les révolutions russes ouvrant la voie d’une vaste recomposition de l’Europe et du monde, comme la boite de Pandore des futurs totalitarismes et des prochaines conflagrations mondiales. Dans ce tableau dramatique, la figure héroïque de Guynemer, qui avait été tant mise en exergue par les civils et militaires, dès avant mais plus encore après sa mystérieuse disparition, afin de remonter le moral national alors au plus bas, paraît bien anachronique, effacée de notre paysage mental et de nos actuelles catégories. Le destin singulier de Georges Guynemer, sa courte vie et sa fabuleuse légende ne peuvent plus avoir la même résonnance de nos jours et appartiennent désormais pleinement à l’histoire : c’est pourquoi, il était temps, au moment du centenaire de sa disparition de laisser le dernier mot aux historiens, ce qu’a fait avec talent et métier notre collègue Jean-Marc BINOT dans son dernier livre paru chez Fayard au printemps 2017, dernière biographie en date de Georges Guynemer et à ce jour de loin la plus aboutie.

Rappelons que l’auteur viendra nous présenter son livre lors d’une conférence commune aux deux sociétés d’histoire et historique de Compiègne, le Samedi 2 décembre à 15 H. à la BM Saint-Corneille, salle Le Chatelier.

Par Jacques BERNET, le 14/09/2017




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