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Samedi 10 février 2018 à 15 H, Bibliothèque Municipale Saint-Corneille, conférence de Margaux GUILBERT, maître en histoire : Le député-maire Jean Legendre (1906-1994), l’émergence d’un ténor de la droite française de la III° à la V° République


Disparu il y a plus de vingt ans, Jean Legendre a surtout laissé le souvenir de son long mandat de maire de Compiègne (1947-1954 et 1959-1987), un maire bâtisseur ayant conduit la reconstruction puis l’essor démographique, économique et universitaire de la ville, pendant et au delà des Trente Glorieuses. Sa carrière de député sous la IV° et la V° République reste en revanche plus méconnue des Compiégnois. Les recherches de Margaux Guilbert, dans le cadre d’un mémoire de maîtrise soutenu à l’Université de Paris I en 2017, ont porté sur les origines, la formation et la carrière politique nationale d’un ténor de la droite française, qui eut parcours spécifique de la III° à la V° République.

Né à Paris en 1906, d’un père droguiste, Jean Legendre passa une partie de son enfance dans la Nièvre, où la famille s’était repliée pendant la Grande Guerre. De retour à Paris en 1919, il prépara son brevet élémentaire à l’Institution Saint-Nicolas de Vaugirard et devint employé de commerce à 16 ans. Il milita dans l’Association Catholique de la Jeunesse Française d’Albert De Mun, présidant son cercle d’études d’Enghien-les-Bains. C’est sa rencontre avec le journaliste de l’Echo de Paris, « l’absolu patriote » Henri de Kerillis (1889-1958), fondateur du Centre de Propagande des Républicains Nationaux et de son cours d’orateurs, qui détermina son entrée en politique. Jean Legendre devint permanent et publiciste du CPRN en 1931 et bientôt son délégué dans l’Oise, où il reprit en main des journaux de Senlis et tenta de se présenter aux Législatives de 1936 sous l’étiquette du tout nouveau Parti Social Français du colonel de La Rocque, mais sa candidature fut empêchée et le Front Populaire qu’il combattait de toutes ses forces emporta les 6 sièges de l’Oise.

Mobilisé et fait prisonnier en Allemagne en 1940, libéré pour raisons médicales en 1943, il revint à Enghien-les-Bains et fut bientôt appelé par des Résistants compiégnois de Libération Nord, pour lancer un journal local à la Libération, ce qui lui permit d’être élu député de l’Oise à la première Assemblée Constituante en 1945, au titre du Parti Républicain des Libertés, formé de rescapés de la droite nationale et libérale pas trop compromise avec Vichy. Réélu en 1946 à la seconde Constituante, qui adopta la Constitution parlementaire de la IV° République, il rejoignit alors le général de Gaulle qui la combattait, adhérant au Rassemblement Populaire Français, sous l’étiquette duquel il fut élu maire de Compiègne, lors du raz de marée gaulliste des municipales d’octobre 1947. Réélu député RPF de l’Oise en 1951, Jean Legendre se sépara une première fois du gaullisme en votant l’investiture du gouvernement d’Antoine Pinay en 1952, mettant temporairement en échec les projets de retour au pouvoir du général.

Ténor de l’Assemblée sous la IV° République, le député Legendre, devenu membre du Centre National des Indépendants et Paysans, se distingua par ses engagements atlantiste et pro-européen, comme par ses combats contre le communisme et la décolonisation, en Indochine et surtout en Afrique du Nord, où il défendit jusqu’au bout l’Algérie française. Le putsch d’Alger du 13 mai 1958, ramenant au pouvoir le général de Gaulle et enterrant la IV° République, le conduisit à se rapprocher à nouveau du Gaullisme et à soutenir la Constitution de la V° République. Mais l’indépendance de l’Algérie en 1962, considérée comme une trahison, fut la cause d’une rupture définitive avec le Gaullisme, empêchant la réélection du maire de Compiègne comme député de sa circonscription, qu’il échoua à reconquérir en 1967 et renonça à briguer en 1968. Réélu régulièrement à la mairie jusqu’en 1987, il devait se consacrer désormais essentiellement à sa Ville de Compiègne.

Cet itinéraire politique singulier, clairement exposé et fort bien illustré, a suscité maintes questions et apports d’un public venu nombreux, ayant souvent connu cette forte personnalité, notamment le témoignage personnel et politique, vivant et circonstancié de son successeur Philippe Marini depuis 1987.

N.B. L’article de Margaux Guilbert sur Jean Legendre paraîtra dans la prochaine revue consacrée aux années 1960 à Compiègne et dans l’Oise.

Par Jacques BERNET, le 20/02/2018




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