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Pierre LE PAUTREMAT, L’énigme Pierre Prigent, soldat du 318ème R.I. de Quimper, « fusillé pour l’exemple », « tué à l’ennemi » et « mort pour la France à Jaulzy (Oise), le 2 octobre 1914, s.l., s.d., [2017], 91 p.


Notre collègue Pierre Le Pautrémat, fidèle lecteur de notre revue, a reconstitué patiemment et minutieusement le surprenant dossier d’un 2ème classe du 318ème régiment de réserve de Quimper, Pierre Prigent, né le 14 juin 1887 à Ploaré (Finistère), soudeur-boitier célibataire, « fusillé pour l’exemple » le 2 octobre 1914 à Jaulzy (Oise), alors siège de l’état major de la 61ème Division, pour mutilation volontaire et abandon de sa compagnie à la fin septembre 1914. Ce jeune réserviste de 27 ans avait connu le baptême du feu avec son régiment à la fin août dans la Somme, participé à la contre-offensive de la Marne du 7 au 10 septembre, puis aux durs combats de la rive droite de l’Aisne du 13 au 20 septembre, épisodes militaires ayant causé de lourdes pertes et un certain découragement dans une unité réputée offensive. Si d’autres cas de mutilation volontaire furent mentionnés dans la division, seuls deux soldats furent poursuivis, amenant leur condamnation à mort par le Conseil de Guerre de la 61ème Division, suivie de l’exécution immédiate du seul Pierre Prigent, son camarade Eugène Hérit du 365ème R.I. de Nantes ayant bénéficié d’une grâce présidentielle. L’auteur s’interroge légitimement sur cette différence de traitement. Le mystère s’épaissit, dans la mesure où Pierre Prigent a été officiellement transcrit, le 25 décembre 1915, comme « mort pour la France » et « tué au combat » à Jaulzy, décès ainsi transmis à sa famille et à la mairie de Ploaré, qui a inscrit son nom sur le monument aux morts du village. Il s’agirait d’une erreur administrative au niveau des services centraux engorgés du Ministère de la Guerre, plutôt que d’une volonté délibérée de ménager la famille ou la reconnaissance implicite d’une injustice. De ce fait ce soldat « fusillé pour l’exemple » au début de la Grande Guerre a bénéficié d’une réhabilitation anticipée involontaire, qui n’a pas été remise en cause après 1918, son nom figurant sur la stèle de l’église de Moulin-sous-Touvent érigée en mémoire des soldats tombés sur le territoire de Moulin-Quennevières dans la Grande Guerre.

Par Jacques BERNET, le 28/08/2018




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