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Samedi 6 avril 2019, 15 H. BM Saint-Corneille, salle Le Chatelier, conférence d’Alain ARNAUD, Président de la Société Historique de Villers-Cotterêts : Le château de Villers-Cotterêts, situation et avenir


Les lointaines origines du château de Villers-Cotterêts remontent au relais de chasse abritant les Rois de France venus pratiquer leur activité favorite en forêts de Cuise et de Retz depuis les Mérovingiens et les Carolingiens. Vers l’an 1000 apparut la « Malemaison » édifiée dans le cadre du comté du Valois, entré dans le domaine royal avec Philippe-Auguste et ayant donné son nom à la branche des Rois Capétiens de 1328 à 1589. Ruinée par les ultimes combats de la Guerre de Cent Ans au XIVe siècle, la Malemaison fut reconstruite par François 1er de retour des guerres d’Italie puis par son fils Henri II, sous la forme d’un grand château Renaissance, bénéficiant des mêmes architectes que les palais royaux parisiens du Louvre et des Tuileries, dont Villers-Cotterêts peut être légitimement considéré comme la matrice. Résidence de chasse privilégiée de ces deux souverains, le château connut de fréquents séjours de la Cour et d’importants actes de gouvernement, comme la célèbre ordonnance royale de 1539, dont un des articles substitua le français au latin dans les textes administratifs et judiciaires, une étape décisive dans l’unification linguistique du royaume.

Passé avec le Valois dans l’apanage de la famille d’Orléans de 1661 à 1789, le domaine de Villers-Cotterêts connut des embellissements et des fêtes brillantes aux XVIIe et XVIIIe siècles. Devenu bien national sous la Révolution, le château fut menacé de destruction et de lotissement. Sous l’Empire, Napoléon fit de Villers-Cotterêts un Dépôt de mendicité du département de la Seine, devenu en 1887 une maison de retraite pour des vieillards indigents de la capitale, qui a perduré jusqu’en 2014. Cette vocation sociale ayant concerné jusqu’à 1850 personnes a imposé de conserver et compléter les bâtiments historiques, mais au prix d’un entretien minimal et de détournements ayant conduit au déclassement en 1886 d’un monument historique que Mérimée avait distingué dès 1843.

Le sort du château de Villers-Cotterêts, l’un des plus importants édifices de la Renaissance française au Nord de la Loire, était depuis longtemps l’objet de vives préoccupations pour les amateurs du patrimoine local, plus particulièrement la Société Historique de Villers-Cotterêts, que préside Alain Arnaud depuis 2003. La fin annoncée de la maison de retraite de la Ville de Paris de Paris dans le monument reclassé mais maintenu à flot avec des moyens minimaux, ouvrait le champ des incertitudes, tant qu’une nouvelle et forte vocation ne pouvait lui assurer un nouveau départ. En réponse à l’appel public d’offres lancé en 2015, Villers-Cotterêts vient de trouver un débouché inespéré, avec le projet fermement appuyé par le Président de la République Emmanuel Macron depuis 2017, d’en faire à l’horizon de 2022 une Cité Internationale de la Francophonie. Cette vocation s’appuyant sur le rôle historique du site dans la construction de la langue nationale et sur la riche tradition littéraire de la région (d’Alexandre Dumas à Villers ou Jean Racine à la Ferté-Milon à Paul Claudel à Fère-en Tardenois, en passant par La Fontaine à Château-Thierry) paraît assurer, avec la prise en charge par l’Etat des travaux à la hauteur de 110 M. d’Euros, une véritable renaissance du domaine de Villers-Cotterêts, non seulement par la conservation, la restauration et la mise en valeur de ses richesses artistiques, mais aussi avec la perspective du rayonnement culturel international d’un espace privilégié, destiné à être plus qu’un simple musée tourné vers le passé, un lieu vivant d’échanges, de création littéraire et artistique ancré dans le présent et tourné vers l’avenir. Cette issue favorable, pour laquelle nos amis de Villers-Cotterêts se sont battus courageusement depuis de nombreuses années, ne pourra que réjouir les amoureux de l’histoire et du patrimoine de notre région.

Par Jacques BERNET, le 11/04/2019




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