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Note de lecture, "Des gens très bien" d'Alexandre Jardin


Des gens très bienAlexandre Jardin, Des gens très bien, Ed. Grasset, 295 pages, 18 euros.

Livre contesté: les uns, les lèvres pincées, se déclarent choqués par ce règlement de comptes entre un petit-fils et son grand-père. Les autres, les lèvres tout aussi pincées, considèrent avec dédain "que ce n'est pas un livre d'histoire".

Alexandre Jardin appartient à une lignée: du grand-père Jean à Alexandre en passant par le père Pascal, scénariste et écrivain , auteur notamment de " la guerre à neuf ans", récit de son enfance à l'ombre du régime de Vichy.

Dans d'autres ouvrages, A.Jardin a raconté les extravagances de sa famille, pourtant catholique et bien-pensante. Dans celui-ci, il évoque son grand-père, Jean.Né en 1904, Jean Jardin est membre du groupe "Ordre nouveau" en compagnie d'Alexandre Marc ( de son vrai nom Marc Lipiansky), Arnaud Dandieu, Robert Aron, Daniel-Rops, Denis de Rougemont, tous plus ou moins séduits par le nazisme. Ancien collaborateur de Raoul Dautry, Jean Jardin est devenu le 20 avril 1942 le directeur de cabinet de Pierre Laval et l'est resté jusqu'au 30 octobre 1943. A ce titre toute la législation antisémite élaborée par le régime de Vichy est passée entre ses mains, notamment tous les documents qui avaient trait à l'aryanisation. Et s'il n'a pas organisé à proprement parler la rafle du Vel d'Hiv, du moins en a t-il connu les modalités, sans en faire le moindre commentaire, non plus qu'au sujet des autres rafles qui ont suivies ou à propos de la double répression allemande et vichyste qui s'abattait sur la population.

En octobre 1943, Laval expédia Jean Jardin à Berne, sans doute pour négocier d'obscures tractations. A l'automne 1944, lors de la tempête de l'épuration, Jean Jardin y resta, confortablement installé à Vevey, régulièrement visité et consulté par des caciques de la IV° République puis de la V°. Une sorte d'éminence grise en somme. Il pouvait se targuer d'avoir caché Robert Aron pendant la guerre à Vevey tout en ayant accueilli dans sa villa le représentant d'Hitler auprès de Pétain.Pour Jean Jardin, l'après-guerre se passe sans heurts, entre les consultations politiques qu'il délivre, tel un oracle et des transferts de fonds occultes mais juteux. Il meurt en 1976...à Vevey.

Petite remarque: Alexandre Jardin a consulté les Archives Nationales. Ces dernières lui ont affirmé qu'elles ne détenaient aucun document signé Jean Jardin. Bizarre, vous avez dit bizarre?

Par Françoise Leclère-Rosenzweig, le 17/03/2011




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